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Les crimes haineux en forte hausse au Canada en 2017

Une homme debout face à des portes fermées sur lesquelles des graffitis ont été inscrits, dont le mot « arab », en anglais.
Ce sont les crimes motivés par la haine d'une religion qui ont connu l'augmentation la plus marquée au Canada en 2017, selon Statistique Canada. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Radio-Canada

Statistique Canada a constaté une nette augmentation du nombre de crimes haineux au pays, de 2016 à 2017, surtout en Ontario et au Québec. Les crimes motivés par la haine d'une religion sont ceux qui ont le plus augmenté avec un bond de 80 %, indiquent des données publiées jeudi.

Les chiffres de Statistique Canada portent sur les crimes haineux déclarés par la police, c'est-à-dire les affaires pour lesquelles une enquête criminelle a permis de déterminer qu'elles avaient été motivées par la haine envers un groupe identifiable.

La forte hausse de 47 % est surtout attribuable à l'accroissement du nombre de crimes contre les biens motivés par la haine, tels que les graffitis et le vandalisme. Plus précisément, les affaires qui ciblent les communautés musulmane, juive et noire sont en grande partie à l'origine de cette croissance partout au pays, et particulièrement en Ontario et au Québec.

Statistique Canada place ces données en perspective en expliquant que les crimes haineux enregistrés en 2017 représentaient une faible proportion de l'ensemble des crimes, soit 0,1 %.

Dans l'ensemble du pays, le crime le plus courant motivé par la haine d'une race ou d'une origine ethnique était dirigé contre les Noirs.

Par ailleurs, les crimes motivés par la haine d'une orientation sexuelle représentaient 10 % des crimes haineux déclarés par la police en 2017 au Canada. Leur nombre a augmenté pour une deuxième année consécutive, de 176 affaires en 2016, on est passé à 204, en 2017.

Les types d'infractions

Le Code criminel du Canada considère quatre infractions précises comme des infractions de propagande haineuse ou des crimes haineux :

  • l'encouragement au génocide;
  • l'incitation publique à la haine;
  • la fomentation volontaire de la haine;
  • le méfait motivé par la haine à l'égard d'un bien utilisé par un groupe identifiable.

Au Canada, des données sur les crimes haineux déclarés par la police sont recueillies chaque année depuis 2006 et, depuis 2010, la police déclare aussi des données sur les motifs.

L'Ontario et le Québec en tête

L'Ontario, province la plus peuplée du pays, a enregistré une augmentation – inégalée ailleurs au Canada – de 67 % du nombre de crimes haineux, passant de 612 en 2016 à 1023 en 2017. Une croissance attribuable principalement à la hausse des crimes motivés par la haine des communautés musulmane (+ 207 %), noire (+ 84 %) et juive (+ 41 %).

Au Québec, il y a eu 327 crimes haineux en 2016. En 2017, on en a enregistré 489, soit un bond de 50 %. Le nombre de crimes haineux perpétrés contre les musulmans a presque triplé.

En février, le mois suivant la fusillade au Centre culturel islamique de Québec, le nombre déclaré de crimes haineux contre les musulmans a atteint un sommet et représente 26 % des affaires ciblant les musulmans déclarées dans l'année. Cette fusillade a fait six morts et cinq blessés graves.

Une hausse du nombre de crimes haineux a aussi été constatée en Alberta et en Colombie-Britannique.

Plus d'incidents sont rapportés à la police

« Je pense qu'il faut retenir que les Canadiens sont plus vigilants par rapport à la présence de crimes haineux et qu'ils ont tendance à les rapporter plus souvent aux forces policières », affirme Jack Jedwab, président de l'Association d'études canadiennes (AEC), un organisme sans but lucratif qui vise à améliorer les connaissances des Canadiens sur leur histoire.

M. Jedwab affirme qu'après ce qu'il est arrivé au Centre culturel islamique de Québec, la population est plus attentive aux crimes haineux et à ce « type d'actes qui peuvent contribuer à un environnement problématique pour les groupes minoritaires visés ».

Il cite aussi la possibilité que les crimes haineux soient en augmentation parce que le sentiment d'insécurité grandit au sein de la population, notamment envers l'immigration. « Cette petite minorité [...] semble plus prête à agir sur ses préjugés qu'auparavant », explique M. Jedwab.

Avoir un portrait fidèle de la situation

Herman Deparice-Okomba, directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, affirme que la hausse rapportée dans les statistiques ne signifie pas pour autant qu'il y a plus de crimes haineux qu'auparavant. Le fait que les gens rapportent davantage les crimes en question est l'hypothèse la plus plausible, selon lui.

Ce qui est en soi « une bonne nouvelle », puisque le fait de rapporter ces crimes permet de documenter le phénomène, poursuit-il. « Je rencontre les leaders des organismes au Québec qui recensent ces crimes et il y a une forme d'unanimité, le constat est là, les gens disent : “On n'a pas de bon portrait et on encourage les gens à rapporter [ces crimes]”. »

La police elle-même s'est dotée d'une structure mieux adaptée à cette réalité, ajoute le directeur du Centre. « Les corps policiers forment leurs policiers par rapport à la manière d'apprécier, d'analyser c'est quoi, un crime haineux », dit-il.

Herman Deparice-Okomba salue l'initiative du Service de police de la Ville de Montréal qui a créé une unité de crimes et incidents haineux.

Des échos de Toronto...

À Toronto, un organisme s’occupant des relations interraciales appelle les dirigeants politiques à dénoncer sans équivoque la haine et l’intolérance. Brittany Andrew-Amofah, porte-parole de Urban Alliance on Race Relations, affirme que ces politiciens « doivent soutenir une société multiculturelle dans laquelle tous peuvent sentir qu’ils peuvent participer et contribuer ».

De son côté, Avi Benlolo, président et directeur général d’un centre d’études sur l’Holocauste, décrit les données de Statistique Canada comme étant alarmantes.

« Il est dérangeant d’entendre que les crimes haineux continuent d’augmenter au Canada et que la communauté juive – qui est intégrée dans la mosaïque canadienne – est encore victimisée », a déclaré M. Benlolo de l’organisme Friends of Simon Wiesenthal Center for Holocaust Studies.

Avec les informations de Normand Grondin

Avec les informations de CBC

Crime haineux

Société