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Ottawa doit mettre fin aux « trous noirs » des travailleurs saisonniers, réclame une coalition

Plusieurs travailleurs saisonniers du Nouveau-Brunswick dépendent de la pêche au hareng pour compléter leurs heures admissibles à l'assurance-emploi.
Plusieurs travailleurs saisonniers du Nouveau-Brunswick dépendent de la pêche au hareng pour compléter leurs heures admissibles à l'assurance-emploi. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

À Ottawa, mardi, cinq députés – un libéral, un conservateur, deux néo-démocrates et un bloquiste – se sont unis pour exiger une réforme de l'assurance-emploi. Ils étaient accompagnés d'une importante délégation de chômeurs saisonniers, de syndicats, d'élus municipaux et d'employeurs du Nouveau-Brunswick et du Québec qui dénoncent le « trou noir » de l'assurance-emploi que vivent chaque année les travailleurs saisonniers.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

« Le trou noir est un malheur qui revient chaque année », affirme le maire de Tadoussac, Charles Breton, pour décrire cette période durant laquelle les travailleurs saisonniers n'ont aucun revenu parce que leurs prestations d'assurance-emploi sont échues et que la saison de travail n'a pas redémarré.

Les travailleurs qui en sont victimes appartiennent surtout aux industries de la pêche, de la forêt, de l’agriculture et du tourisme. Au Québec et au Nouveau-Brunswick, cette réalité est particulièrement criante dans le Bas-Saint-Laurent, sur la haute Côte-Nord et dans la Péninsule acadienne.

Le trou noir gruge la santé financière, la qualité de vie et parfois même la santé des travailleurs saisonniers et de toute leur famille.

Charles Breton, maire de Tadoussac

Les membres de la coalition revendiquent du gouvernement fédéral qu'il abaisse les seuils d'admissibilité au chômage et allonge la période de couverture.

Ils plaident aussi pour la création de « sous-régions », ou de « zones protégées » dans les régions déjà existantes : « On demande de reconnaître que, sur la Côte-Nord, ça se peut qu’il y ait des régions qui ont besoin d’un peu plus qu’à Fermont, explique Line Sirois, d'Action-Chômage de la Côte-Nord. Ça se peut qu’à Tadoussac, ils aient besoin d’un peu plus d’heures pour se qualifier qu’ailleurs où c’est plus prospère. »

Une annonce du fédéral

La sortie de la coalition mardi a coïncidé avec l'annonce, par les gouvernement fédéral et du Nouveau-Brunswick, d'une augmentation de 70 millions de dollars aux 700 millions déjà alloués pour la formation et la création d'emplois dans cette province.

« Pourquoi n'y a-t-il rien pour le Québec dans cette annonce? » a demandé Marilène Gill, députée du Bloc québécois de Manicouagan, qui déplore du même souffle qu'Ottawa n'ait pas, dans un premier temps, écouté les demandes des travailleurs saisonniers.

Mme Gill a associé cette annonce aux « projets pilotes et autres programmes ponctuels » que lance le gouvernement de temps en temps « quand on ne veut pas faire la réforme de la loi ».

Les 70 millions de dollars injectés sur six ans par la ministre fédérale de l'Emploi, Patty Hajdu, serviront notamment à de la formation pour les travailleurs. « Ils [les travailleurs saisonniers] ne veulent pas de formation, proteste Marilène Gill [...] dans l'industrie des fruits de mer et en tourisme, on est formés. »

La survie des régions

La députée bloquiste poursuit en parlant de la survie des régions : « On a besoin de rester chez nous et de développer ces secteurs-là. Pourquoi pas dans de la deuxième transformation, dans l'industrie des pêches, par exemple? »

Dans un pays aux saisons si marquées, où la main-d’œuvre est le défi de l’heure, il est grand temps de reconnaître les travailleurs saisonniers et leur apport irremplaçable à notre économie. Il y va de la survie des régions et des nombreuses entreprises qui les animent.

Charles Breton, maire de Tadoussac
Mireille Pineault, copropriétaire d'un restaurant à Tadoussac.Mireille Pineault, copropriétaire d'un restaurant à Tadoussac. Photo : Radio-Canada

« À Tadoussac, nous sommes ceux qui travaillent pour les vacances des autres », a déclaré Mireille Pineault, propriétaire d'un restaurant avec son conjoint. Dans son village, la population est vieillissante et les jeunes partent. « Notre région se vide, dit-elle. Qui va venir reprendre nos commerces sans employés? »

Des cuisiniers, des serveurs, des femmes de chambre qui reprennent leur emploi chaque année sont traités comme des lâches. C'est bien beau de les envoyer en formation chaque hiver. Mais un laveur de vaisselle, ce n'est pas un sous-métier, c'est un besoin.

Mireille Pineault, employeuse de Tadoussac

Attendre que la saison débute...

De dire Fernand Thibodeau, du Comité d'action assurance-emploi du Nouveau-Brunswick, personne ne choisit de ne travailler que l'été pour pêcher ou cueillir des bleuets. « Les gens sont là parce que c'est qu'il y a, par chez nous, du travail saisonnier ».

Le député libéral de Madawaska-Restigouche, René Arseneault, affirme que le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a reconnu dans son dernier budget, et ce, pour la première fois dans l'histoire du pays, que l'assurance-emploi n'était pas uniquement un recours pour ceux qui avaient perdu leur emploi, mais également « pour ceux qui attendent après une saison pour travailler ».

Avec les informations de La Presse canadienne

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