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La mise à jour économique n'est qu'un « premier pas », assure Legault

François Legault parle devant un lutrin. Derrière lui, des dizaines de citoyens sont assis devant un grand drapeau du Québec.

Rompant avec la tradition, François Legault a fait part de ses commentaires sur la mise à jour économique devant un parterre de citoyens au Hilton de Québec plutôt qu'au Parlement.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les mesures visant à venir en aide aux familles, aux retraités et à encourager les investissements des entreprises au Québec, annoncées lundi dans la mise à jour économique du gouvernement, ne sont que « des premiers pas », assure le premier ministre du Québec.

Un texte de François Messier

Dans une conférence de presse tenue peu après le dévoilement de ces mesures, François Legault a pris soin d’indiquer à plusieurs reprises que le vrai budget de l’an 1 de son gouvernement sera dévoilé ce printemps, mais qu’il a tout de même cru bon de « devancer certaines mesures ».

La bonification de l’allocation familiale et la création d’un nouveau crédit d’impôt remboursable pour les aînés de 70 ans et plus à faible revenu visent à leur venir en aide « rapidement », tandis que les mesures sur les amortissements destinées aux entreprises visent à faire du Québec « le meilleur endroit pour investir pour les compagnies manufacturières ».

C’est important d’envoyer un signal aux entreprises et aux entrepreneurs : venez investir au Québec. Fiscalement, c’est attrayant.

Une citation de : François Legault, premier ministre du Québec

Au sujet de la bonification de l’allocation familiale, M. Legault plaide qu’il importait de mettre un terme à l’approche actuelle, dans laquelle une famille reçoit plus pour un premier enfant que pour les suivants. Il s’agissait là d’une « absurdité », qui n’était ni acceptable ni équitable, a-t-il fait valoir.

Le premier ministre se défend par ailleurs de s’être contenté de geler la contribution additionnelle pour la garde d’enfants en services subventionnés, lui qui a promis de rétablir un tarif unique en campagne électorale. Cela sera fait comme promis, a-t-il assuré, en laissant entendre que ce sera inclus dans le prochain budget.

François Legault souligne également que le nouveau crédit d’impôt pour les aînés – une mesure qui n’était pas prévue dans le cadre financier divulgué en campagne électorale, a-t-il dit – n'est qu'un premier geste qu'il a pu poser, parce que son gouvernement dispose de la marge de manœuvre pour le faire.

Le ministre des Finances, Éric Girard, a précisé pour sa part qu’il étudie d’autres moyens de venir en aide aux aînés à faibles revenus du Québec. Treize crédits d’impôt leur sont actuellement destinés, mais il convient de les optimiser afin de « donner un maximum d’aide au moindre coût et même de bonifier l’aide totale » qu’ils reçoivent, a-t-il dit.

Ces marges existent, mais sont tout de même « limitées », a indiqué M. Legault, avant de dire qu’il a « bon espoir » de les augmenter. Cela se fera à la fois par une réduction de la bureaucratie et par une augmentation des revenus, a-t-il dit. Parvenir à ce dernier objectif sera la mission d’Investissement Québec, a-t-il répété.

François Legault soutient que son gouvernement a un plan « très clair » pour l’économie du Québec, et qu’il entend continuer de trouver « un équilibre » dans son approche budgétaire, entre le financement des services publics et la nécessité de « réduire la ponction faite dans les poches des Québécois via les impôts, les taxes et les tarifs ».

Le premier ministre dit croire que malgré ces premiers investissements, le gouvernement du Québec demeure en mesure d'affronter une contraction de l'économie, même si une telle perspective ne semble pas imminente. « Je pense qu'on est conservateurs, et qu'on va être corrects s'il y a une récession », a-t-il affirmé.

Aurait-on pu en annoncer davantage?

En entrevue à RDI économie, le ministre des Finances Éric Girard dit se soucier de « la récurrence » des montants annoncés.

Si on a 1,6 milliard de surplus cette année et qu’on prévoit l’équilibre l’an prochain, il faut être prudent.

Une citation de : Éric Girard, ministre des Finances

M. Girard rappelle qu’en adoptant « une saine gestion des finances publiques, on ne peut pas engranger des dépenses sur plusieurs années sur la base du seul surplus de cette année ».

Entrevue avec Éric Girard

Pourquoi le signal n’est-il pas plus clair en matière d’éducation?

Pourquoi n’en a-t-on pas profité pour annoncer des investissements dans ce secteur, alors que les besoins sont là et les marges de manœuvre aussi?

« D’abord, le gouvernement précédent avait déjà un accroissement de dépenses de 6 % l’an dernier et de 5 % cette année », répond le ministre des Finances.

