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La France met les freins à la hausse de la taxe sur les carburants

Le reportage de Yanik Dumont Baron
Radio-Canada

Le gouvernement français recule... du moins temporairement. Le premier ministre Édouard Philippe annonce un gel de la taxe sur le carburant dans la foulée des violences survenues lors des manifestations des « gilets jaunes » samedi dernier à Paris. Le moratoire, d'une durée de six mois, constituait la première des revendications des mouvements citoyens.

Le gouvernement a également annoncé un gel des tarifs d'électricité et de gaz pour l'hiver de même qu'un report des contrôles techniques sur les véhicules.

Je suis convaincu que si l’État doit rester fort et ferme, il est d’abord le garant de la paix publique », a déclaré le premier ministre français Édouard Philippe.

[...] Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la nation.

Édouard Philippe

« C’est maintenant le temps du dialogue », a déclaré M. Philippe, dont le gouvernement tiendra des consultations auprès de la population du 15 décembre au 1er mars prochain. « J’ai la conviction profonde, ferme, ancienne, que quand on met des Français de bonne volonté autour d’une table et qu’on travaille sérieusement, on trouve des solutions. C’est ce que je vous propose de faire. »

Les taxes sur l'essence devaient augmenter de 2,9 centimes par litre au 1er janvier, celles sur le diesel de 6,5 centimes.

Une voiture en feu dans une rue de Paris après le passage de manifestantsUne voiture incendiée près des Champs-Élysées pendant la 3e manifestation des gilets jaunes à Paris Photo : The Associated Press / Kamil Zihnioglu

Ébranlé par les violences et les dégradations qui ont entaché la manifestation des « gilets jaunes » samedi à Paris, le gouvernement est engagé dans une course contre la montre pour trouver une issue à la crise sur fond de nouveaux appels à manifester samedi prochain.

À l'issue d'une journée de concertations politiques tous azimuts lundi à Matignon, siège du premier ministre où se sont succédé les représentants des principaux partis politiques, une réunion interministérielle s'est tenue dans la soirée à l'Élysée.

Le recul du gouvernement Macron sur les trois mesures de la fiscalité écologique privera l’État de revenus de 2 milliards d’euros (3 milliards de dollars canadiens) en 2019, selon une source gouvernementale de Reuters.

Le gouvernement devra ainsi réaliser des économies du même ordre afin d’éviter une incidence sur son budget. Le manque à gagner sera « financé par des économies qui seront détaillées prochainement », a révélé cette même source, car il ne saurait y avoir « de dégradation de la trajectoire budgétaire », a-t-elle précisé.

Affaires mondiales Canada suggèrent aux Canadiens voyageant en France de se tenir à l’écart des manifestations des « gilets jaunes » et des grands rassemblements. Le ministère conseille également aux touristes canadiens de suivre les directives des autorités locales et de se tenir informés de l’évolution de la situation par le biais des médias locaux.

Le moratoire, suffisant?

L'annonce du moratoire marque un tournant dans la crise que vit le gouvernement, qui avait exclu jusqu’à présent toute annonce avant la fin de la concertation territoriale de trois mois, promise par Emmanuel Macron comme réponse à la colère des « gilets jaunes ».

Le premier ministre Philippe affirmait, il y a trois semaines, que son gouvernement maintiendrait le cap de la transition énergétique en maintenant la hausse des taxes sur les carburants afin de réduire l’usage des énergies fossiles.

L'exécutif avait également opposé une fin de non-recevoir à une suspension de la taxe carbone, affichant sa détermination à tenir le cap en matière de transition énergétique.

Des « gilets jaunes » bloquent la route. L'un d'entre eux, une femme, est de dos. On peut lire sur son gilet : « Macron, traître. Le peuple a faim. »Des « gilets jaunes » ont bloqué l'accès au dépôt de Frontignan, situé dans le sud de la France, le 3 décembre, en réaction à l'augmentation du prix du carburant et du coût de la vie au pays. Photo : AFP/Getty Images / PASCAL GUYOT

Les mesures temporaires annoncées par le gouvernement français suffiront-elles à apaiser l’ardeur des « gilets jaunes », dont les revendications se sont élargies, entre autres, à la question du pouvoir d'achat des citoyens? Les militants, qui manifestent depuis plus de trois semaines en France, notamment, réclament l'annulation complète de la hausse des taxes sur le carburant.

« C'est l'annulation de la hausse des taxes sur les carburants que nous attendons de façon immédiate », a déclaré un porte-parole des « gilets jaunes », Benjamin Cauchy, en précisant que la suspension annoncée par le premier ministre ne l'empêcherait pas de « remettre la taxe en place d'ici six mois ».

« Maintenant, nous attendons également des états généraux de la fiscalité pour une meilleure répartition des richesses. Il faut arrêter de taper dans la poche des petits contribuables », a-t-il ajouté.

« Nous demandons toujours la suppression, pas le report, des taxes prévues le 1er janvier 2019, mais aussi celles prévues en 2021 et 2022 », a renchéri le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, Christian Jacob. « L'accélération de la trajectoire écologique ne figurait pas dans le programme de M. Macron. »

« Six mois? Six mois... Sûrement un hasard si ça nous porte juste quelques jours après les élections européennes 2019 », a ironisé Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, sur Twitter.

Une pause, non un recul pour LaRem

« Ça serait un recul si les choses étaient définitives, ce n'est pas le cas », a déclaré le président du groupe La République en Marche (LaRem), Gilles Le Gendre. « Un moratoire est une suspension. Nous ne renonçons en rien à la transition écologique, elle est indispensable. »

Une canette de gaz lacrymogène au sol est visible à l'avant-plan devant des manifestants portant des gilets jaunes debout devant l'Arc de triomphe, à Paris.Des manifestants devant l'Arc de triomphe, à Paris Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

« Des mesures d'urgence étaient nécessaires pour l'apaisement de notre pays. [...], a ajouté son collègue député de LaRem Matthieu Orphelin. La suspension pour six mois dans la mise en place de la fiscalité écologique [...] était devenue inévitable. »

« Les gilets jaunes ont été entendus et les conditions sont maintenant rétablies pour que le pays retrouve la sérénité, a-t-il ajouté. [...] Le temps du dialogue et de la sortie de crise est venu! »

De son côté, le porte-parole du Parti socialiste a accusé le gouvernement de présenter la taxe sur le carbone comme une alternative entre l’écologie et le pouvoir d’achat, entre les services publics et les impôts. « Ce que nous demandons, c'est la justice fiscale, la lutte contre les inégalités sociales et territoriales, une discussion salariale », a déclaré le premier secrétaire du parti, Olivier Faure.

Une rencontre entre Édouard Philippe et des représentants des « gilets jaunes » prévue mardi a été annulée à la suite de menaces de mort reçues par les personnes conviées, a-t-on appris de sources gouvernementales à Matignon.

De son côté, le président Emmanuel Macron a annulé un voyage officiel de deux jours en Serbie afin de suivre la situation intérieure en France.

Avec les informations de Reuters, et Associated Press

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