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Nombreux ratés dans les soins à domicile

Un médecin pratique des soins à domicile auprès d'une vielle femme.

Photo : iStock

Radio-Canada

La situation dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée au Québec n'a pas changé depuis 2012, a indiqué la protectrice du citoyen dans un rapport accablant rendu public jeudi. La situation n'est pas plus reluisante dans les soins à domicile, où le système de sous-traitance et la pénurie de personnel seraient mis en cause. Établissements de santé et entreprises se renvoient la balle.

Un texte de Davide Gentile

Mary Shen nous montre l'appareil qui lui permet d'entrer ou de sortir du lit. « Il faut qu'ils m'attachent avec un harnais pour me transporter sur le lit », explique la femme de 55 ans. Une opération impossible à mener sans l'aide d'un auxiliaire aux services de santé, qui multiplient les retards depuis le mois d'août.

« Un samedi, je les attendais à 10 h et personne n'est venu avant 14 h », dit-elle. Parce que ses déplacements sont complexes, ces retards lui auraient même fait rater quelques jours de travail. Cette Autochtone de la nation crie ne peut compter sur sa famille, qui vit à Whapmagoostui au sud du Nunavik.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l'île-de-Montréal n'a pas commenté son cas. Cependant, l'établissement affirme par courriel que « la procédure pour l'attribution des heures de prestation des services d'aide à domicile aux différents fournisseurs privés connaît certaines difficultés présentement. En effet, certains d'entre eux ont de la difficulté à répondre à nos demandes ».

Depuis le début de 2018, tous les établissements de Montréal et celui de Laval confient une partie des heures d'aide à domicile à des entreprises privées. Ces entreprises ont été choisies à la suite d'un appel d'offres lancé par SigmaSanté.

La place du privé varie grandement d'un établissement à l'autre. Au CIUSSS du Nord-de-l'île-de-Montréal, les agences privées donnent 64 % des services et les employés de l'établissement font le reste. À Laval, les employés de l'établissement donnent 85 % des soins et le privé n'occupe donc qu'une petite place.

D'autres CIUSSS, comme celui de l'Ouest-de-l'île-de-Montréal, affirment aussi que la relation avec les sous-traitants n'est pas idéale. Par courriel, on nous mentionne que « la complexité de ce partenariat réside dans le respect des ententes écrites ».

Cette situation fait en sorte que certains usagers ne reçoivent pas les services dans les délais demandés. L’appel d’offres a été organisé par SigmaSanté, un OBNL qui représente les établissements de santé de la région de Laval et de Montréal afin de réaliser des approvisionnements communs de produits et services à meilleur prix.

L'établissement estime qu'une période d'adaptation avec les sous-traitants est nécessaire, mais précise avoir ouvert une quinzaine de postes pour mieux répondre aux besoins des usagers qui reçoivent des services à domicile.

Le réseau public est mal organisé, disent des sous-traitants

Aucune des agences choisies n'a accepté d'accorder une entrevue à Radio-Canada. Mais plusieurs dirigeants de ces entreprises nous ont parlé de manière confidentielle. Ils soutiennent que les établissements sont souvent mal organisés et qu'ils sollicitent les agences à la dernière minute. « Nous recevons souvent les demandes du CLSC à 8 h pour un service qui devrait débuter à 7 h 30 », nous a indiqué une source.

« À chaque fois qu'il fait froid ou qu'il neige, les employés du public prennent des journées de maladie », soutient cette même source.

Un autre des entrepreneurs choisis estime que le système d'appel d'offres institue un roulement de personnel chronique et néfaste. « Il est donc mal adapté pour nos aînés et occasionne de la souffrance et de la détresse », confie cet entrepreneur.

Plusieurs sources disent faire face à une très sérieuse pénurie de main-d'oeuvre.

Pénurie de main-d'œuvre et augmentation d'offre de soins

La pénurie de main-d'œuvre est encore plus manifeste parce que le réseau doit augmenter l'offre de soins à domicile. « Ils [les auxiliaires] sont mal payés parce que le soutien à domicile est mal financé », avance Réjean Hébert, doyen de l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

L'ancien ministre de la Santé et des Services sociaux ramène l'idée d'une assurance-autonomie, qu'il avait mise de l'avant pendant le court mandat péquiste de Pauline Marois. Il pense qu'on a trop tardé à valoriser les professions d'auxiliaires et de préposés aux bénéficiaires. « C'est pour ça qu'on est devant une crise. Et puis ce n'est pas fini, parce qu'avec le vieillissement de la population, on aura de plus en plus de besoins. »

« Il faut cesser de confier les soins d'aide à domicile au plus bas soumissionnaire », suggère J. Benoit Caron, directeur général du Réseau de coopération des entreprises d'économie sociale d'aide à domicile. « Pour acheter des biens, c'est correct. Mais pour s'occuper d'une personne âgée, ça ne marche pas », ajoute-t-il.

M. Caron, qui représente 100 entreprises d'économie sociale en aide à domicile au Québec, fait des représentations en ce sens auprès des ministères des Finances et de la Santé.

À peu près toutes les entités du réseau québécois de la santé, qu'elles soient publiques ou privées, disent faire face à une pénurie de préposés aux bénéficiaires et d'auxiliaires aux services de santé.

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