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Le livre blanc sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, 50 ans plus tard

Robert Pichette dans son bureau.

En 1968, Robert Pichette a écrit le livre blanc sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Radio-Canada

Robert Pichette se souvient de la première fois qu'il a entendu parler d'un projet de loi sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick. En 1968 il était le chef de cabinet du premier ministre Louis J. Robichaud. Un jour, la porte qui communique entre les bureaux des deux hommes s'est ouverte : « Le premier ministre me dit : "Où en es-tu avec la Loi sur les langues officielles?" J'ai dit : "Première nouvelle". "Comment! Première nouvelle? Grouille-toi!" »

Un texte de Michel Nogue

Le premier ministre a demandé à son bras droit de rencontrer le fondateur de l'Université de Moncton, Clément Cormier, pour parler du contenu du projet de loi. Le père Cormier siégeait alors à la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme canadien. Le recteur de la plus grande université acadienne connaissait bien le dossier du bilinguisme officiel et il savait ce qu'allait contenir la future loi canadienne sur les langues officielles.

Il avait le meilleur des conseillers, qui lui, le père Clément Cormier avait été de toutes les réunions de la commission Laurendeau-Dunton. Il savait ce qui allait être déposé au Parlement.

Robert Pichette ancien chef de cabinet de Louis J. Robichaud

La possibilité d'imposer le bilinguisme aux municipalités écartée

À la suite de leur rencontre avec le père Cormier, Robert Pichette et un fonctionnaire, Pierre Vachon, ont soumis une liste de huit faits saillants au premier ministre. Louis J. Robichaud a rejeté d'emblée deux recommandations. Il a jugé peu réaliste la création de districts bilingues où le nombre de résidents francophones justifierait que le gouvernement offre de services dans les deux langues. Robert Pichette raconte que M. Robichaud était catégorique : Et ça, le premier ministre ne voulait pas en entendre parler. Des districts bilingues, ça c'est un truc à con. Le pourcentage des gens francophones ou bilingues risque de changer.

En 1968, le chef provincial a aussi dit non à l'idée d'imposer le bilinguisme aux villes et villages du Nouveau-Brunswick.

Que les municipalités soient sujettes à la loi sur les langues officielles, ça, c'est discutable. Même moi, je me disais ça aurait peut-être dû être dans la loi. Mais M. Robichaud disait non. Ils se débrouilleront.

Robert Pichette ancien chef de cabinet de Louis J. Robichaud

Robert Pichette a ensuite rédigé le livre blanc sur les langues officielles qui a été présenté à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick le 4 décembre 1968. Cinq mois plus tard, la nouvelle loi a été adoptée à l'unanimité. Le chef de l'opposition officielle, Richard Hatfield, s'est rallié à l'idée. Le Nouveau-Brunswick est alors devenu la première et la seule province officiellement bilingue.

L'ancien chef de cabinet Robert Pichette est l'un des derniers collaborateurs toujours vivants de l'ancien Premier ministre Louis J. Robichaud.

Robert Pichette révèle qu'il a consulté le fondateur de l'Université de Moncton, Clément Cormier, avant de rédiger le livre blanc sur les langues officielles

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

50 ans plus tard

Avec le recul, Robert Pichette reconnaît que le gouvernement, à l'époque, aurait dû créer un poste de commissaire aux langues officielles. Mais il continue de croire que l'administration de Louis J. Robichaud n'aurait pas pu aller plus loin dans ses réformes, puisque tout était à construire en matière de bilinguisme officiel, il y a 50 ans.

L'ancien bras droit de Louis J. Robichaud constate que la loi a eu un impact énorme sur la province : Mais c'est certain que ç'a influencé beaucoup le Nouveau-Brunswick. On en a encore les conséquences aujourd'hui, les conséquences politiques. Graves. Sérieuses. On les subit aujourd'hui.

M. Pichette s'inquiète du retour du clivage traditionnel entre les Acadiens qui appuient massivement le Parti libéral et les anglophones qui votent surtout pour le Parti progressiste-conservateur ou l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. L'ancien chef de cabinet reproche aux gouvernements successifs de ne pas avoir fait respecter la Loi sur les langues officielles. Il lance un appel aux députés et aux ministres pour qu'ils expliquent mieux le bilinguisme.

Que ce soit conservateur ou libéral, ou autre, il faudra expliquer [...] ce que la loi dit [et] ce qu'elle ne dit pas. Voici comment ça doit marcher et voici comment on va la faire marcher. On entend dire [qu'il] n'y a pas d'emplois pour ceux qui sont pas bilingues. Mais c'est faux!

Robert Pichette ancien chef de cabinet de Louis J. Robichaud

Et à ceux qui craignent un recul en matière de bilinguisme, Robert Pichette répond que la Loi sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick est inscrite dans la Constitution canadienne.

Selon lui, la province ne pourrait pas l'éliminer d'un trait de plume. Il reconnaît toutefois qu'un gouvernement pourrait abolir le Bureau du commissaire aux langues officielles, un peu comme vient de le faire celui de Doug Ford, en Ontario. Mais le parti qui agirait ainsi en paierait le prix lors des prochaines élections provinciales, selon l'ancien chef de cabinet.

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