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Québec déclenche une enquête au Séminaire des Pères Maristes

Le Séminaire des Pères Maristes.
Le Séminaire des Pères Maristes Photo: Radio-Canada / Cimon Leblanc
Radio-Canada

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, déclenche une enquête au Séminaire des Pères Maristes de Québec et promet du même coup la création d'un protecteur de l'élève. Mardi, l'école secondaire privée a indiqué ne pas pouvoir expulser des élèves coupables de leurre informatique qui ont partagé des photos à caractère sexuel d'adolescentes.

Un texte d’Alexandre Duval

Le ministre soutient que la Loi sur l'enseignement privé lui permet de demander une telle enquête et il veut s'assurer que les victimes qui fréquentent encore l'établissement sont en sécurité.

« C'est une situation très complexe parce que c'est maintenant devant les tribunaux. Je pense qu'on n'aurait jamais dû se rendre là. Le ministre, le gouvernement précédent auraient dû déclencher une enquête bien avant ça. Et ça illustre aussi le fait qu'il n'y a pas de mécanisme d'appel qui a de l'allure présentement au Québec », explique M. Roberge.

Le ministre souhaite instaurer un « protecteur de l'élève » pour éviter qu'une telle situation ne se répète.

Expulsion impossible

Dans une note transmise aux parents de l’école, le directeur général, François Sylvain, indique que son établissement n’est pas en mesure d’expulser les garçons « en raison de l’ordonnance de sauvegarde émise par la Cour supérieure ».

En août dernier, à la demande des parents de trois garçons impliqués, la Cour avait en effet ordonné la réintégration des adolescents qui étaient soupçonnés d’avoir partagé des photos de nudité de filles de l’école.

« Le Séminaire ne peut résilier unilatéralement les contrats de services éducatifs sans s’exposer à un outrage au tribunal », écrit M. Sylvain dans sa note.

La direction et le conseil d’administration ne souhaitent pas non plus exposer encore davantage les victimes en envisageant une nouvelle démarche judiciaire risquée, à savoir la révision de l’ordonnance de sauvegarde.

François Sylvain, directeur général du Séminaire des Pères Maristes

« L’issue d’une telle procédure demeure plus qu’incertaine et pourrait s’avérer particulièrement traumatisante pour des enfants appelés à témoigner ou impliqués », poursuit le directeur.

Lors de l’émission de l’ordonnance de sauvegarde, aucune accusation n’avait encore été déposée contre les garçons. Depuis, 5 adolescents ont reçu un total de 18 chefs d’accusation, et 3 d’entre eux ont reconnu leur culpabilité.

Une mère « outrée »

La mère d’une des victimes, qui demandait l’expulsion des adolescents ayant plaidé coupables, se dit « dévastée », « outrée » et « lésée » par la décision du Séminaire.

« Je suis déçue de cette école-là, dit-elle. Ma fille mérite mieux que ça. » Elle ajoute que ce qu'elle a toujours souhaité, dans cette affaire, était d'assurer la sécurité, l'intégrité et la réputation de sa fille.

Dans son esprit, il était évident que la reconnaissance de culpabilité des garçons allait forcer la direction du Séminaire à adapter son approche.

On ne sent pas que l’école protège adéquatement ma fille.

Mère d'une des victimes

La mère raconte pourtant que, la semaine dernière, le directeur général du Séminaire lui avait demandé de lui transmettre par écrit les raisons pour lesquelles l'expulsion des garçons serait souhaitable.

Cette demande a été formulée alors que le conseil d'administration de l'école s'apprêtait à se réunir pour prendre sa décision.

Des lettres pour appuyer

Bien qu'étonnée de devoir expliquer à nouveau les raisons à l'origine de sa demande, la mère a pris le temps d'écrire une lettre que Radio-Canada a pu consulter.

Elle y raconte que « la sécurité physique et psychologique [de sa fille] ont été affectées » et que la cohabitation avec les garçons impliqués « est nocive » pour elle.

La mère dit également avoir transmis des lettres d'appui de trois organismes : Viol secours, Québec contre les violences sexuelles et le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale.

Avec la décision du Séminaire, la mère dit avoir l'impression qu'on lui a demandé d'étayer sa position pour rien.

Un « protecteur de l'élève »

Devant « l'impasse », le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge veut déclencher une enquête sur la situation des jeunes accusés qui côtoient des victimes au Séminaire des Pères Maristes.

Justice et faits divers