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Le terme « race » toujours utilisé par la police de Québec

Infographie avec le terme race entouré d'avis de recherche fictifs.

Le terme « race » est toujours présent dans les avis de recherche du SPVQ.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Radio-Canada

La police de Québec a choisi de conserver le mot « race » dans son vocabulaire, même si la Sûreté du Québec ou le Service de police de la Ville de la Montréal l'ont éliminé ces dernières années. Dépassé pour certains, le terme est néanmoins toujours enchâssé dans les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

 Un texte de David Rémillard

Selon l’Office québécois de la langue française (OQLF), le terme « race » n'est pas applicable à l'espèce humaine et devrait être évité pour désigner un groupe d'êtres humains qui se distingueraient par des traits physiques communs héréditaires.

« Le terme "race", en raison de son évolution et de son caractère scientifiquement non applicable chez l'espèce humaine, est perçu par certains comme étant porteur d'une charge péjorative », explique l'Office dans une note accolée à la définition du mot « race ».

« On préférera dire, par exemple, un homme noir, une femme blanche, un Asiatique », poursuit l'organisme dans sa note.

Certains services de police, comme celui de Québec, de Lévis ou de Saguenay, continuent toutefois d’utiliser ce terme pour identifier des individus.

Plusieurs avis de recherche superposésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les avis de recherche de la police de la Ville de Québec comportent la case «race».

Photo : Radio-Canada

Au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) par exemple, la « race » est presque systématiquement utilisée dans les avis publics pour les personnes disparues ou les suspects recherchés.

« Lors de l’envoi de communiqués, c’est en effet un formulaire qui est rempli afin d’accompagner le texte avec une case titrée race », explique Cyndi Paré, agente aux affaires publiques du SPVQ.

La race y est un critère d'identification au même titre que l'âge, le sexe, la taille ou la couleur des cheveux.

La police de Québec a réfléchi « il y a quelques années » à l'utilisation du mot, affirme Mme Paré. « Il a été décidé, à l'époque, qu’il était mieux au niveau de l’efficacité des recherches, tant policières que citoyennes, de conserver ce terme afin de faciliter celles-ci. »

Il n’est pas impossible, par contre, que dans le futur, de nouvelles réflexions aient lieu à ce sujet.

Cyndi Paré, agente aux affaires publiques du SPVQ

Mme Paré ajoute que le SPVQ prend néanmoins toujours le soin de déterminer le terme idéal à utiliser dans ses communiqués, selon les renseignements dont elle dispose.

Évacué à Montréal

D’autres services de police, comme la Sûreté du Québec (SQ) ou le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), découragent quant à eux l’emploi du mot « race ».

Des décisions qui ne sont pas étrangères à des réactions provenant du public.

« Bien qu'il n'existe aucune obligation légale, le SPVM a choisi d'appliquer ce que Le grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française privilégie », dit-on au SPVM.

La SQ a également modifié ses pratiques au cours des dernières années, confirme la porte-parole Mélanie Dumaresq. La réflexion a mené la SQ à adopter, elle aussi, les recommandations de l’OQLF.

« Anachronisme »

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l'Université LavalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l'Université Laval

Photo : Radio-Canada

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval, qualifie pour sa part le terme d'« anachronisme ». Il perdure dans certaines expressions telles que « profilage racial » et est légalement toujours utilisé dans certaines circonstances.

À son avis, la connotation péjorative qu'on lui attribue dépend du contexte.

« Est-ce que l'emploi du terme "on recherche un suspect de race blanche" est en lui-même discriminatoire? Je pense que non », analyse-t-il.

Il propose néanmoins d'utiliser d'autres caractéristiques pour décrire une personne afin d'éviter « de perpétuer cette idée selon laquelle il y aurait différentes races à l'intérieur de l'espèce humaine, alors que c'est absolument faux ».

Les institutions s'adaptent d'ailleurs peu à peu à la réalité. On préfère d'autres expressions, comme la discrimination fondée sur la couleur de la peau ou l'origine ethnique.

Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval

Si l'expression est utilisée dans certaines circonstances, elle n'a plus la même substance, souligne de plus M. Lampron.

« Juridiquement, quand on parle de discrimination raciale [...] ça n'a pas du tout de lien avec cette idée selon laquelle on fait partie d'une "race" particulière. »

La situation est « paradoxale » puisque la race a été inscrite dans les motifs proscrits de discrimination il y a des décennies pour justement lutter contre le racisme.

M. Lampron estime que de modifier la Charte québécoise des droits et libertés serait relativement simple. « La Charte québécoise est une loi ordinaire qui peut être modifiée à la majorité simple », rappelle-t-il.

La procédure serait cependant « très lourde » pour la Charte canadienne, imbriquée dans la Constitution.

Le professeur croit cependant qu'un « consensus » serait « aisément atteignable » parmi les provinces et les territoires. « Ce serait un message fort à envoyer pour lutter contre la discrimination. [...] C'est tout à fait possible de lancer l'idée et d'avoir une réponse favorable. »

L'exemple de la France

Le terme « race » est d'ailleurs appelé à disparaître de l'article premier de la Constitution française. En juillet dernier, les députés ont voté à l’unanimité pour son retrait.

La « race » se retrouve encore dans de grands textes internationaux, comme la Déclaration universelle des droits de l'homme.

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