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La Station spatiale, un modèle de coopération depuis 20 ans

Un bureau avec deux téléphones, des petits drapeaux, avec un écran géant à l'avant.
Le centre de contrôle de la SSI à Korolev, en Russie, en octobre 2007. Photo: Reuters / Handout .
Radio-Canada

Depuis 20 ans, les 15 nations participant à la Station spatiale internationale (SSI) ont réussi à travailler main dans la main, malgré les tensions géopolitiques qui existent sur Terre. Comment expliquer le succès de ce programme d'exploration spatiale du point de vue politique?

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

« La SSI est le meilleur exemple de coopération internationale de tous les temps », affirme Ram Jakhu, professeur de l'Institut de droit de l'air et de l'espace de l’Université McGill.

Les crises politiques des dernières décennies n’ont pas eu raison du projet de la SSI parce que « la politique ne se répercute pas dans l’espace », dit pour sa part George Abbey, ex-directeur du Centre spatial Lyndon B. Johnson de la NASA et chercheur en politiques de l'espace de l'Institut Baker.

Lundi, le Canadien David Saint-Jacques est arrivé à la SSI; il joint ainsi les rangs des 230 personnes de 18 pays qui ont visité la plateforme orbitale­.

L’idée d’une station spatiale internationale, d'abord nommée Freedom, a été lancée par le président américain Ronald Reagan en 1984. « La NASA invitera d'autres pays à participer, afin que nous puissions renforcer la paix, la prospérité et élargir la liberté de tous ceux qui partagent nos objectifs », avait-il déclaré lors de son discours sur l'état de l'Union.

Cinq astronautes en costumes orange. « Dans l’espace, il n’y a qu’une race : la race humaine », a dit Leland Melvin, ex-astronaute (à droite sur la photo). Photo : Getty Images / STAN HONDA

Les États-Unis ont demandé au Canada, à l’Agence spatiale européenne (11 pays) et au Japon de se joindre au projet. M. Jakhu explique que le Canada a notamment été inclus parce que le premier ministre canadien, Brian Mulroney, et le président Reagan étaient proches et qu’il existait une bonne coopération entre les deux pays.

Mais il ne faut pas oublier que le Canada avait une technologie tout à fait unique : le Canadarm, le télémanipulateur de la navette spatiale (SRMS).

La station orbitale a ensuite été renommée Station spatiale internationale (SSI) après l’adhésion de la Russie, à la demande du président Bill Clinton en 1993.

Après l'éclatement de l'Union soviétique, les États-Unis souhaitaient rapprocher les deux pays et mettre fin à la guerre froide; la SSI était une bonne façon de tendre la main aux Russes.

Lorsque nous avons travaillé avec les Russes, nous avons développé des relations personnelles et avons réalisé que nous n’étions pas si différents les uns des autres.

Georges Abbey, de l'Institut Baker

De plus, les nations ont réalisé à quel point l’exploration de l’espace était dispendieuse et complexe. Au début des années 1990, les Russes avaient de sérieuses contraintes financières; les États-Unis reconnaissaient que la Russie avait des capacités techniques hors pair.

« Tous les pays ont réalisé qu’ils ont besoin des autres pour poursuivre leurs activités dans cette aventure », précise M. Abbey, ajoutant qu’aujourd’hui, seuls les Russes peuvent offrir du transport orbital.

Ça a commencé comme une course dans l’espace [entre l’Union soviétique et les États-Unis]. Cette compétition est devenue de la coopération.

Ram Jakhu, Université McGill

Le développement de la SSI, dont la construction s’est échelonnée de 1998 à 2011, a ainsi marqué une rupture avec les programmes spatiaux de nature nationaliste qui ont caractérisé la guerre froide.

Éviter les conflits dans l'espace

Un astronaute en habit bleu couché regarde vers le haut.L'astronaute américain Rick Mastracchio prend part à des exercices d'entraînement au Centre d'entraînement des cosmonautes Youri-Gagarine à Star City en Russie en 2013. Photo : Reuters / Sergei Remezov

À l’automne, la découverte d’une microfissure sur le vaisseau russe Soyouz a alimenté la controverse et les rumeurs d’un présumé sabotage à bord. Ce type de situation est pourtant extrêmement rare.

