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Québec refuse de s'engager à respecter ses cibles de réduction de GES pour 2020

François Legault brandit le plus récent bilan des émissions du GES en répondant à une question, jeudi, à l'Assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le premier ministre François Legault et sa ministre de l'Environnement MarieChantal Chassé refusent toujours de s'engager à respecter les cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) fixés par le précédent gouvernement pour 2020.

Un texte de François Messier

Selon les plus récentes données pour l'année 2016 publiées jeudi, les émissions de GES dans la province ont reculé de 9,1 % par rapport à celles constatées en 1990. Le précédent gouvernement avait fixé comme objectif de parvenir à des réductions de 20 % en 2020 et de 37,5 % en 2030.

L'inventaire québécois publié par le ministère de l'Environnement conclut même que les émissions de GES, responsables du réchauffement climatique, ont légèrement augmenté entre 2014 et 2016, les trois dernières années pour lesquelles des données ont maintenant été rendues publiques.

Il s'agit là du « bilan libéral », a commenté le premier ministre Legault, interrogé par le chef péquiste intérimaire Pascal Bérubé lors de la première période de questions à laquelle a été soumis son gouvernement à l'Assemblée nationale.

On a regardé dans tous les tiroirs du ministère de l'Environnement, on n'a vu aucun plan qui nous amène à -20 % en 2020. On est en train de faire le travail, on va mettre des prévisions, des estimés, jusqu’en 2020, on va faire notre possible. Mais actuellement [...] on n’a pas de plan, il n'y a pas de plan.

François Legault, premier ministre

M. Legault a rejeté d'emblée la proposition de M. Bérubé d'inscrire les objectifs de réduction de GES dans une loi. Le gouvernement ne parviendra pas à ses objectifs « en déposant un projet de loi avec des formules creuses et des objectifs qui ne sont pas supportés par un vrai plan », a-t-il ajouté.

« On va avoir des plans de transport en commun qui vont se réaliser, on va électrifier nos transports, on va avoir un plan chiffré », a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.

Québec maintient les cibles pour 2030

Quelques minutes plus tôt, la ministre Chassé n'avait pas davantage répondu aux questions de la porte-parole libérale en matière d'Environnement, Marie Montpetit, qui la pressait de dire si elle allait maintenir les cibles de réduction fixées pour 2020.

« Nous sommes fermement engagés à atteindre les cibles de 2030 », a répondu Mme Chassé, après avoir elle aussi blâmé les anciens gouvernements libéraux, mais aussi péquistes, pour la situation actuelle.

Les gouvernements précédents nous ont laissés dans une situation lamentable. Réalisez-vous que pour atteindre les cibles de 2020, nous devrions réussir une performance équivalente en deux ou trois ans qu’eux ont réussi à atteindre en 25 ans?

MarieChantal Chassé, ministre de l'Environnement du Québec

La ministre Chassé a assuré qu'elle était à pied d'œuvre pour accomplir le mandat « très clair » qu'elle dit avoir reçu du premier ministre, à savoir « réformer le Fonds vert et m’assurer que les actions mènent à des réductions des GES de façon efficace ».

Elle entend profiter de son passage à la prochaine conférence internationale sur le climat (COP 24), qui s'ouvre la semaine prochaine à Katowice, en Pologne, pour se mettre au parfum des « meilleures pratiques qui se font à l’international pour nourrir le plan et la réforme que j’ai à faire ».

Une route sur laquelle s'entassent des centaines de véhicules, dont de nombreux poids-lourds.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les camions de livraison contribuent grandement à la congestion routière.

Photo : Radio-Canada

Des émissions de GES qui repartent à la hausse

Selon les données publiées jeudi par le ministère de l'Environnement, 78,56 mégatonnes (Mt) de GES équivalent CO2 ont été émises au Québec en 2016, ce qui constitue une augmentation de 0,01 Mt par rapport à 2015, et de 0,16 Mt par rapport à 2014.

En 2012, les émissions totales de GES dans la province étaient de 80,09 Mt, ce qui équivalait à une réduction de 8 % par rapport aux données de 1990. Depuis, elles n’ont diminué que de 1,9 point de pourcentage supplémentaire.

L’inventaire du ministère de l’Environnement montre par ailleurs que les émissions de GES du secteur des transports ont augmenté de 21,9 % depuis 1990.

Pas moins de 43 % des émissions du Québec sont maintenant attribuables à ce seul secteur. Le transport routier était responsable à lui seul de 80,1 % des émissions de GES du secteur en 2016, soit 34,4 % de toutes les émissions de la province.

Cette situation est due à l’accroissement du parc automobile québécois, à l’augmentation de la puissance, du poids et des accessoires des véhicules, ainsi qu’à la hausse du kilométrage parcouru.

Extrait du communiqué du ministère de l'Environnement

Réduire les émissions de GES du secteur des transports demeure « un grand défi » pour le Québec, ajoute-t-il.

D’autres secteurs d’activité ont toutefois réussi à réduire leurs GES, selon l’inventaire du gouvernement, dont ceux des déchets (-31,8 %), de l’industrie (-26,4 %) et du chauffage résidentiel, commercial et institutionnel (-24,4 %).

Les émissions du Québec représentent 9,6 tonnes de GES par habitant, bon pour le premier rang au Canada, où la moyenne s'établit à 19,4 tonnes par habitant. Elles comptent pour 11,1 % des émissions canadiennes, qui ont été de 704,2 Mt l'an dernier.

Dans son discours d'ouverture prononcé mercredi à l'Assemblée nationale, le premier ministre François Legault s'est plaint que le Québec nageait «  en pleine noirceur  » en ce qui concerne ses réductions de GES. Le dernier inventaire datait de 2015, déplorait-il, en affirmant avoir mandaté une équipe pour préparer un « bilan récent » des émissions de GES du Québec.

En fait, le ministère de l'Environnement publie normalement son inventaire au printemps, avec trois ans de retard sur l'année étudiée. Celui de 2016 ne devait donc être publié que dans quelques mois. Le ministère n'a pas expliqué pourquoi la publication de l'inventaire a pu être devancée cette année.

Malgré son engagement à « poser des actions pour réduire les GES au Québec », M. Legault a réitéré mercredi qu'il compte aller de l'avant avec la construction d'un troisième lien routier entre la ville de Québec et la rive sud du fleuve, un projet décrié par les environnementalistes.

Pascal Bérubé a souligné cette situation à deux reprises en interrogeant François Legault jeudi.

Lors de la campagne électorale, le chef de la Coalition avenir Québec s'est aussi engagé à élargir l'autoroute 30 au sud de Montréal, l'autoroute 50 en Outaouais et à prolonger les autoroutes 13 et 19.

Greenpeace blâme le gouvernement Couillard

Dans un communiqué publié peu après la publication de l'inventaire québécois de GES, le responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada, Patrick Bonin, a pressé le gouvernement Legault d'accélérer son virage vert, mais convient que la situation actuelle est attribuable au gouvernement Couillard.

« Cela fait plusieurs années que l’on dénonce le manque de sérieux des libéraux dans la lutte climatique et le fait que les émissions de GES sont en hausse au Québec vient confirmer nos craintes », a-t-il commenté.

« Après avoir reconnu hier qu’il y a une "urgence climatique”, le gouvernement Legault doit maintenant passer de la parole aux actes et rapidement proposer des mesures et présenter un plan qui permettra de s’assurer que le Québec atteigne et dépasse ses cibles de réduction des GES », a ajouté M. Bonin.

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