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Trudeau salue l'ACEUM, un accord qui « renforce la classe moyenne »

Le reportage de notre envoyé spécial à Buenos Aires, Louis Blouin

Après des mois de négociations ardues, le Canada, les États-Unis et le Mexique ont signé vendredi matin, à Buenos Aires, l'Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), qui vient remplacer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, de même que les présidents américain et mexicain, Donald Trump et Enrique Pena Nieto, ont apposé leur nom au bas de la nouvelle entente au cours d'une cérémonie, en marge du Sommet du G20 qui se tient en Argentine.

Le premier ministre Justin Trudeau a salué, lors d'une conférence de presse tripartite, la signature d’un accord qui « protège des millions d’emplois à travers le pays, renforce la classe moyenne et crée de nouvelles opportunités pour nos entreprises ».

Le premier ministre se félicite d’avoir ainsi refermé la parenthèse ouverte avec la remise en question de l’accord précédent, l’ALENA, qui avait créé un climat d’incertitude.

Le commerce libre et équitable permet de créer davantage d’emplois bien rémunérés pour davantage de gens.

Justin Trudeau
Nieto, Trump et Trudeau derrière des lutrins au G-20.Enrique Pena Nieto, Donald Trump et Justin Trudeau font les déclarations d'usage avant de signer l'accord de libre-échange nord-américain. Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

« L’accès au marché nord-américain sans tarifs douaniers que nous garantit l’Accord de libre-échange protège au moins 70 % des exportations canadiennes, a poursuivi M. Trudeau. Et, c’est ce qui est essentiel pour les affaires, les familles, les emplois, les entrepreneurs et les travailleurs de tous les coins du pays. »

« C’est un accord modèle qui modifiera l'espace commercial pour toujours, a commenté pour sa part le président américain. Chacun de nos pays en bénéficiera grandement. »

Aux États-Unis, le nouvel accord supportera des emplois bien rémunérés tout en favorisant les exportations américaines dans tous les secteurs visés par l’entente.

Donald Trump

Convenant que les négociations avaient été rudes, le président Trump a rappelé que tous les partis avaient encaissé des coups. « Ça a été une bataille, mais parfois de ces batailles naissent de grandes amitiés », a déclaré M. Trump en se tournant vers Justin Trudeau.

« L’accord renforce notre importante relation commerciale avec nos partenaires nord-américains et offre une stabilité et une prévisibilité essentielles aux entreprises et aux travailleurs du Canada », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, au cours d'un impromptu de presse en marge du sommet.

La ministre Freeland a rappelé que les économies nord-américaines étaient menacées de grandes perturbations, il y a un peu plus d’un an, en raison de l’incertitude planant autour du renouvellement de l’ALENA.

Nous avons protégé des échanges de plus de deux milliards de dollars par jour de commerce frontalier et un accès sans tarif pour plus de 70 % des exportations canadiennes.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

L'acier et l'aluminium, l'épine au pied des Canadiens

Le premier ministre Trudeau n’a pas caché qu’il restait encore du travail à faire, notamment en raison du maintien des tarifs douaniers américains de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.

« Ils demeurent un obstacle à la prospérité, a-t-il indiqué. Nous n’abandonnerons pas tant que ces barrières [tarifaires] seront maintenues. »

« Le Canada sera aussi déterminé à relever ce défi qu'il l'a été lors de la mise à jour de l'ALENA », a ajouté M. Trudeau.

Enrique Pena Nieto, Donald Trump et Justin Trudeau signent une copie de l'accord sur une table en bois ornementée.Les présidents mexicain et américains, Enrique Pena Nieto et Donald Trump, de même que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, signent le nouvel accord de libre-échange nord-américain en marge du Sommet du G20 de Buenos Aires, en Argentine. Photo : Radio-Canada

« Donald, a-t-il dit, c'est pourquoi nous devons continuer à travailler ensemble pour résoudre ce problème. »

Le gouvernement fédéral a mené d'intenses négociations de dernière minute dans l'espoir de faire tomber ces tarifs douaniers à temps pour la signature de l'accord, selon l'envoyé spécial de Radio-Canada Louis Blouin.

