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Circulation sur le mont Royal : importantes divergences d’opinion lors des consultations

Le lac aux Castors dans le parc du Mont-Royal
Bon nombre de répondants ont trouvé que l'accès au lac aux Castors était plus difficile pendant le projet pilote. Photo: Radio-Canada / Martin Thibault
Radio-Canada

Le projet pilote qui a interdit pendant cinq mois la circulation de transit sur le mont Royal aux véhicules automobiles ne fait pas l'unanimité. Selon le moyen de transport utilisé pour se rendre sur la montagne et selon le mode de consultation, les réponses à un questionnaire de l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) varient d'un extrême à l'autre.

Un texte d’Isabelle Montpetit

Un des éléments de la consultation de l’OCPM consistait à demander aux membres du public de donner leurs impressions du projet pilote pendant qu’il se déroulait.

Dans l’ensemble, 58,7 % des 3104 personnes qui ont répondu au questionnaire en ligne ont considéré que le projet pilote était « une très mauvaise idée » et 27,1 % « une très bonne idée ».

De leur côté, les 318 visiteurs du mont Royal qui ont répondu au questionnaire sur place, à partir de bornes interactives ou lorsqu’un employé les a abordés, ont trouvé à 41,7 % que le projet pilote était une « très bonne idée », alors que seulement 10,7 % d’entre eux trouvaient qu’il s’agissait d’une « très mauvaise idée ».

En ligne, les automobilistes étaient massivement opposés au projet : 83 % trouvaient qu’il s’agissait d’une « une très mauvaise idée ». Mais sur place, leur point de vue était moins unanime : 30,6 % d’entre eux ont dit que le projet était « une très bonne idée », 34,1 %, « plutôt une bonne idée », 12,9 %, « plutôt une mauvaise idée » et 22,4 %, « une très mauvaise idée ».

Même phénomène chez les piétons, dont 46 % trouvaient en ligne que le projet était « une très mauvaise idée », une proportion qui descendait à 4,3 % lorsqu'ils s'exprimaient sur la montagne.

Chez les cyclistes, les deux tiers ont trouvé que le projet était une très bonne idée, quel que soit le mode de consultation, de même qu'environ 45 % des usagers du transport en commun.

Une carte du sommet du mont Royal indiquant les interdictions en vigueur pendant le projet pilote.En rouge, la section interdite aux véhicules entre le 2 juin et le 31 octobre. Photo : OCPM

Différences marquées

Les différences d’opinion entre répondants en ligne et sur place étaient tout aussi marquées pour d’autres questions, selon le rapport synthèse de l’OCPM.

Sur une échelle de 1 à 5, ceux qui ont répondu en ligne ont été majoritairement en désaccord avec les énoncés suivants, avec lesquels les répondants sur place étaient, eux, majoritairement tout à fait d’accord :

  • Le projet pilote améliore la sécurité des usagers (48,4 % tout à fait en désaccord en ligne, 50,5 % tout à fait d’accord sur place)
  • Le projet pilote améliore l’efficacité du transport collectif (54,7 % tout à fait en désaccord en ligne, 42,6 % tout à fait d’accord sur place)
  • Le projet pilote favorise une plus grande utilisation du transport actif (45,7 % tout à fait en désaccord en ligne, 44,9 % tout à fait d’accord sur place)
  • Les stationnements sont facilement accessibles pendant le projet pilote (44,5 % tout à fait en désaccord en ligne, 42,4 % tout à fait d’accord sur place)
  • Le projet pilote améliore la qualité de l’air et l’environnement sonore (40,7 % tout à fait en désaccord en ligne, 44,6 % tout à fait d’accord sur place)
  • Le programme d’activités du projet pilote permet de mieux profiter du parc (54,5 % tout à fait en désaccord en ligne, 44,1 % tout à fait d’accord sur place)

De plus, la majorité des répondants en ligne étaient tout à fait d’accord pour dire que le projet pilote rendait plus difficiles les déplacements entre différents points d’intérêt sur la montagne, de même que les accès à la maison Smith, au chalet de la montagne, aux aires de pique-nique, au pavillon du lac aux Castors et aux cimetières.

Sur ces questions, les opinions des répondants sur place étaient moins tranchées : 15 à 20 % étaient tout à fait d’accord et environ 30 % fortement en désaccord.

Une grande proportion des répondants en ligne ont indiqué n’être pas allés sur le mont Royal pendant la durée du projet pilote. « On se rend compte que quand les gens sont allés à la montagne, ils sont plus nombreux à trouver que [le projet pilote] est une bonne idée », fait remarquer Annick Pouliot, porte-parole de l’OCPM.

D’autres activités de consultation ont eu lieu pendant la durée du projet pilote, dont une plateforme participative en ligne, à laquelle ont contribué 2212 personnes, qui permettait de soumettre des propositions et d’en débattre, et des ateliers créatifs qui ont réuni 124 participants. En tout, 9244 personnes ont participé aux différentes consultations, y compris à un questionnaire qui a précédé le projet, un record pour l’OCPM.

« Malgré les opinions très tranchées, la très grande majorité des gens qui ont participé à la consultation étaient très enthousiastes à faire d’autre propositions », indique Annick Pouliot.

Audition de mémoires

Une nouvelle étape de la consultation de l’OCPM s’est amorcée vendredi avec la présentation de mémoires par des individus et des organismes.

L’organisme environnementaliste Équiterre recommande d'interdire de manière permanente la circulation automobile de transit sur la montagne. Il veut aussi favoriser le transport collectif en réduisant le nombre d'espaces de stationnement et en augmentant le tarif sur la montagne.

« En ayant une tarification qui est si faible, à 8 $ par jour, ça fait l'objectif contraire de ce qu'on veut, soit d'encourager le transport collectif vers la montagne. La clé de voûte, c'est le stationnement. Quand on agit sur le stationnement on voit des transferts modaux importants », affirme la spécialiste en transports d'Équiterre, Jessie Pelchat, qui souligne que stationner dans un parc dans une ville comme Barcelone coûte presque quatre fois plus cher.

Du côté des Amis de la montagne, dont l’objectif est de préserver et de mettre en valeur le mont Royal, on veut plutôt permettre aux automobiles de fréquenter la montagne, mais à une vitesse inférieure aux 40 km/h actuels.

« Ce sont des spécialistes qui vont décider si c'est 10, 15 ou peut-être 20 km/h. Ça va être beaucoup plus lent, mais les gens n'auront pas le goût d'aller plus vite que ça parce que l'expérience aura été transformée », affirme la directrice, Hélène Panaïoti.

D’autres mémoires seront présentés lundi et mardi. L’OCPM prévoit déposer son rapport le printemps prochain.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Grand Montréal

Transports