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Une enquête sur Oasis suscite des réactions dans la communauté francophone

Dada Gasirabo devant une affiche de la campagne de sensibilisation contre la violence faite aux femmes.

La directrice générale d'Oasis Centre des femmes, Dada Gasirabo.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les témoignages d'employées actuelles et anciennes d'Oasis Centre des femmes, qui se sont confiées à Radio-Canada dans le cadre d'une enquête sur le taux de roulement du personnel au sein de l'organisme, font réagir politiciens et membres de la communauté.

Un texte de Philippe de Montigny

L'organisme, qui offre des services aux femmes francophones du Grand Toronto et qui compte normalement une vingtaine d’employées, a vu au moins 32 licenciements et démissions au cours des cinq dernières années.

Il nous est impossible de vérifier les raisons qui expliquent chacun de ces départs, mais il y a des thèmes récurrents parmi les propos des femmes qui ont témoigné, notamment des allégations d’intimidation et de licenciement sans explication à l’endroit de la directrice générale, Dada Gasirabo.

Ces préoccupations, entre autres, ont poussé les employées à se syndiquer, selon celles à qui nous avons parlé, et à signer leur première convention collective en octobre dernier. Des plaintes ont été déposées auprès de la province, qui finance en grande partie l’organisme, et du conseil d’administration d’Oasis.

Mais ces démarches ne semblent pas avoir amélioré la situation au sein de l’organisme, selon des employées actuelles et des anciennes qui travaillent toujours dans le milieu et dont nous protégeons l’identité parce qu’elles craignent des représailles.

« Bouleversant »

Gilles Marchildon, qui est très engagé au sein de la communauté, a qualifié le reportage de bouleversant.

Le directeur de Reflet Salvéo dit toutefois qu’il n’était pas complètement surpris puisqu’il avait été témoin, à l’assemblée générale annuelle d’Oasis en septembre, de la sortie publique d’une employée licenciée.

On sait que les besoins sont grands, même criants, au niveau des femmes qui font l'objet de violence et donc on espère que le travail puisse se poursuivre. On espère aussi qu'il puisse y avoir un dialogue entre les différentes parties prenantes parce qu’on souhaiterait voir une conclusion harmonieuse.

Gilles Marchildon, directeur général, Reflet Salvéo
Gilles Marchildon, directeur général de Reflet Salvéo.

Gilles Marchildon, directeur général de Reflet Salvéo, un organisme qui vise à améliorer l'accès aux services de santé en français dans la région de Toronto.

Photo : Radio-Canada

M. Marchildon estime qu’il revient au conseil d’administration de déterminer le suivi approprié à cette affaire.

L'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, dont fait partie la directrice d'Oasis, n'a pas voulu commenter les allégations, sans avoir un portrait global de la situation. Je ne suis pas au courant de la situation interne de l’organisme, ni des plaintes formulées par des employées, a répondu la directrice de l’association, Maïra Martin.

Une autre perspective d’employée

Malgré une consigne à l’effet que les demandes d’entrevue doivent être acheminées à la directrice ou à la présidente, une employée a tenu à faire entendre son point de vue.

Nawel Bentobbal, qui travaille à Oasis depuis 2015, s’est dite choquée par le reportage.

L’intervenante en counselling a affirmé en entrevue que les propos avancés par ses collègues et d’anciennes employées ne reflètent pas le type de gestion de Dada Gasirabo ni le climat de travail au sein de l’organisme, qu’elle juge cordial.

Dada est toujours là pour toutes ses employées. Sa porte est toujours, toujours ouverte.

Nawel Bentobbal, employée d’Oasis Centre des femmes

Mme Bentobbal, qui s’opposait à la syndicalisation, affirme qu’elle ne veut pas dénigrer ses collègues puisque chacune a ses raisons, mais elle offre une perspective différente sur les allégations.

L’employée dit que l’intérêt des clientes est une priorité pour Dada Gasirabo, qui aurait accompagné des femmes à l’hôpital ou à la cour à maintes reprises. Elle affirme que les réunions du personnel convoquées par la directrice ne passeraient jamais avant un service aux clientes.

Elle clarifie, par ailleurs, que la restriction concernant les toilettes du bureau a été instaurée pour éviter certains désagréments puisqu’elles sont malencontreusement situées près de la cuisine.

Mme Bentobbal dit n’avoir jamais vu sa directrice se déguiser en cliente à l’Halloween, mais elle dit que des collègues lui ont raconté que cela s’est produit. L’employée n’y voit toutefois rien de malicieux ou d’inapproprié : il s’agit plutôt, selon elle, de la personnalité blagueuse de Dada Gasirabo.

Après de nombreux échanges de courriels, au cours des dernières semaines, la directrice générale d’Oasis a encore refusé lundi de nous donner sa version des faits.

La province doit-elle intervenir?

La procureure générale de l’Ontario, Caroline Mulroney, s’est engagée à étudier le dossier, son ministère étant le principal bailleur de fonds d’Oasis.

Par courriel, son attachée de presse a affirmé que le ministère a la responsabilité de surveiller la livraison des programmes, mais pas la gouvernance de l’organisme ni ses ressources humaines.

La députée néo-démocrate France Gélinas, pour sa part, affirme que les ministères qui ont reçu des plaintes à l’égard d’Oasis ont le devoir d’enquêter.

France Gélinas, députée néo-démocrate.

La députée néo-démocrate France Gélinas

Photo : Radio-Canada

Ce sont des programmes importants. On veut qu'ils soient de qualité. Les travailleuses ont fait tout ce qu'elles pouvaient faire à l'interne. Maintenant, c'est vraiment à la ministre de passer à l'action, lance-t-elle.

Toronto

Relations de travail