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analyse

Trump et la Russie : où est le crime?

Le président américain Donald Trump prend la parole à la cérémonie de signature de l'USMCA avant le sommet des dirigeants du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018.
Après plus de 18 mois d’enquête sur une possible collusion avec les Russes, rien encore ne permet de lier directement le président Trump ou même son entourage à la Russie. Photo: Reuters / Kevin Lamarque
Christian Latreille

ANALYSE - Des dizaines de millions de personnes aux États-Unis et ailleurs dans le monde rêvent qu'un jour Donald Trump soit accusé, destitué ou crucifié sur la place publique pour ses liens avec la Russie. Plusieurs fantasment à l'idée d'un deuxième Watergate, qui a mené à la démission du président républicain Richard Nixon, en août 1974.

Toutes les fois que le procureur spécial, Robert Mueller, arrête, accuse ou force un témoin à collaborer, les adversaires du président s’excitent et s’agitent sur les ondes de CNN et ailleurs. Ils croient que le grand jour est enfin arrivé ou, du moins, qu'il approche.

Mais force est de constater qu’après plus de 18 mois d’enquête sur une possible collusion avec les Russes, rien encore ne permet de lier directement le président Trump ou même son entourage à la Russie, qui a tenté de s'immiscer dans l'élection présidentielle de 2016 pour favoriser le candidat républicain.

« Il n’y a pas de crime », affirme le réputé criminaliste Alan Dershowitz, devenu la caution juridique de Donald Trump depuis qu'il prend régulièrement sa défense sur les ondes de Fox News. Et les faits, jusqu’à maintenant, semblent lui donner raison.

Robert Mueller et les 14 procureurs à son emploi ont réussi à accuser une dizaine de proches de Trump et à forcer leur collaboration. On pense à son ex-conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, à son ex-directeur de campagne, Paul Manafort, ou à son ex-avocat, Michael Cohen, qui a longtemps été son homme de confiance.

L’équipe du procureur spécial a également porté des accusations contre 13 Russes et trois entreprises soupçonnés d’interférence dans l’élection de novembre 2016. Douze membres liés aux services de renseignements russes ont aussi été accusés d’avoir pénétré dans les systèmes informatiques du Parti démocrate.

Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine lors du sommet des dirigeants du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018. Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine lors du sommet des dirigeants du G20 à Buenos Aires, en Argentine, le 30 novembre 2018. Photo : Reuters / Marcos Brindicci

Cependant, il n’existe encore aucune preuve que le président ou son entourage ont comploté avec les Russes. Toutes les reconnaissances de culpabilité enregistrées par certains collaborateurs du président ne démontrent, pour l’instant, aucune collusion.

Il y a bien sûr cette rencontre à la Trump Tower, en juin 2016, entre Donald Trump fils, Jared Kushner, Paul Manafort et une avocate russe, Natalia Veselnitskaya, proche de Vladimir Poutine. Cette dernière aurait offert à l’équipe Trump des informations embarrassantes sur Hillary Clinton. On ignore toujours quelles étaient ces informations et si Donald Trump était au courant de la rencontre.

Là où l’actuel président est plus vulnérable, toutefois, c’est lorsqu'il est question d’entrave à la justice. A-t-il suggéré à l’ex-directeur du FBI, James Comey, de mettre fin à l’enquête sur Michael Flynn? A-t-il tenté de forcer l’ex-ministre de la Justice, Jeff Sessions, de revenir sur sa décision de se récuser de l’enquête Mueller? Et, plus récemment, Donald Trump a-t-il offert un pardon à Paul Manafort qui ne collabore plus avec le procureur spécial?

Il est difficile de savoir ce que Robert Mueller a entre les mains. Il cache bien son jeu. Certains croient, aux États-Unis, que le procureur aurait tout intérêt à ne pas accoucher d’une souris. Si la preuve de collusion et d’entrave n’était pas concluante, plusieurs y verraient un échec qui aura coûté jusqu’à maintenant 40 millions de dollars aux contribuables américains. Le président serait alors justifié de crier à une chasse aux sorcières.

Quelle que soit la conclusion de l’enquête Mueller, il serait étonnant que le 45e président des États-Unis soit destitué. La leader démocrate, Nancy Pelosi, qui aura le pouvoir, en janvier, d’entamer une telle procédure, a déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de jouer dans ce film. Elle craint les répercussions négatives.

Mitch McConnell, le leader républicain au Sénat, a admis que la tentative de destituer Bill Clinton sur l’affaire Monica Lewinsky, dans les années 90, s’est retournée contre les républicains.

Oui, Donald Trump a eu des liens avec la Russie. Encore cette semaine, on apprenait de son ex-avocat, Michael Cohen, qu’il avait même un projet de construction à Moscou qu’il a caché aux Américains durant la campagne. Il a aussi organisé le concours Miss Univers, en 2013, dans une banlieue de la capitale russe. Mais, rien de tout ça n’est criminel. D’ailleurs, un président en fonction ne peut être accusé de crime devant les tribunaux aux États-Unis.

C’est sur le plan politique que l’éventuelle publication du rapport Mueller pourrait être dommageable à Donald Trump. Si des preuves de collusion, d’entrave à la justice ou de malversations financières émergeaient, l’actuel chef de la Maison-Blanche pourrait voir ses chances de réélection compromises en 2020.

La preuve irréfutable que Donald Trump est coupable n’existe pas encore. Le crime ou les crimes n’ont toujours pas été prouvés. L’enquête se poursuit.

Christian Latreille est correspondant de Radio-Canada à Washington

Donald Trump, président des États-Unis

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