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Changements climatiques : pourquoi notre cerveau nous pousse-t-il à nier l’évidence?

Un nuage de pollution est dégagé par une cheminée d'usine.
Des spécialistes expliquent pourquoi la plupart des gens sont dans le déni concernant le réchauffement climatique et ses conséquences. Photo: iStock

Alors que tous les voyants sont au rouge, le climat ne figure pas parmi les priorités de la majorité des gens. Pour comprendre pourquoi, il est intéressant de faire appel à la psychologie et aux neurosciences.

Selon certains psychologues, dont Michael Ranney, professeur au Département de psychologie de l’Université de Berkeley, en Californie, il existe un certain nombre de raisons qui expliquent pourquoi la plupart des gens nient l’évidence.

Parmi celles-ci se trouve la prévalence d'informations trompeuses ou erronées sur le sujet qui circulent sur Internet.

Si les gens partagent de fausses informations – sans en avoir conscience –, c’est parce qu’elles représentent leur vision du monde. Ce phénomène s’appelle le biais de confirmation.

Pour le professeur, il y a aussi un simple manque de connaissances. À cette fin, il a créé le site web How Global Warming Works, qui propose de courtes vidéos expliquant les mécanismes du réchauffement planétaire.

Toutefois, pour Matto Mildenberger, professeur adjoint de sciences politiques à l'Université de Californie à Santa Barbara, ce « déficit d’information » n’explique pas tout.

D’après lui, il semble que, pour résoudre le problème, il faut que les citoyens aient accès à des personnes de confiance. « Je ne parle pas de scientifiques. Je parle des gens de communautés locales », dit-il.

Qu'est-ce qui motive le déni?

Il y a quelque chose d'autre qui peut être en jeu sur le plan du subconscient et qui nous permet de ne pas tenir compte des preuves qui sont devant nous.

Paul Thagard, professeur émérite au Département de philosophie de l'Université de Waterloo et spécialisé en sciences cognitives, évoque « l’inférence motivée ».

Quand les gens ont de fortes motivations, ils sont très sélectifs par rapport aux preuves qu'ils recherchent.

Paul Thagard, professeur émérite au Département de philosophie de l'Université de Waterloo

Bien qu'il y ait un consensus sur le fait que le changement climatique se produit et que les humains l'exacerbent, il y a encore des gens – y compris des politiciens – qui refusent de reconnaître les preuves.

« Les motivations varient selon qui vous êtes », dit Paul Thagard. « Si vous êtes un politicien conservateur, vous ne voulez simplement pas croire [au changement climatique], car s'il y a vraiment un changement climatique causé par l'activité humaine, le gouvernement devrait prendre des mesures pour y remédier », ajoute-t-il.

Il existe aussi certaines craintes qui empêchent les gens d’agir. Les personnes dont l’emploi est lié aux énergies fossiles, par exemple, peuvent craindre qu'à terme leur emploi soit menacé.

D'autres pourraient ne pas vouloir que le gouvernement prenne leur l'argent pour financer la transition énergétique.

Changer le mode de communication

M. Mildenberger affirme que, même s'il existe de nombreuses informations sur les changements climatiques, il est essentiel de les communiquer efficacement, sans pour autant dépeindre un scénario sombre.

« Il faut communiquer la gravité de la menace climatique, tout en donnant aux gens le sentiment qu’ils peuvent agir », dit-il.

M. Ranney a également évoqué le sentiment de responsabilisation lorsqu'il s'agit d'accepter le changement climatique.

Il deviendra de plus en plus évident pour tout le monde que le réchauffement climatique se produit, qu'il fait peur, que nous pouvons y remédier et que nous devrions le réparer.

Michael Ranney, professeur au Département de psychologie de l’Université de Berkeley

« Ce n'est pas le moment d'être passifs et de laisser cette calamité nous arriver. Nous pouvons régler ce problème, et nous pouvons le faire maintenant », ajoute-t-il.

Pour le psychiatre norvégien Per Espen Stoknes, cité dans un reportage de France Inter, certaines barrières mentales empêchent la plupart des gens de percevoir les dangers du réchauffement climatique.

Un bateau et une bicyclette sont vus sur le lac asséché Poopo touché par le changement climatique, dans le département d'Oruro, en Bolivie, le 16 décembre 2017.Les membres du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) appellent à des transformations « rapides » et « sans précédent » si l'on veut limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Photo : Reuters / David Mercado

Parmi ces barrières figure la dissonance cognitive. Entre la connaissance du problème et la reconnaissance du besoin d’agir, le réflexe est souvent de refouler ces informations pour éviter d’y penser.

Le catastrophisme qui entoure les informations concernant le réchauffement climatique serait également contre-productif, d’après le psychiatre.

Il conduirait plutôt les gens à éviter le problème en mettant en place des mécanismes de défense.

En octobre 2018, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publiait un long rapport dans lequel il expliquait que « limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C nécessiterait des changements rapides, très profonds et sans précédent dans tous les aspects de la société ».

D'après les graphiques diffusés, les risques d'un réchauffement de 2 °C sur les coraux des eaux chaudes ou sur la région de l'Arctique seraient « très élevés ». Les risques seraient aussi « élevés » en ce qui concerne l'augmentation du niveau des océans et les événements météorologiques extrêmes.

Avec les informations de Nicole Mortillaro, de CBC News

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