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Pénurie de pilotes : le casse-tête des forces armées canadiennes

Recruter des pilotes de chasse : le casse-tête l'Aviation royale canadienne
Radio-Canada

Les conclusions du rapport du vérificateur général soulignant une pénurie de pilotes militaires au Canada résonnent particulièrement au Manitoba, où la formation initiale des pilotes des Forces armées canadiennes est donnée et supervisée.

Un texte de Pierre Verrière

Il est difficile de parler de l'Aviation royale canadienne sans évoquer le Manitoba. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pilotes de tout le Commonwealth venaient y suivre leur formation avant d'être déployés en Europe.

Depuis 1992, la troisième École de pilotage des Forces canadiennes située à Portage-la-Prairie, à une heure de Winnipeg, assure la formation de base des pilotes canadiens.

Enfin, c'est à Winnipeg qu'est situé le quartier général de la 2e Division aérienne du Canada, responsable de l'instruction des pilotes.

Or, ce sont justement ces pilotes qui font gravement défaut, selon le vérificateur général du Canada. Ce dernier met notamment l'accent sur les pilotes de chasse.

Selon le vérificateur, il en manque plus du tiers pour satisfaire aux exigences opérationnelles.

Deux militaires en tenue de vol regardent un écran dans une salle.Un élève pilote et son instructrice dans une séance de préparation de vol de la troisième école de pilotage des Forces armées canadiennes. Photo : Radio-Canada / Pierre Verrière

Parmi les raisons évoquées, on compte le rythme auquel les pilotes quittent l'aviation, qui est plus rapide que celui auquel elle peut en former de nouveaux.

Entre avril 2016 et mars 2018, l'Aviation royale canadienne a ainsi perdu 40 pilotes de chasse qualifiés et en a formé seulement 30 nouveaux.

Ce problème n'est cependant pas nouveau ni étranger pour les responsables de la formation des pilotes.

Des élèves pilotes des Forces armées canadiennes en classe, dans leur uniforme.Chaque année, environ une centaine d'élèves pilotes en moyenne passent par la troisième école de pilotage des Forces armées canadiennes pour suivre la première phase de leur instruction. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

La pénurie de pilotes ou d'agents hautement formés, ce n'est pas un problème seulement de l'Aviation royale canadienne, [mais] c'est une pénurie un peu mondiale. Nos alliés ont le même problème, les mêmes défis.

Brigadier-général Mario Leblanc, commandant de la 2e Division aérienne du Canada

« C'est un problème où la compétition est très forte et très féroce pour aller chercher ces gens qui sont hautement qualifiés », précise le brigadier-général Mario Leblanc.

Il assure en revanche que les Canadiens ne se détournent pas du métier.

Entre 1000 et 1200 candidats chaque année

« Il n'y a pas un manque de personnes souhaitant devenir pilotes. On a beaucoup de personnes qui se présentent dans les centres de recrutement », observe le commandant de la 2e Division aérienne du Canada.

Selon lui, le centre de sélection du personnel navigant basé à Trenton, en Ontario, voit passer chaque année entre 1000 et 1200 candidats.

À la sortie, ils sont environ 200 à satisfaire aux critères exigeants pour devenir pilotes et être dirigés vers les écoles de pilotage de Moose Jaw, en Saskatchewan, et de Portage-la-Prairie, au Manitoba. C'est dans cette dernière que 80 % des pilotes canadiens reçoivent leur brevet de pilote militaire.

Dans cette école au milieu des Prairies canadiennes, les cohortes de pilotes se succèdent toute l'année. Les élèves passent par un tronc commun avant de se lancer dans une spécialité.

Un officier des Forces armées canadiennes photographié en combinaison de vol, devant un avion.Le lieutenant-colonel Marc-Antoine Fecteau est le commandant de la 3e école de pilotage des Forces armées canadiennes basée à Portage-la-Prairie, au Manitoba. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Historiquement, les besoins du Canada, c'est que 50 % des pilotes qui ont leur brevet de pilote militaire vont être pilotes d'hélicoptère, autour de 30 % vont être pilotes de multimoteurs, et les autres 20 % seront pilotes de chasse.

Lieutenant-colonel Marc-Antoine Fecteau, commandant de la 3e école de pilotage des Forces armées canadiennes

Pour les pilotes qui seront versés dans la chasse, ils continueront leur formation à Moose Jaw, en Saskatchewan.

Il reste que tous ceux qui entrent à l'école ne ressortent pas avec leurs ailes.

« En moyenne, on a autour de 25 à 30 % d'échec sur le cours de phase 1, malgré qu'on mette tous nos efforts pour avoir une bonne sélection au préalable », souligne le lieutenant-colonel Marc-Antoine Fecteau.

Pour autant, ouvrir davantage les portes des écoles de pilotage aux candidats ne résoudrait pas le problème, selon le brigadier-général Mario Leblanc. Ce dernier estime que cela ne ferait que déplacer le problème vers les unités, qui devront accepter en leur sein les cohortes de pilotes fraîchement diplômés.

Un officier des Forces armées canadiennes en combinaison de vol pose devant des drapeaux dans son bureau.Le brigadier-général Mario Leblanc est le commandant de la 2e Division aérienne du Canada basée à Winnipeg. Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

« Ont-elles la capacité d'absorber ces pilotes et de les entraîner? », s'interroge-il. « Il y a un niveau d'expérience qu'ils doivent aussi acquérir, alors c'est un casse-tête à plusieurs dimensions. »

Des réponses existent cependant pour pallier le manque de pilotes de chasse au sein de la 2e Division aérienne du Canada.

La période de formation des instructeurs a été changée pour qu'ils soient qualifiés plus tôt afin de pouvoir encadrer les élèves pilotes durant la période estivale, qui est la plus occupée de l'année. Plusieurs élèves pilotes sont par ailleurs envoyés aux États-Unis pendant la saison hivernale afin de tripler leur nombre de sorties.

« On fait ce qu'on peut à l'intérieur de la production pour remédier à cette situation », résume le brigadier-général Mario Leblanc.

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