Ottawa a plaidé en vain auprès des Américains le fait que les tarifs sont dommageables pour les deux pays.

Le gouvernement américain invoque des motifs de sécurité nationale pour les justifier.

Le Canada a déposé une plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a accepté de trancher le différend entre les deux pays. Le processus pourrait toutefois prendre plusieurs mois.

« Nous sommes convaincus que ces tarifs sont injustes, illégaux et vraiment absurdes », a déclaré la ministre Freeland en se disant confiante de voir le Canada remporter la cause qui l’oppose aux États-Unis dans ce dossier.

Dire que l’acier et l’aluminium canadiens peuvent constituer une menace pour la sécurité nationale des États-Unis est complètement absurde.

Chrystia Freeland

« Nous réfutons les assises légales de ces tarifs, nous réfutons leur justification », a-t-elle ajouté en précisant que l’une des grandes victoires canadiennes dans la renégociation de l’ALENA consistait dans la préservation du chapitre 19 de l’accord. Ce dernier définit un dispositif de règlement des différends commerciaux à l’intérieur de l’accord.

Des réactions tant à Ottawa qu'à Québec

À Ottawa, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de Conseil du Trésor, Gérard Deltell, affirme qu'en signant l'accord, le Canada se prive du pouvoir de faire tomber ces tarifs sur l'acier et l'aluminium.

De dire M. Deltell : « [...] M. Trump, on commence à le connaître là ''le moineau'', à partir du moment où il n’y a aucune pression, pensez-vous sincèrement qu’il va mettre de côté les tarifs qu’il a mis en place? Non ».

Du côté de Québec, le premier ministre François Legault dit de l'entente qu'elle est « un pas dans la bonne direction » et qu'il vaut mieux avoir celle-là que de ne pas en avoir du tout. Deux problèmes subsistent toutefois, dit M. Legault : « D'abord du côté des agriculteurs [des] compensations pour les producteurs laitiers et deuxièmement, les tarifs qui sont toujours là sur l'aluminium et l'acier ».

De l'avis du ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, la signature de cette entente met fin à un climat d'incertitude, ce qui est « une bonne chose » aux niveaux économique et commercial.

Un homme en train de traire une vache.Le nouvel accord de libre-échange prévoit l'arrivée d'une grande quantité de produits laitiers américains au Canada. Photo : Radio-Canada

Les producteurs de lait mécontents

La ministre Freeland s’est félicitée d’avoir su conserver l’existence du système québécois de la gestion de l’offre, dans l’industrie agroalimentaire. Rappelant que les Américains réclamaient l’abolition pure et simple de ce système économique, la ministre avance que le nouvel accord garanti son existence.

« Nous nous sommes mis d’accord sur une augmentation modeste à l’accessibilité au marché pour les Américains, a-t-elle précisé en soulignant que cette augmentation de l’accès au marché canadien « est comparable à celle consentie par les conservateurs dans le partenariat transpacifique ».

Les producteurs laitiers du Québec accusent cependant Ottawa d’avoir cédé aux Américains une partie de sa « souveraineté sur la politique laitière canadienne ».

Ils déplorent que le gouvernement fédéral ait accepté de « plafonner les exportations de solides non gras du lait canadien, d'appliquer une surtaxe aux exportations qui excéderaient un certain seuil et d’avoir accepté de se soumettre à l'examen des Américains pour tous changements à la classification et aux prix de vente du lait.

Le Canada accepte une ingérence américaine qui pourrait non seulement contrevenir aux lois canadiennes et provinciales, mais aussi aux règles du commerce international.

Bruno Letendre

Les producteurs laitiers dénoncent l’ACEUM comme un troisième accord commercial s’effectuant sur le dos de leurs membres. L'Accord économique et commercial global avec l'Union européenne (AECG), en 2013, et le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), en 2018, ont constitué les deux premiers exemples.

Le porte-parole des producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, espèrent maintenant que le gouvernement canadien tienne parole et qu’il les indemnise comme il s’y était engagé en octobre dernier.

La signature de l’AEUMC par les trois partenaires est une étape importante, mais le traité commercial doit encore être ratifié par les législateurs de chaque pays.

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