•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Agressions sexuelles : des victimes de prêtres attendent d'être indemnisées depuis près de 3 ans

En plus d'ébranler la foi des paroissiens, les 56 nouvelles poursuites au civil déposées devant les tribunaux inquiètent les diocèses de Moncton et de Bathurst. Leurs coffres financiers sont de moins en moins nantis.
En plus d'ébranler la foi des paroissiens, les 56 nouvelles poursuites au civil déposées devant les tribunaux inquiètent les diocèses de Moncton et de Bathurst. Leurs coffres financiers sont de moins en moins nantis. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'Église doit des millions de dollars à 29 victimes présumées d'agressions sexuelles commises par des prêtres de la région de Moncton. Elles attendent leur indemnisation depuis maintenant près de trois ans.

Ces hommes n'ont pas participé au processus de conciliation mené par l'archidiocèse entre 2012 et 2014, mais ont plutôt choisi de poursuivre l'Église en justice.

Beaucoup d’entre eux ont finalement conclu un accord à l’amiable derrière des portes closes en 2016.

Je me souviens qu’à la fin de la rencontre, ils nous ont dit qu’ils allaient essayer de nous donner l’argent le plus rapidement possible dans l’année, explique un homme de 54 ans de Moncton, victime de l'ancien prêtre de Cap-Pelé Camille Léger, et dont CBC a accepté de préserver l'anonymat.

Le défunt Camille Léger a été prêtre à Cap-Pelé de 1957 à 1980. Le défunt Camille Léger a été prêtre à Cap-Pelé de 1957 à 1980. Photo : Radio-Canada

À la fin d’une rencontre qui a duré plusieurs heures, c'est en raison de la promesse d'être payé rapidement qu'il a accepté une compensation financière de 210 000 $ de la part de l’Église.

Ils étaient au premier étage, et mon avocat et moi étions au deuxième. Le médiateur faisait des allers-retours. Ils faisaient une offre, nous faisions une contre-offre.

Le médiateur a dû faire l’aller-retour au moins 15, 20 fois. Il dit se souvenir que la première offre de l’Église était d’environ 50 000 $.

Ils repoussent jusqu’à ce qu’on meure

Une autre victime présumée de Camille Léger, un homme de 65 ans de Grand-Barachois, a conclu un règlement à l’amiable de 200 000 $ avec l’Église, en 2015.

Il n’avait toujours pas vu la couleur de cet argent un an plus tard. Il a alors utilisé une clause échappatoire incluse dans son entente pour retourner en justice. Il n’a pas eu de rencontre avec des membres de l’Église depuis.

Ils traînent les pieds. Ils ne veulent pas nous rencontrer. Ils ne veulent pas nous parler.

Victime présumée du prêtre Camille Léger
La cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de MonctonLa cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Moncton Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Le sentiment d’impuissance est envahissant, explique-t-il. C’est comme être puni à nouveau. C’est comme se faire taquiner, c’est comme jouer avec son esprit, de ne pas être capable de faire quoi que ce soit pour changer les choses.

Accepter une somme moindre pour l’avoir plus rapidement

La situation est également frustrante pour Robert Talach, l’avocat de 13 de ces hommes dont les causes se sont conclues par une entente à l’amiable, et de 10 autres dont les causes ne sont toujours pas réglées.

Beaucoup d’entre eux ont accepté des sommes moindres que ce qu’ils auraient voulu parce qu’on leur a dit qu’ils auraient l’argent en quelques mois.

Robert Talach, avocat

L’Église a donné une avance de 1000 $ aux victimes qui ont conclu des accords à l’amiable, indique l’avocat, mais elle n’a donné aucune date pour le reste de l’argent.

Les victimes pourraient devoir attendre plusieurs années

L'archevêque de Moncton, Valery Vienneau, a refusé la demande d’entrevue de CBC, affirmant que l'affaire était devant les tribunaux.

Il a toutefois dit qu'il aimerait que la situation soit résolue le plus tôt possible, mais a précisé que cela ne relève plus de l'Église. Il a ajouté que l'archidiocèse avait donné tout l'argent dont il disposait et ne paierait pas les victimes avant la fin de la bataille judiciaire avec sa compagnie d'assurance.

« Les gens ne veulent vraiment pas donner pour que  [les dons] aillent aux victimes. Ça, les gens me le disent très clairement. Il y a cette peur-là », Valéry Vienneau, archevêque de Moncton.L'archevêque de Moncton, Valéry Vienneau, assure que l'Église a donné tout l'argent qu'elle pouvait. [Archive] Photo : Radio-Canada

L'archidiocèse de Moncton a versé 10,6 millions de dollars pour indemniser 109 victimes d'agressions sexuelles qui se sont manifestées lors du processus de conciliation dirigé par Michel Bastarache entre 2012 et 2014.

Depuis 2015, il se bat contre son assureur, Co-operators General Insurance, à qui reviendrait la responsabilité d'indemniser les victimes d'abus sexuels. Il réclame 4,2 millions de dollars. L'Église soutient que la police d'assurance incluait une couverture pour dommages corporels causés intentionnellement par [...] l'archidiocèse au moment des agressions. L'assureur affirme de son côté que l’Église a failli à son obligation de dénoncer les agressions à la compagnie dès qu’elle en a eu connaissance.

L’archidiocèse n'a fait aucun effort pour trouver de l'argent pour les victimes. C’est comme s’il se mettait la tête dans le sable en espérant gagner sa cause contre ses assureurs, lance Robert Talach. Si cela ne fonctionne pas, quel est le plan B de l’Église?

Avec les informations de Gabrielle Fahmy de CBC

Nouveau-Brunswick

Justice et faits divers