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L'Alberta impose une limite sur sa production pétrolière

Une poignée de sable bitumineux dans un gant de travail.
Plusieurs pétrolières ont réclamé l'intervention du gouvernement albertain, mais la réduction forcée de la production ne fait pas consensus dans l'industrie énergétique. Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Radio-Canada

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, annonce qu'elle imposera lundi une limite sur la production des pétrolières albertaines dans un effort pour faire augmenter le prix du pétrole albertain. Le rationnement sera en vigueur à partir de janvier 2019, et ce, jusqu'à la fin de l'année.

Un texte d’Audrey Neveu

L’Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta imposera une réduction de 325 000 barils de pétrole brut par jour, soit une réduction de 8,7 % de la production actuelle de 3,7 millions de barils par jour de la province.

Le ministère de l’Énergie révisera mensuellement la limite de production imposée pour l’adapter aux fluctuations du marché.

Vers le juste prix

Le but de ce rationnement est de faire baisser les réserves de pétrole que la province peine à exporter par manque de pipelines, afin de diminuer l’écart de prix entre le baril de brut canadien et l’américain, qui était d’environ 30 $ ces dernières semaines.

Le gouvernement s’attend à ce que cette réduction forcée abaisse l’écart d’au moins 4 $ par baril. Ce manque à gagner coûte 80 M$ par jour aux Canadiens, selon une étude de la Banque Scotia citée par le gouvernement albertain.

Rachel Notley accuse Ottawa d'être responsable de cette différence de prix, en raison de son « incapacité à construire des pipelines ». Le gouvernement fédéral a notamment acheté l’oléoduc Trans Mountain à Kinder Morgan, mais sa construction a connu plusieurs embûches.

Une intervention souhaitée, mais sans consensus de l'industrie

Plusieurs pétrolières avaient réclamé l’intervention du gouvernement albertain, mais la première ministre reconnaît que l’imposition d’une limite sur la production ne fait pas consensus dans l’industrie énergétique, particulièrement chez les plus gros producteurs.

« Nous devons prendre la décision très difficile d’imposer cette réduction de la production à court terme afin de stabiliser les marchés et protéger les emplois, plutôt que de ne rien faire et espérer que ça s’améliore », a justifié la première ministre.

Rachel Notley a ajouté qu’elle ne peut rester les bras croisés pendant que de nombreux emplois sont menacés.

Malgré cette mesure, le doyen de la Faculté d'administration de l'Université de l'Alberta Joseph Doucet s’attend à ce que les prochaines années soient difficiles économiquement.

« Il y a déjà énormément de pertes au niveau des entreprises et des redevances du gouvernement et il y a très peu de forages qui vont être faits cet hiver dans l’Ouest canadien », rappelle-t-il.

« Tout ça va faire en sorte qu'il y a beaucoup moins d'activité économique, d'investissement et donc d'emplois dans le secteur énergétique dans l'Ouest canadien, pas juste en Alberta. Ça va avoir des répercussions assez rapides et directes sur l'ensemble de l'économie, sur la vente au détail, le marché immobilier, etc. »

Le gouvernement en mode « urgence »

Le politologue Frédéric Boily, de l’Université de l’Alberta, croit que la première ministre veut absolument démontrer qu’elle agit pour aider l’industrie pétrolière, notamment pour des raisons électoralistes.

« Elle utilise toute la panoplie d’options à sa disposition, que ce soit [en achetant des] trains pour exporter du pétrole ou en limitant la production », analyse-t-il.

« Rachel Notley devait mettre de côté l’idée que son gouvernement est en mode "attentiste", ce qu’on pouvait lui reprocher l’an dernier, à la même époque. Maintenant, elle veut arriver devant l’électorat et dire qu’elle a tout fait en son pouvoir pour faire avancer les choses rapidement. »

Il estime que Rachel Notley prend ainsi une décision « historique », d’autant plus qu’elle n’avait pas annoncé qu’elle irait dans cette direction lorsqu’elle s’est fait élire.

Évolution de la gestion du pétrole albertain en 2018

Alberta

Industrie pétrolière