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VIH : moins de diagnostics chez les gais, mais plus chez les immigrants

Un ruban rouge, symbole de la lutte contre le sida et le VIH, épinglé sur une veste.

Le ruban rouge, symbole international de la lutte contre le sida et le VIH.

Photo : iStock

Radio-Canada

Chaque année, le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) continue d'infecter des centaines de personnes au Québec. Si la bataille est loin d'être gagnée, les diagnostics sont tout de même en baisse, y compris chez les homosexuels. Or, le virus a été détecté chez un nombre record de nouveaux arrivants, en 2017.

Un texte d’Alexandre Duval

À la veille de la 30e Journée mondiale de lutte contre le VIH/sida, les plus récentes statistiques de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) témoignent d’une amélioration globale.

De 2013 à 2017, le Québec a enregistré une moyenne de 317 nouveaux diagnostics chaque année. Il s’agit d’une baisse de 5,7 % par rapport à la période de 2008 à 2012.

Chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), la diminution est encore plus importante, à 11 %.

Même si les HARSAH représentaient toujours 44 % des nouveaux diagnostics au Québec en 2017, cette diminution est une bonne nouvelle, selon le Dr Réjean Thomas, président fondateur de la Clinique médicale l’Actuel.

Ça démontre qu’on a tous les outils pour éradiquer cette maladie-là, même dans une communauté où la prévalence est très élevée.

Le Dr Réjean Thomas, président fondateur de la Clinique médicale l'Actuel
Le Dr Réjean ThomasAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Réjean Thomas

Photo : © Christian Côté

Selon lui, ces résultats ont été rendus possibles grâce à la prévention biomédicale. Les traitements postexposition sont plus courants et les patients infectés sont pris en charge beaucoup plus rapidement que dans le passé.

Le Dr Thomas explique qu’à sa clinique, presque 100 % des patients ayant reçu un diagnostic de VIH ont entrepris leur trithérapie dans la même année, alors que ce taux n’était que de 30 % il y a une décennie.

« Ces patients-là qui ont le VIH deviennent avec une charge virale indétectable et ne peuvent plus transmettre le VIH », explique-t-il.

À cela s’ajoute la prophylaxie préexposition (PrEP), un traitement préventif que de plus en plus d’homosexuels utilisent. Uniquement à l’Actuel, plus de 2500 patients prennent ce médicament pour réduire leur risque de contracter le virus.

Le Truvada, ou PrEP, réduit le risque de contracter le VIH de plus de 90 %.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Truvada, ou PrEP, réduit les risques de contracter le VIH de plus de 90 %.

Photo : Radio-Canada

Je n’ai aucun échec. Il n’y a pas un patient dans ce groupe à risque très élevé qui a contracté le VIH.

Le Dr Réjean Thomas, président fondateur de la Clinique médicale l'Actuel

Les nouveaux diagnostics enregistrés auprès des utilisateurs de drogues par injection sont aussi en baisse.

Les nouveaux arrivants à risque

La situation est cependant tout autre chez les immigrants qui viennent de pays où le VIH est endémique.

Alors que 49 nouveaux diagnostics avaient été enregistrés au sein de ce groupe en 2016, ce nombre a bondi à 125 l’an dernier. Ils représentaient alors 36 % des nouveaux diagnostics.

« C’est très marqué en 2017 », observe Karine Blouin, conseillère scientifique à l’INSPQ et coauteure du Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang au Québec.

La vaste majorité de ces immigrants récemment infectés étaient des femmes (76 %) et venaient des Caraïbes ou de l’Afrique subsaharienne, précise Mme Blouin.

La plupart de ces nouveaux arrivants n’avaient pas encore de numéro d’assurance maladie au moment du diagnostic, ce qui suggère qu’ils étaient arrivés au Québec depuis peu.

Donc, probablement que l’infection était déjà là à l’arrivée de la personne [au Québec].

Karine Blouin, conseillère scientifique à l'INSPQ

Quelles solutions?

Mme Blouin affirme qu’il faudra trouver un moyen pour mieux prendre en charge ce groupe à risque.

« Souvent, le défi, c’est de joindre la population et surtout d’avoir des programmes de prévention et de prise en charge qui sont culturellement adaptés », explique-t-elle.

Même chez les homosexuels, la situation doit continuer à s’améliorer, dit-elle. « Dans les dernières années, avec tous les efforts qui ont été mis, on espérait même une diminution plus importante [pour ce groupe]. »

Comment y parvenir? En rendant la PrEP plus accessible partout au Québec, selon le Dr Thomas. « Ce n’est pas normal qu’il faille venir au centre-ville de Montréal pour avoir la PrEP dans certaines cliniques spécialisées. »

Le Dr Thomas reste toutefois prudent. Il faut aussi travailler à prévenir les comportements sexuels à risque, puisqu’un utilisateur de la PrEP qui cesse de porter le condom n’est plus protégé contre les autres infections, rappelle-t-il.

Aller vers les groupes à risque

Chaque année, c’est à Montréal que le nombre de nouveaux diagnostics de VIH est le plus élevé, et 2017 n’a pas fait exception, avec 204 cas. Suivent la Montérégie (32 cas) et la Capitale-Nationale (26 cas).

« Il y a encore trop de cas qui sont cachés » dans la grande région de Québec, analyse cependant Marc-Olivier Brousseau, intervenant à MIELS-Québec.

Il y a encore trop de personnes qui sont à risque, qui n’ont pas accès aux services, qui ne sont pas proches des services, qui sont sûrement infectées, mais qui vivent avec ça pendant une dizaine d’années avant que ça devienne symptomatique.

Marc-Olivier Brousseau, intervenant à MIELS-Québec

M. Brousseau soutient qu'il est parfois difficile de joindre la communauté homosexuelle, car Québec compte moins de lieux de socialisation gais que Montréal.

Même si les cas sont globalement en baisse, M. Brousseau croit qu’il faut éviter de banaliser la situation et tout faire pour sensibiliser les personnes dont le cas est invisible.

Le rapport de l’INSPQ indique que 86 % des personnes séropositives connaissent leur statut.

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