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Face à la censure, les rappeurs russes contre-attaquent

Le rappeur Oxxxymiron saute sur scène lors d'un concert organisé en appui à Husky, un rappeur condamné récemment à une peine de prison.
Le rappeur Oxxxymiron sur scène lors d'un concert organisé à Moscou en appui à Husky, un rappeur condamné récemment à une peine de prison. Photo: Associated Press / Pavel Golovkin
Agence France-Presse

Devant une salle pleine à craquer, trois hommes entrent sur scène à tour de rôle, leurs pseudonymes scandés par des milliers de fans. Oxxxymiron, Basta et Noize MC - des vedettes du rap russe - prennent le micro à Moscou contre les pressions de plus en plus fréquentes dont ils accusent les autorités.

Les déboires judiciaires du rappeur Husky, condamné à une courte peine de prison la semaine dernière, ont poussé les trois artistes à se réunir pour la première fois. Cette condamnation a aussi lancé un vent de protestation plus large au sein de la scène rap, un genre très populaire dans le pays.

Ces derniers mois, plusieurs rappeurs ont dénoncé des annulations de concerts de plus en plus fréquentes et le retrait de leurs clips sur Internet. Certains comparent même ces pressions aux campagnes soviétiques contre le rock and roll, accusé en son temps de promouvoir des valeurs pernicieuses venues d'Occident.

« La liberté de créer devrait être la même pour tous. Si vous êtes choqués par une vidéo, éteignez-la », a affirmé le rappeur Oxxxymiron pendant le concert organisé lundi à Moscou, où était présent l'opposant numéro un du Kremlin, Alexeï Navalny.

Husky a été emprisonné « pour rien », explique à l'AFP Denis Zabouzov, 21 ans, un étudiant persuadé que les autorités commençaient à « serrer la vis et effrayer des artistes ».

Pourtant, s'ils abordent souvent des thèmes sociaux, très peu de vedettes russes du rap, où le genre est très populaire, prennent le risque de citer nommément des membres de la classe politique dans leurs textes.

Le rappeur, Denis Kouznetsov de son vrai nom, a été condamné à 12 jours de prison pour « hooliganisme » après avoir chanté sur le toit d'une voiture à Krasnodar, dans le sud-ouest du pays. Lui dénonce l'interdiction qui lui avait été faite de se produire dans la salle où son concert était prévu.

De façon inattendue, le rappeur de 25 ans a été finalement libéré quatre jours après sa condamnation, après avoir notamment reçu le soutien de nombreuses personnalités russes, certaines proches du pouvoir, appelant à sa libération.

Vue sur la foule au concert tenu en appui au rappeur russe Husky, à Moscou.Le concert qui s'est tenu en appui au rappeur Husky a attiré une foule de fans à Moscou, le 26 novembre 2018. Photo : Associated Press / Pavel Golovkin

Concerts annulés

Husky n'est pas un cas isolé. La chanteuse pop Monetotchka, les rappeurs Allj et Jah Khalib ou le groupe électro IC3PEAK ont tous été contraints récemment d'annuler des concerts. En Iakoutie, dans la région de la Sibérie, les autorités ont motivé l'interdiction d'une représentation d'Allj par ses « paroles injurieuses » au contenu « antisocial ».

« C'est drôle, c'est comme si nous étions de dangereux criminels », s'amuse Anastasia Kreslina, la chanteuse du duo IC3PEAK, actuellement en tournée mais qui a vu plusieurs de ses concerts être annulés.

Leur dernier clip a été vu plus de six millions de fois sur YouTube : on les voit manger de la viande saignante devant le mausolée de Lénine, sur la place Rouge, ou juchés sur les épaules de policiers anti-émeutes devant la Loubianka, le siège des services russes de sécurité (FSB).

Selon le duo, le pouvoir voit d'un mauvais oeil l'influence de certains musiciens sur les jeunes Russes, qui s'informent principalement sur Internet et délaissent la télévision.

Ils ont peur d'avoir perdu une génération de jeunes qui ne regarde pas la propagande passant à la télévision.

Nikolaï Kostylev, membre du duo électro IC3PEAK

Nikolaï Kostylev, le second membre d'IC3PEAK, assure n'être « pas heureux de beaucoup de choses qui se passent en Russie » et « le dire librement ».

Pour le groupe, la pression des autorités ne semble pas vouloir cesser. « C'est officiel, le FSB fait fermer tous nos concerts », ont-ils annoncé dans un communiqué publié mercredi soir sur les réseaux sociaux.

À Perm, dans l'Oural, où ils se trouvaient, ils ont été suivis toute la journée et leur concert prévu n'a pas pu avoir lieu, jusqu'à ce qu'un membre de la police leur demande de « quitter la ville ». À Kazan, quelques jours avant, leur concert a été interrompu par une subite coupure d'électricité.

« Notre prochaine destination : Iékatérinbourg, où notre gérant a déjà été invité chez la police pour "parler" », s'indigne le duo dans son communiqué.

Reste qu'il n'y a pas que les autorités qui n'apprécient pas les musiques actuelles. Membre d'un mouvement de jeunesse en Sibérie, Denis Khanzhin, 29 ans, a milité contre un concert du rappeur Allj. « Ils font la promotion des drogues, de toutes sortes de perversion et de troubles sexuels. Ils jurent et blasphèment à tout va et apprennent cela aux enfants », s'insurge-t-il.

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