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Université de l'Ontario français : l'occasion de réévaluer le projet

Photo de trois adolescents qui sourient : un Noir, une Noire et une blanche.
Le financement de l'Université de l'Ontario français, qui était censée ouvrir ses portes en 2020 à Toronto, a été annulé par le gouvernement progressiste-conservateur. Photo: Site officiel
Radio-Canada

Des historiens spécialistes de l'Ontario français estiment que l'annulation du financement de l'Université de l'Ontario français annoncée le 15 novembre constitue une occasion de réévaluer la vision de l'établissement.

Un texte de Bienvenu Senga

Un examen détaillé de la situation financière de la province a mené le gouvernement à annuler les plans de création d’une nouvelle université de langue française, peut-on lire dans l’énoncé économique d’automne du gouvernement progressiste-conservateur.

L’historien Serge Dupuis, qui a entre autres pris part à l’organisation des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français, rappelle que le mandat régional de l’Université de l’Ontario français n’était pas conforme aux souhaits des personnes consultées.

Il n’y a personne qui avait imaginé un monde où les universités bilingues, y compris le Collège Glendon, resteraient telles quelles et où on créerait une petite université française à part seulement à Toronto.

Serge Dupuis, historien consultant pour le cabinet rrcdupuis.com
L'historien Serge Dupuis de passage dans nos studios afin de nous raconter la genèse de l'université franco-ontarienneL'historien Serge Dupuis a pris part à l'organisation des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français. Photo : Radio-Canada / Louis Garon

L'historien estime qu’il y a une occasion politique à saisir, après l’annulation du financement provincial de l’établissement.

Est-ce qu'il y aurait moyen [... ] de réorganiser des structures pour permettre un meilleur réseautage entre les programmes, de créer cette université provinciale, mais à partir de ce qui existe déjà en offre de programmes et bien sûr en ayant le mandat de l'élargir le plus rapidement possible dans le Nord, dans l'Est mais dans le Centre-Sud-Ouest aussi? Je pense qu'il y a un moment à saisir là, parce que Mme Mulroney a besoin d'une porte de sortie dans ce dossier-là. C'est peut-être là où il y a un espace pour le dialogue entre la communauté franco-ontarienne et le gouvernement, fait savoir Serge Dupuis.

Dans une lettre ouverte publiée le 16 novembre dans le quotidien Le Droit, la nouvelle ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a notamment reproché au modèle de l’Université de l’Ontario français de [ne pas répondre] à la demande pour une main-d’œuvre qualifiée dans les domaines qui en [ont] besoin, soit des infirmières, des enseignants, des juristes francophones et autres.

Sur son site web, l'Université de l'Ontario français indique qu'elle a déjà entrepris des discussions avec d'autres universités pour pouvoir offrir, entre autres, une formation alternative des enseignants et une certification des compétences en français des étudiants inscrits aux programmes de santé dans les universités anglophones.

L’historien et professeur à l’Université Laurentienne, Serge Miville, rappelle pour sa part que les intellectuels défendent depuis des décennies le principe d’une université de langue française en Ontario par et pour la communauté franco-ontarienne et à l’échelle de la province.

J’espère que c’est une occasion de réfléchir sur les modalités, mais cela dit, le principe est inviolable.

Serge Miville, titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français
Serge Miville au microphone du Matin du NordSerge Miville est titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l'Ontario français de l'Université Laurentienne. Photo : Radio-Canada / Patrick Wright

Des capsules historiques qui ne font pas l'unanimité

Les deux historiens dénoncent les imprécisions que contiennent les capsules vidéo que publie en ligne actuellement l'Université de l'Ontario français et qui résument le parcours de l'établissement.

Dans la première capsule (Nouvelle fenêtre) publiée le 19 novembre, la comédienne affirme que l’Université de l’Ontario français, c’est une vision : celle de construire une institution reconnue comme un pilier académique au Canada et à l’international, avant de se demander comment tout a commencé.

Son acolyte masculin poursuit en disant que Rome ne s’est pas faite en un jour, l’UOF non plus et entame le récit de la genèse du projet en parlant du rapport des consultations des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français publié en septembre 2014.

S’il admet que c’est un peu normal que [l’Université de l’Ontario français] cherche à promouvoir ce qu’elle a eu comme mandat, donc de créer une université de langue française dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, Serge Miville déplore le raccourci pris par l’établissement dans le récit de sa création.

En tant qu’historien, on constate dans les recherches que la question universitaire ne date pas de 2014, mais s’articule principalement autour de l’idée de créer une université francophone en Ontario dès la fin des années 1960, et particulièrement dans le nord de la province autour des années 1970, explique-t-il.

Chaque fois qu’on fait un trou de mémoire, il y a un danger inhérent de myopie, c’est d’oublier que c’est une revendication provinciale qui dépasse le cadre du sud de la province, c’est une revendication historique collective. Il y a beaucoup de gens qui ont mis la main à la pâte.

Serge Miville, titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l'Ontario français

Pour Serge Dupuis, la capsule réduit l'histoire à quelques phrases et est inexacte.

Dans celle-ci, le comédien affirme que le rapport publié à la suite de la tenue des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français recommande la création d’une université autonome de langue française dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.

Or, si le rapport dénote l’offre faible de programmes universitaires en français dans le Centre-Sud-Ouest, il fait plutôt mention d’une université de langue française qui offre une programmation complète et de qualité bien financée et répartie sur tout le territoire provincial comme étant le souhait des personnes consultées.

Un autre rapport, publié en février 2015 à l’issue d’un sommet provincial tenu à Toronto, établit, entre autres, comme priorité de la communauté [le renforcement] de l’accès aux programmes en français, notamment dans le Centre où l’écart entre la population franco-ontarienne et l’offre inadéquate de programme est le plus grand.

La création d’une nouvelle université de langue française à Toronto n’a été clairement recommandée pour la première fois que dans le rapport Le temps d’agir publié en février 2016 par le Comité consultatif en matière d’éducation postsecondaire en langue française dans la région du Centre-Sud-Ouest.

Il y a des amalgames qui sont faits là-dedans qui semblent imprudents, inexacts et c'est un peu surprenant d'une organisation qui veut mettre sur pied une université.

Serge Dupuis, historien consultant pour le cabinet rrcdupuis.com

Interpellée à ce sujet, l’UOF reconnaît que la mise sur pied d’un établissement universitaire de langue française en Ontario est une revendication de longue date.

Son recteur par intérim, Normand Labrie, indique que la conception des capsules vidéo s’est basée sur le rapport Innover localement, exceller mondialement du Conseil de planification pour une université de langue française publié en juin 2017.

Dans le rapport du conseil de planification, on fait la genèse complète. Dans des capsules d’une minute environ, ça a été très synthétisé. [...] On est parti de ce moment charnière qu’[étaient] les États généraux, affirme Normand Labrie.

Un argument qui ne convainc toutefois pas le professeur Miville.

La concision n’est pas une raison de faire l’économie de la vérité historique.

Serge Miville, professeur à l’Université Laurentienne et titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français

Par ailleurs, lors de son passage le 25 novembre à la populaire émission Tout le monde en parle, la présidente du conseil de gouvernance de l'UOF, Dyane Adam, a réitéré que le projet de l'université autonome de langue française [...] est un rêve de générations de Franco-Ontariens.

Nord de l'Ontario

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