•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La trêve commerciale sino-américaine suscite un enthousiasme tout en retenue en Chine

Des gardiens de sécurité marchent dans un port. En arrière-plan, des centaines de conteneurs.
Des gardiens de sécurité au port chinois de Yangshan,dans la baie de Hangzhou. Photo: Reuters / Aly Song
Anyck Béraud

La trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine, scellée par une poignée de main entre Xi Jinping et Donald Trump cette fin de semaine, en marge du sommet du G20, vient avec son lot d'incertitudes. Si les médias chinois parlent en chœur d'un « nouveau départ significatif » ou d'un « consensus positif et constructif », d'autres soulignent, à l'instar de bien des analystes, que le plus dur reste à venir.

Il faut dire que les deux pays n'ont que 90 jours pour s’entendre, faute de quoi Washington haussera une nouvelle fois ses frais de douane sur divers produits chinois, à hauteur de 200 milliards de dollars.

Pour Victor Gao, du Center for China and Globalisation, réussir ce tour de force leur demandera du courage.

Et il faudra aussi, souligne cet ancien conseiller diplomatique du gouvernement chinois, surmonter cet autre obstacle : comprendre ce que les États-Unis veulent vraiment.

Quel est leur objectif stratégique? Sont-ils préoccupés par le commerce, par l’essor de la Chine, par la possibilité que l’économie chinoise finisse par surpasser leur économie?

Victor Gao

Trois mois, donc, pour arriver à une entente globale sur le commerce. Le délai semble très court, étant donné ce qui a été mis sur la table par Washington.

La Maison-Blanche entend en effet discuter tant de propriété intellectuelle, domaine dans lequel elle accuse Pékin de vol, que de l’obligation pour les entreprises étrangères installées en sol chinois de transférer leur technologie.

Or, ces dossiers sont tout aussi cruciaux pour le président Xi Jinping qui entend faire de son pays une puissance mondiale en nouvelles technologies, rivale des États-Unis.

Et pour l’instant, rien n’indique que Pékin serait prêt à bouger sur ces questions.

Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, n’a d'ailleurs aucunement mentionné la question de la propriété intellectuelle, par exemple, quand il a indiqué que les deux pays allaient profiter de cette trêve pour « travailler ensemble », afin d’en arriver à un « consensus sur le commerce ».

Pas plus qu'il n'a mentionné le délai de 90 jours, d'ailleurs.

Ce qui se joue, en fait, va bien au-delà du commerce : c'est une véritable guerre d'influence à laquelle se livrent les deux puissances économiques.

Les unes de quelques journaux chinois au lendemain de la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine. 3 décembre 2018À la une de quelques journaux chinois au lendemain de la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine. 3 décembre 2018 Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le ton tient plus du soulagement que des réjouissances

Bien des médias chinois, notamment les médias d'État, saluent la trêve conclue entre les deux pays, faisant écho au discours officiel en parlant de « coopération », de « consensus », « d’intérêts communs ayant surmonté les différends ».

Cela n'empêche cependant pas le China Daily, journal officiel rédigé en anglais, de rappeler en éditorial qu’« aucune baguette magique n’a été brandie pour faire disparaître les différends entre la Chine et les États-Unis, en une nuit ».

Ou encore le Global Times d'énumérer les points de litige qui seront à la table des discussions.

Cela dit, ajoute le China Daily, l’entente entre Donald Trump et Xi Jinping de Buenos Aires prendra toute son importance si elle peut apporter « une bouffée d’air frais, un répit nécessaire pour réfléchir de façon rationnelle ».

Et un répit, Pékin et Washington en avaient besoin tous les deux. Car cette guerre commerciale, à coups de hausses réciproques de frais douaniers, commençait à faire ressentir ses effets tant en Chine, où l’économie tourne au ralenti, qu'aux États-Unis, notamment dans les États agricoles.

Si chacun des pays se targue d’avoir obtenu des concessions de l'autre pour arriver à cette trêve, pour l'instant, l'enthousiasme semble venir davantage du côté de la Maison-Blanche.

Encore dimanche soir, Donald Trump a tweeté que la Chine allait « réduire et supprimer » ses droits de douane sur les automobiles américaines.

La chose n'a pas été confirmée par Pékin dont le porte-parole du ministère des Affaires étrangères s'est limité, lundi matin, à dire que les équipes économiques des deux pays avaient reçu comme mandat de travailler à la suppression des frais de douane.

Ce même ministère est resté tout aussi vague sur les produits américains que la Chine s’est engagée à importer davantage « graduellement, selon les besoins de son marché » pour réduire l’important déficit commercial entre les deux pays.

Mais l'administration américaine, elle, a nommément spécifié les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et de l'industrie.

Anyck Béraud est correspondante de Radio-Canada en Asie

Asie

International