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analyse

Mise à jour économique : pourquoi le gouvernement Legault n’en fait-il pas plus?

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, et François Legault se tiennent derrière un podium.
Le premier ministre François Legault lors de l’énoncé de la mise à jour économique le lundi 3 décembre 2018 à Québec. Photo: Radio-Canada / Daniel Coulombe
Gérald Fillion

ANALYSE - C'est un véritable festival du dollar qui attendait la CAQ à son arrivée au pouvoir en octobre dernier. L'énoncé économique du gouvernement Legault montre clairement que la croissance économique plus forte que prévu donne des marges de manœuvre substantielles au ministre des Finances Éric Girard, qui décide d'ouvrir lentement les goussets de la bourse.

Les revenus fiscaux du gouvernement pour l’exercice 2018-19, qui se termine le 31 mars prochain, sont de 1,489 milliard de dollars plus élevés que prévu. Les revenus des entreprises de l’État sont supérieurs de 308 millions. Et c’est 661 millions de dollars qui ne seront finalement pas dépensés dans les missions de l’État, des investissements reportés sur les années suivantes.

Au total, l’écart positif avec le budget de mars 2018 est de 3,466 milliards de dollars. Qui dit mieux? N’est-il pas formidable d’arriver au pouvoir, d’avoir un tel coussin et d’être en position d’annoncer des mesures qui correspondent aux besoins du Québec et aux projets du nouveau gouvernement? On est loin des déficits cachés, des fossés dans les finances publiques, des prétendues surprises au lendemain de l’élection!

Un énoncé décevant?

Il peut paraître étonnant, dans les circonstances, que le gouvernement Legault décide d’injecter seulement 229 millions de dollars d’ici la fin de l’exercice pour redonner de l’argent aux Québécois. L’an prochain, la somme augmentera et passera à 800 millions de dollars, dont 450 millions pour encourager les entreprises à investir dans leurs équipements et matériels.

Il est clair que le gouvernement aurait pu en faire plus. D’abord, en mettant fin immédiatement à la taxe imposée aux parents en fonction de leurs revenus depuis quelques années. La modulation des tarifs de garderie oblige des milliers de familles à payer plus cher pour faire garder leurs enfants dans des garderies subventionnées même s’ils paient plus d’impôts et financent déjà davantage les services de garde.

La CAQ trouve cette modulation injuste, mais va attendre avant de l’annuler. Pourtant, sur une année complète, l’annulation de la contribution additionnelle était évaluée, dans le cadre financier électoral de la CAQ, à seulement 160 millions de dollars.

De plus, François Legault a toujours placé l’éducation au cœur de son projet socioéconomique pour le Québec. Il est étonnant qu’en cette matière, aucun signal clair ne soit envoyé rapidement pour réinvestir dans l’éducation et redonner des moyens aux écoles, aux professeurs et aux institutions d’enseignement.

La marge de manœuvre est réelle et les besoins sont pressants. Pourquoi attendre?

Le choix de la prudence?

Cela dit, il faut souligner à grands traits que la marge de manœuvre est, en bonne partie, conjoncturelle. La croissance du PIB a été de 2,8 % en 2017 et de 2,5 % en 2018. C’est bien plus important qu’attendu et ça rapporte des revenus fiscaux bien plus élevés pour les finances publiques de l’État.

Mais la croissance va tomber à 1,5 % en 2020 et 1,3 % en 2021, soit la moitié de la croissance actuelle, selon les prévisions du ministère des Finances. Et avec le départ massif des travailleurs de la génération du baby-boom à la retraite, les pressions sur les finances publiques de l’État ne vont que s’intensifier.

Il est donc attendu que le ministre des Finances soit prudent dans la gestion des surplus budgétaires. On peut se demander, dans les faits, si le gouvernement Legault pourra réaliser toutes ses promesses, coûteuses et ambitieuses : le tarif unique en garderie, une allocation familiale plus généreuse, la prématernelle 4 ans, les maisons des aînés, la bonification de l’aide pour le maintien à domicile, l’aide aux proches aidants, etc.

Le ministre Girard doit jongler avec une situation budgétaire bien meilleure que prévu. Il doit éviter de dilapider la marge de manœuvre, mais il doit respecter ses engagements. L’énoncé économique est un premier geste pour ce gouvernement, qui cherchait à marquer le coup en redonnant de l’argent aux familles, aux aînés et aux entreprises.

Mais les attentes sont élevées, alors que la CAQ a promis gros. Et avec les marges de manœuvre qui sont plus grandes que prévu, les Québécois s’attendaient à plus.

Gérald Fillion

Finances publiques

Économie