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Violence en milieu scolaire : un enseignant dénonce l'inaction de la CSRS

Violence en milieu scolaire : un enseignant dénonce l'inaction de la CSRS
Radio-Canada

En mai dernier, Martin Leblanc a vécu l'une des pires journées de sa carrière. L'enseignant au Centre Saint-Michel a été violemment attaqué par un élève dans les corridors de son école. Six mois plus tard, il accuse la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) de banaliser la violence en milieu scolaire.

Un texte de Louis-Philippe Bourdeau

L'enseignant a décidé de partager son histoire, car il estime qu'elle est symptomatique d'un climat généralisé de « banalisation de la violence » au sein de la CSRS.

[L'élève] est venu me chercher. Il m'a sauté dessus. Il a essayé de me frapper à coup de poing et je me suis défendu. Ça s'est terminé en bagarre, se souvient-il.

La confrontation a duré un bref instant, mais les impacts à long terme sur sa vie professionnelle et personnelle sont bien réels.

Après l'événement, quelqu'un arrivait derrière moi et j'étais porté à regarder, explique-t-il. Ça reste en tête, on développe une vigilance et ce n'est pas agréable.

Ce sentiment de nervosité a été exacerbé par le manque de soutien de son milieu professionnel et la réaction tardive de sa commission scolaire.

Les gens de la CSRS n'ont même jamais daigné m'appeler pour savoir comment ça allait, dénonce-t-il. Il a fallu que j'envoie un mot très haut pour obtenir une réaction. J'ai l'impression qu'on a réagi parce qu'ils avaient peur que je parle aux médias.

Je ne veux pas me victimiser, mais il reste que j'étais une victime. J'ai été agressé physiquement et on m'a laissé me débrouiller seul.

Martin Leblanc, enseignant au Centre Saint-Michel
L'agression aurait eu lieu au Centre Saint-Michel de Sherbrooke.L'agression aurait eu lieu au Centre Saint-Michel de Sherbrooke. Photo : Radio-Canada

Un protocole laissé en plan?

Martin Leblanc a longuement hésité avant de parler aux médias. Il voulait à tout prix éviter de stigmatiser la clientèle des centres de formation pour adultes.

La semaine dernière, sa position s'est soudainement renversée. Le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie (SEE) a accusé la CSRS de se traîner les pieds sur l'enjeu de la violence envers les enseignants.

Dans les médias, la CSRS a alors voulu se faire rassurante. Elle a reconnu l'existence du problème et a rappelé avoir mis en place des moyens jugés adéquats pour circonscrire la violence, notamment par la mise en place d'un protocole en 2013.

Ça m'a choqué d'entendre la réaction de la CSRS. Je trouve qu'elle refuse de voir la réalité en face, estime l'enseignant en mathématiques.

Je suis revenu plusieurs fois sur ce protocole, surtout sur le point où il est inscrit qu'un comité devait être mis sur pied après l'incident pour comprendre ce qui s'est passé et éviter que ça ne se reproduise. On est en décembre et ce comité n'est toujours pas formé, ajoute-t-il.

En réagissant avec lenteur, la CSRS envoie, selon lui, un dangereux signal de désintérêt à l'ensemble du corps professoral.

Il craint que ce message décourage d'autres enseignants à dénoncer de tels gestes de violence.

Je me mets à la place des enseignants du primaire avec de jeunes enfants, ça ne doit pas être évident de dénoncer. Et si on décide de dénoncer et qu'il ne se passe rien, on fait quoi? On arrête et on n'en parle plus?, se questionne-t-il.

Martin Leblanc espère maintenant que la CSRS entamera une profonde réflexion sur la formation des équipes de direction et qu'elle accordera un meilleur soutien aux enseignants qui décident de briser le silence.

Il nous faut quelqu'un à la Commission scolaire qui est responsable du dossier pour vrai. Une personne qui intervient quand des incidents comme celui-là arrivent. Une personne qui accompagne ces enseignants. Je n’ai pas senti que ma direction était de mauvaise foi, j'ai senti qu’elle était aussi démunie que moi.

La CSRS n'a pas souhaité commenter le cas de Martin Leblanc, mais elle a assuré qu'il a été rencontré et accompagné.

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke n'a pas souhaité commenter le dossier de Martin Leblanc.La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke n'a pas souhaité commenter le dossier de Martin Leblanc. Photo : Radio-Canada

Un problème, deux visions

Dans un sondage réalisé l'an dernier par le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie, 45 % des répondants ont affirmé avoir vécu de la violence physique ou verbale au cours des 12 derniers mois.

Il y a des gens qui souffrent dans les milieux. Ça fait un an que ce sondage est passé. Il n'y a pas de travail sérieux qui s'est fait, renchérit le président du SEE, Richard Bergevin, sans commenter directement le cas de Martin Leblanc.

Notre perception, c'est que la Commission scolaire ne fait pas son travail pour assurer aux enseignants et aux élèves un milieu de travail sain et sécuritaire.

Richard Bergevin, SEE

La CSRS et le SEE ne s'entendent pas sur l'ampleur du problème, principalement, car les deux organismes n'ont pas la même définition du terme « violence ».

Malgré tout, la Commission scolaire assure offrir sa pleine collaboration aux enseignants et à son partenaire syndical.

Son porte-parole a rappelé la semaine dernière que des interventions disciplinaires sont prévues lorsque des gestes intentionnels de violence sont commis.

En août dernier, l'ensemble des directions d'école a été sensibilisé à ce protocole. Nos enseignants, c'est important. Nous sommes étonnés d'entendre que nos partenaires syndicaux sont perplexes, explique le secrétaire général et directeur des services du secrétariat général et des communications à la CSRS, Donald Landry.

Il assure que plusieurs rencontres ont eu lieu avec le SEE pour discuter de cet enjeu et de l'idée de mettre en place un comité de travail sur la question.

Le dossier de l'élève qui aurait attaqué Martin Leblanc est présentement devant les tribunaux. L'homme - adulte lors des événements - a plaidé non coupable à une accusation de voies de fait.

Selon un sondage mené par le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie, 45 % des enseignants auraient subi un geste de violence au cours des 12 derniers mois.Selon un sondage mené par le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie, 45 % des enseignants auraient subi un geste de violence au cours des 12 derniers mois. Photo : Radio-Canada

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