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Connaissez-vous bien votre sapin?

Gros plan sur des branches de sapin baumier
Des branches de sapin baumier Photo: iStock / BWFolsom
Radio-Canada

Au Québec, le sapin baumier, facilement reconnaissable par sa couleur verte et son arôme relevé, demeure l'arbre de Noël par excellence. Mais, depuis quelques années, d'autres variétés font leur apparition. Les goûts des consommateurs changent et les producteurs doivent les satisfaire.

Un texte de Ginette Marceau, de La semaine verte

Environ 85 millions de sapins de Noël sont plantés chaque année à travers le monde. Les essences de sapins varient d’un pays à l’autre.

À Hatley, en Estrie, les Downey cultivent des sapins de Noël depuis trois générations. Ils sèment environ 1,2 million d’arbres par année.

La production d'un sapin de Noël prend en moyenne 14 ans. Les premières années de sa vie, il est en pépinière. Puis, il est planté en champ pour y poursuivre sa croissance.

Les Downey ne se limitent pas à planter uniquement du sapin baumier, une essence indigène au Québec. Ils font aussi de l’hybridation.

On voit les deux producteurs marcher entre les sapins qui poussent dans un champ.Larry Downey, à gauche, et Jimmy Downey, à droite, dans leur plantation. Photo : Radio-Canada

Ils ne sont qu’une poignée à le faire au pays, et pour cause : l’hybridation coûte cher et les résultats ne sont pas garantis.

« J'ai déjà planté 8000 arbres d'une sorte, qui vient de l'Arizona. Ils sont bleus… [vous tomberiez] en amour avec ces arbres-là, mais excepté qu’ils poussent très lentement, environ 10 centimètres par année, et sont très susceptibles aux maladies foliaires », explique le producteur Larry Downey.

On les avait plantés juste à côté du baumier. Le baumier n’était pas affecté [par la maladie], mais cette sorte-là était très affectée. On a été obligé de prendre 8000 arbres et faire du compost avec.

Larry Downey, producteur

L’hybridation permet de répondre aux demandes changeantes des consommateurs. Car, comme pour d’autres biens de consommation, il y a des modes dans les sapins de Noël.

« C'est important d'avoir un peu de nouveau. Est-ce que vous gardez vos murs de la maison de la même couleur toute votre vie ou vous changez ça de temps en temps? Bien c'est ça, l'être humain a besoin d'avoir du nouveau », dit Larry Downey.

On voit des rangées de sapins.Des sapins issus d'un croisement entre un sapin coréen et un sapin d'Arizona. Photo : Radio-Canada

L’hybridation permet aussi de corriger certains irritants, comme la perte d’aiguilles.

Ce qu'on recherche, effectivement, c'est d'avoir des arbres qui vont avoir une rétention d'aiguilles plus longue, mais au niveau de la production aussi, on cherche à avoir des arbres qui vont débourrer (dont les bourgeons vont éclore) beaucoup plus tard pour ne pas [subir] de gel tardif.

Marc Légaré, conseiller en pépinière, Institut de développement en horticulture ornementale du Québec

Il existe plusieurs variétés de sapins de Noël à travers le monde : le sapin du Colorado, de Vancouver, du Japon, de Nordmann, ou le Nobilis, entre autres. Chaque variété est adaptée à l’environnement dans lequel elle pousse.

Larry Downey explique que les variétés de sapin étrangères qui peuvent survivre ici et passer au travers de nos hivers sont celles qui poussent normalement dans les montagnes, par exemple sur les hauts sommets de Corée du Sud qui connaissent de fortes précipitations estivales et sont couverts de neige en hiver.

Les Downey font pousser une vingtaine de variétés de sapins à Hatley. Une dizaine seulement sont commercialisées.

Parmi elles, le coréen, qui a une bonne rétention d’aiguilles, mais dont l’arôme diffère du sapin baumier.

On voit des rangées de sapins coréens.Des rangées de sapins coréens Photo : Radio-Canada

« L'aiguille est plus large et ronde au bout. Si vous prenez beaucoup d'aiguilles et que vous les cassez en deux, c'est une senteur très "agrume". C’est un arbre dont le système racinaire est très résistant aux zones humides, c’est pour ça qu’on l’essaye », dit Larry Downey.

Il y a aussi le sapin Fraser, recherché pour sa teinte bleutée, mais dont l’arôme est presque inexistant. Mais cette variété a un système racinaire très sensible à l’humidité du sol. Le Fraser ne peut pas être planté partout au Québec.

On voit des rangées de sapins Fraser.Des sapins Fraser Photo : Radio-Canada

Sélectionner les meilleurs candidats

Pour trouver de bons sujets, les Downey partent des graines qu’ils récoltent des plants mères.

Puis, ils observent la croissance des arbres pour ne sélectionner que les meilleurs, la crème de la crème.

À droite, on voit la rangée de plants mères. À gauche, de jeunes arbres.À droite, on voit la rangée de plants mères. À gauche, de jeunes arbres. Photo : Radio-Canada

Les graines sont conservées dans des congélateurs. Les Downey doivent être prévoyants. Les sapins ne produisent pas de cocottes tous les ans, car le cycle de reproduction dure trois ans. Or, pas de graines, pas de production possible.

« C'est important de récolter le plus de graines possible dans l'année de production de cocottes pour ensuite être capable de produire pendant trois ans », explique Jimmy Downey.

En raison des intempéries et du taux de germination très bas (ne dépassant parfois pas 6 %), ils doivent parfois attendre jusqu'à trois cycles, soit environ 10 ans, pour obtenir une bonne récolte de graines.

Au printemps, les graines sont plongées dans l’eau pour les sortir de leur dormance et mises en terre. Les pousses sont protégées. L’été, des filets sont installés pour les protéger du soleil. L’hiver, elles sont recouvertes de paille et de bran de scie pour les protéger de la glace et du gel. Malgré toutes ces précautions, il y aura entre 8 et 10 % de pertes le premier hiver.

Les plants restent ainsi en pépinière cinq ans avant d’être transplantés en champ pour poursuivre leur croissance.

Ce n’est que des années plus tard que les arbres sont abattus, emballés et vendus aux consommateurs.

On voit des sapins de Noël emballés et rassemblés.Des sapins emballés pour la vente Photo : Radio-Canada

Lorsqu’une nouvelle variété de sapin est mise en vente, il faut attendre encore plusieurs années avant de savoir si elle va plaire aux consommateurs et si tout le travail et les investissements en valaient la peine. Prenez le sapin coréen, qui est sur le marché depuis trois ans : certains consommateurs l'ont essayé, mais il reste à voir s'ils l'achèteront une autre fois.

Le reportage de Ginette Marceau et Michel Sylvestre est diffusé à l'émission La semaine verte, samedi, à 17 h, à ICI Radio-Canada Télé.

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