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Journée mondiale du sida : rencontre avec des survivants de la première heure

Alain Dorval et Léo David ont été infectés par le VIH au début de la pandémie. Ils posent tout sourire dans l'appartement de Léo.

Alain Dorval et Léo David ont été infectés par le VIH au début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Radio-Canada

Dans les années 80 et 90, un diagnostic de séropositivité était synonyme de mort annoncée. « On m'avait donné cinq ans. Alors, en 1995, je m'attendais d'être mort », raconte Léo David. L'histoire de son conjoint, Alain Dorval, est tout aussi incroyable : « Je voyais la fin de ma vie avant l'année 2000. Tous nos amis mouraient. »

Un texte de René Saint-Louis, journaliste à l'émission Le 15-18

Léo David et Alain Dorval font partie des survivants de la dernière grande pandémie mondiale qui a frappé le Canada, soit celle du sida au début des années 80.

La précédente pandémie à avoir frappé le pays, dont nos grands-parents nous ont souvent parlé, était celle de la grippe espagnole, en 1918. Cette grippe a fait 50 000 morts au Canada, soit davantage que le sida, qui a tué plus de 14 000 Canadiens.

Le sida s'est cependant propagé avec force au sein d'une population bien précise : les hommes homosexuels.

Un diagnostic de mort

En 1986, Alain Dorval avait 26 ans quand son médecin lui a appris qu'il était séropositif et qu'il allait mourir... C'est du moins comme cela qu'il a interprété le diagnostic.

Je voyais la fin de la vie avant l'année 2000. En 1986, t'sais, tous nos amis mouraient. Donc, j'ai commencé à liquider ma vie.

Alain Dorval, survivant de la pandémie du sida

Liquider sa vie, ça voulait dire se débarrasser de son argent et de ses REER. Léo David, par exemple, possédait un immeuble de logements, qu'il a vendu. Il voulait se payer un peu de bon temps et profiter de la vie avant de mourir.

Environ 65 000 personnes vivent avec le VIH au Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Environ 65 000 personnes vivent avec le VIH au Canada.

Photo : iStock

Les premiers médicaments disponibles, comme l'AZT et le D4T, ne fonctionnaient pas sur tous les malades. Ils étaient, de plus, d'une grande toxicité. « C'était des médicaments qui me forçaient à rester au lit tellement c'était fort et puissant », se souvient Alain.

Léo, lui, comme environ le quart des malades de l'époque, a refusé de les prendre. « Je voyais tellement d'amis malades prendre ces médicaments-là, j'ai pas voulu en prendre. Je me suis dit, quand je mourrai, j'aurai seulement les souffrances de mort et non pas les souffrances des médicaments. »

Quand la mort ne vient pas

En 1996, l'arrivée d'une combinaison de médicaments appelée trithérapie a permis de sauver les rescapés de la pandémie.

Si l'on compare les chiffres de l'Agence de la santé publique du Canada quant au nombre de personnes atteintes du sida de 1979 à 1996 avec le nombre de décès pour ces mêmes années, on peut estimer que le tiers des malades a survécu.

On m'avait donné cinq ans. Alors, en 1995, je m'attendais d'être mort. Pis là, ben, t'es pas mort. Tu fais quoi? J'étais malade, plus capable de travailler. Alors tu ne ramasses plus d'argent, plus de travail, plus rien.

Léo David, survivant de la pandémie du sida

En raison de son état de santé, Léo a vécu de l'aide sociale jusqu'à ce qu'il touche la pension de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti à l'âge de 65 ans. Alain, lui, a pu reprendre le travail jusqu'en 2008, avant d'être déclaré invalide et de toucher une rente de la Régie des rentes du Québec.

Les survivants de la pandémie vieillissent prématurément. Des problèmes de santé liés à l'âge apparaissent dès la cinquantaine ou la soixantaine. Les cancers et les crises cardiaques sont plus fréquents. La toxicité de certains médicaments, surtout ceux pris dans les années 80 et 90, est responsable de l'insuffisance rénale et hépatique dont souffrent certains.

Malgré les formidables avancées médicales, l'espérance de vie des survivants du début de la pandémie est de 68 ans, soit 10 ans de moins que la population en général.

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