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Détecter la conscience chez les personnes neurovégétatives en leur parlant

On voit la main d'une patiente couchée sur un lit d'hôpital.
Des chercheurs ont montré qu’il était possible de déceler les personnes toujours conscientes en utilisant différentes techniques. Photo: iStock / JJSINA
Radio-Canada

Sera-t-il un jour possible d'évaluer l'état de conscience d'une personne en apparence végétative simplement en lui parlant? Des chercheurs américains croient qu'une telle méthode permettrait de détecter plus facilement les personnes coupées du monde dont l'état pourrait s'améliorer.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Lorsqu’une personne est plongée dans un état végétatif à la suite d’un important trauma crânien, elle perd tout contact avec le monde extérieur. Le reste du corps continue de fonctionner, et certains mouvements peuvent survenir par réflexes, mais le patient n’a souvent plus conscience de lui-même.

Il est possible pour ces personnes de se remettre de leur état, mais les chances diminuent avec le temps. Pour les médecins, il a toujours été difficile de savoir si un patient végétatif était totalement inconscient ou s’il pouvait toujours comprendre ce qui se passait autour de lui.

En 2006, une équipe de chercheurs a montré qu’il était possible de déceler les personnes toujours conscientes par imagerie par résonance magnétique (IRM) et a même réussi à communiquer avec elles de cette manière.

Bien que la technique ait aidé à déterminer les patients ayant les meilleures chances de rémission, elle demeure toutefois complexe.

Une autre équipe de scientifiques a réussi à trouver une méthode plus simple et accessible (Nouvelle fenêtre) permettant d’arriver à un résultat similaire. Il suffit de mesurer la réaction… à la parole!

Imaginer une réponse

L’une des premières méthodes permettant de communiquer de façon mesurable avec un patient neurovégétatif a été développée par l’équipe du Dr Adrian Owen, de l’Université Western Ontario.

Ce dernier a montré que, lorsqu’un patient ne répondant à aucun stimulus était installé dans un appareil d'IRM, il était possible de détecter s’il était conscient en comparant son activité cérébrale à celle d’une personne en santé.

Lorsqu’on demandait aux patients d’imaginer une tâche complexe, comme jouer au tennis, jusqu’à 20 % d'entre eux présentaient une activité dans les régions du cerveau responsables de la prévision du mouvement qui était identique à celle d’une personne normale.

Il en allait de même lorsqu’on leur demandait de s’imaginer en train de se déplacer dans une maison. Dans ce cas, la zone activée se trouvait près de l’hippocampe, une région nécessaire au déplacement dans un environnement.

L’équipe de chercheurs a même réussi à développer une méthode de communication avec les patients en leur demandant de s’imaginer jouant au tennis lorsqu'ils voulaient répondre oui à une question, et marchant dans une maison lorsqu'ils voulaient répondre non.

Des résultats similaires ont par la suite été observés avec un électroencéphalogramme (EEG), qui utilise des capteurs appliqués sur le crâne pour mesurer l’activité électrique du cerveau, une méthode plus portative et moins coûteuse que l’utilisation d’un appareil de résonance magnétique.

Le déclic de la parole

Des chercheurs américains qui se sont penchés sur la question viennent de concevoir une méthode plus simple encore pour détecter cet état de conscience en évaluant la réaction du cerveau à la perception de la parole.

L’audition est l’un des sens les mieux préservés chez les personnes qui se trouvent dans un état neurovégétatif. D’autres études ont montré que le cerveau pouvait réagir à l’intensité des sons environnants, et que cette réaction était mesurable par EEG.

Les chercheurs ont donc fait entendre des textes à des personnes en bonne santé ainsi qu’à 21 patients dont l’état allait d’une conscience minimale à un état végétatif.

Pendant ces récits, les chercheurs ont pris des mesures du cerveau par EEG. Par la suite, ils ont mesuré la capacité des patients végétatifs de visualiser des tâches complexes dans un appareil IRM.

Les chercheurs ont constaté que les patients dont les mesures obtenues à l’EEG ressemblaient le plus à celles de personnes normales étaient aussi ceux qui étaient capables de visualiser des tâches complexes lors d’une IRM. Ceux qui ne montraient aucune réaction à l’IRM manifestaient un délai plus important dans l’apparition d’une réaction détectable à l’EEG.

Bien que ces résultats soient intéressants, l’étude n’est pas parfaite. Par exemple, les histoires racontées aux patients lors de l’évaluation étaient narrées par des membres de leur famille, ce qui pourrait aussi susciter certaines réponses. Les chercheurs tiendront compte de cette possibilité dans leurs prochaines évaluations.

Ces résultats ne pourront donc pas être appliqués en clinique avant d’avoir été confirmés sur un plus grand nombre de patients. Ils ne permettent pas non plus de confirmer directement qu'une personne est consciente, puisqu’il n’y a pas exécution d’une commande.

Ce test pourrait toutefois servir de méthode rapide et efficace pour présélectionner des patients sur lesquels pratiquer d’autres évaluations, et pourrait permettre de travailler à de nouvelles méthodes pour améliorer leur pronostic.

Santé physique et mentale

Science