Comment expliquer le fait que depuis l’occupation sans interruption de la SSI par des astronautes, il n’y ait pas eu de cas où une nation a tenté de saboter le travail d’un autre?

Les risques de conflit dans la SSI sont atténués par le fait que chaque partenaire est responsable de la gestion et de l’exploitation d’une partie de la SSI, disent MM. Abbey et Jakhu. C’est pourquoi aucune des nations n’oserait mettre en danger la vie de ses astronautes ou son équipement pour régler un conflit politique.

Il n’y a pas eu de problèmes de sabotage, parce que chacun réalisait que sa contribution était importante pour que le programme fonctionne. 

George Abbey, Institut Baker

La conception et l’entretien de la station, son utilisation et les responsabilités en matière de réapprovisionnement ont été établis par l’Accord intergouvernemental sur la station spatiale. Ce traité a été signé le 28 janvier 1998 par les États-Unis d'Amérique, la Russie, le Japon, le Canada et 11 États membres de l'Agence spatiale européenne.

Cet accord a été modifié et transformé au fil des ans pour mieux préciser les obligations contractuelles entre les pays.

Les centres de recherche, de coordination, de contrôle et d'entraînement se trouvent aux quatre coins du globe et chacun y apporte une expertise complémentaire.

Par ailleurs, même si la SSI est un travail collaboratif, il existe toujours une saine compétition scientifique.

« Si vous ne faites que coopérer, vous devenez vulnérables [à une expulsion du programme]. Vous devez offrir quelque chose en échange », indique M. Jakhu. Par exemple, le Brésil, l’un des partenaires au début de la SSI, a dû se retirer lorsqu’il n’a pas pu livrer le matériel promis à temps pour des raisons financières.

Un astronaute flotte dans l'espace et tente de réparer un appareil. Le 12 juillet 2011, l'astronaute Ronald Garan est attaché par le Canadarm2 à l'extérieur de la SSI. Photo : Getty Images / NASA

Pourquoi pas la Chine?

En 2007, la Chine a déclaré vouloir participer à la SSI. Les États-Unis se sont opposés à l’adhésion, craignant notamment le transfert de technologies susceptibles d'être utilisées à des fins militaires. Mais pourquoi avoir accepté la Russie et pas la Chine?

M. Hertzfeld explique que contrairement à la Russie, la Chine n’avait pas de compétences spatiales très avancées à cette époque. Il croit que la Chine, qui a depuis considérablement développé son programme spatial, sera un jour invitée à coopérer à de futurs projets spatiaux internationaux.

Un modèle à imiter

Trois personnes de dos parlent à un écran où l'on voit les six astronautes. Les astronautes de l'Expédition 54 à la SSI en 2017 parlent avec des membres de leur famille par vidéoconférence à partir du centre de contrôle de Moscou. Photo : Getty Images / Handout

M. Hertzfeld ajoute que les explorations futures dans l’espace seront de plus en plus complexes et coûteuses et nécessiteront davantage de coopération internationale. La SSI, qui arrive à sa fin de vie dans les prochaines années, est une étape importante vers la colonisation de l'espace et les trois experts estiment que le modèle qui a mené à la SSI pourrait assurer une approche humaine, et non nationaliste, de la conquête de l’espace.

« Il n’y a aucun doute que des éléments de l'accord pourraient constituer la base d'autres partenariats. Ça pourrait être appliqué à d'autres explorations spatiales, comme la recherche lunaire », croit M. Hertzelf, qui espère que le succès de la SSI soit une inspiration pour d'autres projets coopératifs internationaux.

Selon M. Jakhu, ce « projet pour l’humanité » est la preuve que les différentes nations peuvent coopérer. Il ajoute qu'il y a d'importantes leçons à tirer du modèle collaboratif de la SSI. « Nous pourrions travailler ensemble de cette façon pour résoudre plusieurs problèmes communs. Nous devrions utiliser ce modèle pour travailler dans d'autres domaines comme l'environnement, l'énergie, les soins de santé. C’est la façon dont nous devrions travailler ensemble dans le monde. »

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