Jusqu’à maintenant, indique M. Girard, « on n’observe pas le niveau de dépenses qui était prévu. Ensuite, il faut donner le temps au ministre de l’Éducation d’arriver en place et c’est au budget que nous aurons des mesures précises pour l’éducation ».

Un « rendez-vous manqué », déplorent les libéraux

Le porte-parole libéral en matière de finances, Carlos Leitao, qualifie pour sa part la mise à jour économique de « rendez-vous manqué ». Le plan est « bien pour les entreprises », a-t-il dit, avant de déplorer qu'il ne contienne « absolument rien pour améliorer les services, notamment en éducation ».

Selon l'architecte des marges de manœuvre dégagées par le gouvernement Couillard, au prix d'une rigueur budgétaire qui a fait l'objet de nombreuses critiques, le gouvernement Legault aurait dû investir bien davantage dès maintenant. « Il y avait de la place financièrement. On ne comprend pas pourquoi il faut attendre jusqu’au budget », a-t-il dit.

Compte tenu de la situation économique et financière du Québec, les Québécois et les Québécoises étaient en droit de s’attendre à ce que le gouvernement respecte ses engagements en matière de diminution du fardeau fiscal et de réinvestissement dans les services.

Une citation de : Carlos Leitao, porte-parole du PLQ en matière de finances

Son collègue Gaétan Barrette, porte-parole pour les dossiers relevant du Conseil du Trésor, a pour sa part critiqué le fait que le gouvernement Legault a décidé de maintenir plutôt que de bonifier le Plan québécois des infrastructures.

Selon lui, cela signifie que des investissements qui pourraient être annoncés dans le prochain budget ne pourront pas être effectués l'an prochain et que la Coalition avenir Québec devra abandonner certaines de ses promesses électorales en la matière.

M. Leitao a aussi tenu à signaler que le document officiel déposé par le ministère des Finances indique noir sur blanc que « le Québec a pris les moyens nécessaires pour réduire les émissions de GES ». Il semble donc que le gouvernement a « trouvé le plan » que le premier ministre Legault disait avoir cherché en vain, la semaine dernière, dans son discours d'ouverture.

Legault maintient les mesures d'austérité du gouvernement Couillard, dénonce le PQ

L'absence de nouveaux investissements dans les services publics, particulièrement en éducation et en santé, n'a pas davantage trouvé grâce aux yeux du porte-parole du Parti québécois en matière de finances, Martin Ouellet. Le gouvernement ne fait « absolument rien pour réinvestir dans les services aux citoyens », a-t-il dénoncé.

Ce que M. Legault nous dit [...] aujourd'hui, c'est “les mesures d'austérité qui ont été mises en place par les libéraux, je vais tout simplement les continuer, je ne vais pas les corriger tout de suite”.

Une citation de : Martin Ouellet, porte-parole du PQ en matière de finances

La mise à jour économique ne contient « aucun investissement [...] pour améliorer les services aux enfants, aucune embauche supplémentaire pour donner des professionnels dans nos écoles, rien pour combler le manque à gagner de 1000 professionnels dans toutes les écoles du Québec », a-t-il dit.

Elle ne contient « rien pour l’embauche des infirmières, de préposés aux bénéficiaires, rien pour améliorer le sort des travailleurs et des travailleuses dans le secteur de la santé et rien pour améliorer le sort des patients dans le réseau », a-t-il poursuivi. Ni aucune mesure pour mettre fin aux « conditions accablantes » qui prévalent dans les centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD).

Pour QS, Legault s'est attaqué à la mauvaise dette

Le porte-parole de Québec solidaire en matière de justice fiscale et de services publics, Vincent Marissal, a quant à lui pourfendu le gouvernement pour l'absence de mesures visant à lutter contre les changements climatiques, grande priorité de son parti. Selon lui, il aurait fallu s'attaquer d'emblée à la « dette climatique », plutôt qu'à la dette financière, qui est « totalement sous contrôle ».

Le gouvernement a bien fait de prolonger le programme offrant un rabais aux acheteurs d'un véhicule électrique, souligne-t-il, mais cela est insuffisant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon lui, il aurait fallu profiter de l'occasion pour lancer un programme de « transition écologique ».

Il y a une contradiction flagrante entre le diagnostic et le remède […] Le gouvernement nous dit : "il y a crise, il y a menace à l’humanité". Et le remède, c’est trois fois rien, sinon la reconduction d’un seul programme pour trois mois.

