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analyse

GES : la cible de 2020 est-elle vraiment hors de portée?

François Legault tient dans ses mains le plus récent bilan des émissions de GES du ministère de l'Environnement.
François Legault brandit le plus récent bilan des émissions de GES en répondant à une question, jeudi, à l'Assemblée nationale. Photo: Radio-Canada
Gérald Fillion

ANALYSE - Depuis quelques jours, le premier ministre François Legault semble pressé de s'affranchir de la cible de réduction de gaz à effet de serre (GES) que le Québec s'est donné pour 2020. La ministre de l'Environnement MarieChantal Chassé a dit que son gouvernement s'engage « fermement » à respecter les objectifs de 2030, mais pour ce qui est de 2020, le travail à faire pour ce gouvernement semble irréaliste. Qu'en est-il?

Le dernier rapport sur les émissions de gaz à effet de serre est tombé à point nommé, jeudi matin, juste avant la première période de questions pour le nouveau gouvernement de la CAQ à Québec. Deux choses importantes dans ce rapport : de 1990 à 2016, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est de 9,1 %, alors que la cible est de 20 % pour 2020. Et, les émissions de GES ne baissent plus depuis 2014.

Il n’en fallait pas plus au premier ministre Legault pour remettre en question la cible du Québec en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une nouvelle évaluation sera faite, a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement prévoit faire son « possible », que c’est la faute des libéraux si nous en sommes là et que l’important, selon la ministre Chassé, c’est maintenant la cible de réduction prévue pour 2030.

Il faut dire que le bilan environnemental du Québec est enviable. Nous sommes parmi les meneurs au pays, ce que François Legault ne devrait pas manquer de souligner à grands traits, avec la même intensité peut-être qui l’anime lorsqu’il parle de la faiblesse du revenu disponible des Québécois parmi les provinces et les États d’Amérique du Nord.

Les données du rapport sur les GES sont claires sur le leadership du Québec :

  • les Québécois sont les plus faibles émetteurs de GES du Canada : 9,6 tonnes de GES en 2016 par habitant, contre 11,5 tonnes en Ontario, 62,1 tonnes en Alberta et 66,4 tonnes en Saskatchewan;
  • le Québec, c'est 22,6 % de la population du Canada, mais c’est 11,1 % seulement des émissions de gaz à effet de serre;
  • le Québec a réduit ses émissions de 9,1 % depuis 1990, malgré une croissance de 17,6 % de sa population et de 62,5 % de son PIB.

Maintenant, le Québec peut faire mieux :

  • pendant que le Québec réduisait ses émissions de 9,1 % depuis 1990, la Nouvelle-Écosse et le Yukon ont baissé de plus de 20 %, et l’Ontario, de 10,4 % (grâce surtout aux fermetures de centrales au charbon) ;
  • de 2014 à 2016, pas de baisse d’émissions de GES au Québec; hausse de 0,2 %;
  • 43 % de nos émissions de gaz à effet de serre sont liés aux transports, et 80,1 % de ces émissions dans ce secteur viennent du transport routier;
  • les émissions de GES, de 1990 à 2016, dans les transports ont augmenté de 21,9 %, la hausse est de 52 % pour le transport routier.

Il y a donc encore du travail à faire pour redresser la barre et reprendre une pente descendante en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Mais, est-ce possible de le faire et d’atteindre la réduction de 20 % prévue pour 2020?

La professeure Annie Chaloux, de l’Université de Sherbrooke, affirme qu’on peut y arriver dans la mesure où on cesse le développement autoroutier du Québec.

« C’est un effort important qui reste à faire, mais on n’a pas les chiffres en ce moment pour nous dire [...] ce qui a été fait avec le marché du carbone qui nous permettrait d’atteindre ces objectifs-là. Je ne suis pas aussi pessimiste que ce que le gouvernement Legault avance. Par contre [...] le gouvernement Legault devrait revoir certaines promesses électorales, pensons notamment au 3e lien (à Québec) qui est à contre-courant de toutes [les] politiques de réduction de gaz à effet de serre qui soient crédibles sur le territoire du Québec. »

« Les grands distributeurs d’énergie vont devoir acheter des crédits de carbone, affirme Annie Chaloux, pour réduire leurs émissions, et ça risque de toucher le contribuable via notamment l’essence dans nos voitures. Ça a l’avantage de pouvoir modifier notre parc automobile pour réduire cette empreinte-là. »

Le professeur Normand Mousseau, pour sa part, est d’avis que la hausse des ventes de plus gros véhicules a probablement encore détérioré le bilan des GES au Québec depuis 2016. Bien qu’il soit essentiel de maintenir des cibles ambitieuses, il convient qu’il sera difficile de respecter l’engagement de réduction de 20 % pour 2020.

Donc...

Le défi économique du 21e siècle, c'est le défi écologique. Le monde doit réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique. Le Québec prend part à cet effort et doit en faire encore plus.

Maintenant, il est évident qu'avec toutes les bonnes intentions du monde, il sera difficile de respecter l'objectif de 2020, nous le savons. Est-ce une raison pour le revoir à la baisse? Devons-nous plutôt maintenir cet objectif et donc la pression pour mieux faire? Y a-t-il un danger de voir le gouvernement Legault baisser les bras pour 2020 pour se donner les coudées franches en matière de développement des projets?

Gérald Fillion

Environnement

Économie