Une citation de : Vincent Marissal, porte-parole de QS en matière de justice fiscale et de services publics

À l'instar de Carlos Leitao, il note que le gouvernement semble avoir trouvé le plan qu'il affirmait avoir cherché sans succès depuis son arrivée au pouvoir. « Maintenant, il nous dit que finalement il y en avait un, de plan du gouvernement libéral, mais il semble s’en contenter, même si de toute évidence, ce plan est inadéquat », s'est-il moqué.

Réactions mitigées à la FADOQ et dans le réseau des CPE

Le directeur général du Réseau Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ), Danis Prud'homme, soutient que le petit montant que recevront de nombreux aînés grâce au nouveau crédit d'impôt annoncé par le gouvernement est « bienvenu », mais affirme du même souffle qu'il y a « beaucoup plus que ça à faire ».

Il montre notamment du doigt la nécessité d'améliorer les soins dispensés dans les CHSLD, et d'agir pour offrir de meilleurs soins à domicile. « Ça fait au-delà de 10 ans qu'on le sait, et on ne fait pas grand-chose » pour remédier à la situation, se désole-t-il.

La réaction est similaire du côté de l'Association québécoise des centres de la petite enfance. Sa directrice générale, Geneviève Bélisle, se réjouit du gel de la tarification annoncée par le gouvernement, mais ne cache pas être déçue que l'implantation du tarif unique promis par la CAQ en campagne électorale soit repoussée.

« On souhaiterait que le seul critère pour les parents soit vraiment un critère de qualité [qu'ils se basent sur] l’offre de services du milieu de garde qui leur est proposée, plutôt que la première réflexion soit faite sur une base économique », a-t-elle commenté.

La jeune femme devant des casiers.

Le reportage de Maxime Bertrand

Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Des entreprises ravies

La réaction à la mise à jour économique est beaucoup plus favorable dans le milieu des affaires.

Le Conseil du patronat du Québec dit par exemple y voir « un pas dans la bonne direction », en disant voir « d’un bon œil certaines mesures visant à accroître les investissements et la productivité des entreprises ».

« La croissance économique du Québec dépend en grande partie de la productivité de nos entreprises », indique son président-directeur général, Yves-Thomas Dorval. « Alors, l’enveloppe annoncée aujourd’hui de 1,6 milliard de dollars sur 5 ans représente un levier structurant intéressant pour favoriser les investissements et la compétitivité de nos entreprises. »

Le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Stéphane Forget, abonde dans le même sens. Il soutient que les mesures visant à soutenir les investissements en technologie et en accroissement de la productivité permettront aux entreprises « d'accélérer la modernisation de leurs équipements, de faire face aux défis de main-d'œuvre et d'accroître leur capacité à exporter. »

Permettre aux entreprises d'amortir de nombreux investissements à hauteur de 100 % dès la première année sera hautement bénéfique.

Une citation de : Véronique Proulx, présidente-directrice générale des Manufacturiers et Exportateurs du Québec

« Nous sommes convaincus que de nombreuses entreprises profiteront de cet allègement fiscal pour investir massivement en équipement, plutôt que se tourner vers d'autres pays où il était plus intéressant fiscalement de le faire », a-t-elle ajouté.

Des syndicats déçus

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, ne voit pas les choses du même œil. Bien qu'il salue la décision de « donner un minimum d'oxygène aux familles, aux personnes aînées », il déplore que le gouvernement n'en ait pas fait assez pour rompre avec le précédent gouvernement.

« Le gouvernement de François Legault aurait pu faire oublier les années de misère des libéraux en réinvestissant massivement dans les services publics : en santé, en éducation et dans les programmes sociaux. », a commenté le chef syndical.

L'austérité libérale a fait mal à la population, nous restons sur notre faim.

Une citation de : Daniel Boyer, président de la FTQ

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, est allé dans le même sens. Selon lui, le premier ministre Legault n'a pas réussi à trouver le « juste équilibre » entre redonner de l'argent aux Québécois et investir dans les services publics.

« Aucune nouvelle mesure n'a été annoncée aujourd'hui en matière d'accessibilité aux services d'éducation et de santé et de services sociaux – deux de ses priorités – alors que le ministre des Finances prévoit toujours un surplus de 1,7 milliard à la fin de l'année financière en cours, et ce, même après les versements au Fonds des générations », a-t-il indiqué.

« L'occasion était belle aujourd'hui d'annoncer un réel changement de cap par rapport au précédent gouvernement, dont les politiques d'austérité ont mis à mal nos services publics. Nous sommes quelque peu déçus du manque d'envergure et d'audace affiché aujourd'hui par le gouvernement », ajoute M. Létourneau.

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