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Tensions entre la Russie et l’Ukraine : Trump annule une rencontre avec Poutine

Le président américain, Donald Trump,  et le président russe, Vladimir Poutine
La déclaration de Donald Trump a surpris les représentants russes. À peine une heure plus tôt, le président américain déclarait aux médias qu'il allait sans doute rencontrer Vladimir Poutine, soulignant que « le moment était propice à une réunion ». Photo: Getty Images / Natalia Kolesnikova, Reuters / Carlos Barria
Radio-Canada

Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi l'annulation d'une rencontre prévue avec son homologue russe Vladimir Poutine en marge du Sommet du G20 en Argentine. Le regain des tensions entre Moscou et Kiev ainsi que la saisie de navires ukrainiens par la Russie sont au centre de ce revirement.

Dans la mesure, où les navires et les marins n'ont pas été remis à l'Ukraine par la Russie, j'ai décidé qu'il serait mieux pour tout le monde d'annuler la rencontre prévue en Argentine avec le président Vladimir Poutine.

Le président américain Donald Trump

Donald Trump a fait cette déclaration sur son compte Twitter depuis l’avion présidentiel qui l’emmenait vers Buenos Aires.

Une déclaration qui en a surpris plus d’un, notamment les représentants russes.

À peine une heure plus tôt, le président des États-Unis déclarait aux médias qu'il allait sans doute rencontrer Vladimir Poutine, soulignant que « le moment était propice à une réunion ».

Donald Trump a pris sa décision après s'être entretenu à bord d'Air Force One avec le secrétaire d'État Mike Pompeo, le conseiller à la sécurité nationale de la présidence, John Bolton, et le secrétaire général de la Maison-Blanche, John Kelly, selon la porte-parole de la Maison-Blanche.

Justin Trudeau parle à Petro Poroshenko

Le premier ministre canadien s’est de son côté entretenu avec le président de l’Ukraine, jeudi. Il a réitéré le soutien du Canada à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et aux droits de navigation de l’Ukraine.

Le bureau du premier ministre ajoute que les deux dirigeants ont également discuté de la poursuite de la coopération avec des partenaires pour exercer de la pression sur la Russie afin qu’elle désamorce la situation immédiatement.

Petro Porochenko descend d'une voiture de luxe.Le président ukrainien Petro Porochenko lors d'un sommet du Conseil européen à Bruxelles, en février 2015. Photo : Getty Images / EMMANUEL DUNAND

Plus tôt, le président ukrainien Petro Porochenko a exhorté les 29 pays membres de l'OTAN à déployer des navires de guerre dans la mer d'Azov afin de soutenir Kiev dans son bras de fer avec Moscou. Cette requête a été vivement dénoncée par le président russe, Vladimir Poutine, qui la perçoit comme une provocation.

Dans une entrevue accordée au quotidien allemand Bild, le président Porochenko exprime l’espoir de voir l’OTAN « relocaliser des navires de guerre dans la mer d’Azov pour aider l’Ukraine et assurer sa sécurité », contre les visées expansionnistes de la Russie dans la région.

Le président ukrainien a également accusé son homologue russe de vouloir annexer toute l'Ukraine. Il appuie son accusation sur la série de gestes posés par la Russie dans la région, notamment le déploiement d’une nouvelle unité de missiles antiaériens en Crimée, le blocus allégué des ports ukrainiens en mer d’Azov et la volonté de Moscou de mettre une nouvelle station radar en Crimée.

Des véhicules transportant des missiles russes S-400.Des lance-missiles sol-air S-400 lors de la parade du Jour de la Victoire à Moscou. Photo : Reuters / Sergei Karpukhin

L’accusation ukrainienne est toutefois démentie par le Kremlin, qui évoque de simples retards dans les liaisons maritimes, dus au mauvais temps pour expliquer le « blocus » évoqué par Kiev. Quant au déploiement de la nouvelle unité de missiles sol-air S-400 à Djankoï, dans le nord de la péninsule, Moscou soutient que c’est en réponse à la recrudescence des tensions dans la région.

« Ne croyez pas aux mensonges de Poutine », a dit Petro Porochenko au quotidien allemand, en soulignant que la Russie avait nié la présence de soldats russes en Crimée, en 2014, alors qu'elle annexait la péninsule.

Poutine veut rétablir l'empire russe. La Crimée, le Donbass, le pays tout entier : l'empire de Poutine, qui se considère comme un tsar, ne peut fonctionner sans l'Ukraine. Il nous voit comme sa colonie.

Petro Porochenko

M. Porochenko a fait ces déclarations en marge d'un forum économique germano-ukrainien et à l'aube d'un sommet de l'OTAN qui se tiendra mardi et mercredi prochains à Bruxelles. Les ministres des Affaires étrangères des 29 pays membres du traité militaire défensif s’y réuniront en conseil et le représentant ukrainien a été invité à les rencontrer.

Le gaz comme arme économique

Le président ukrainien Petro Porochenko a également demandé à Berlin d’arrêter la construction du gazoduc Nord Stream 2, un projet devant permettre à la Russie de doubler ses livraisons de gaz vers l’Allemagne par la mer Baltique, tout en évitant le territoire ukrainien.

« Nous avons besoin d'une réaction ferme et limpide au comportement agressif de la Russie », dit-il en entrevue au quotidien allemand. « Cela veut notamment dire qu'il faut stopper le projet du gazoduc Nord Stream 2 ».

La requête a trouvé peu d’écho à Berlin, où le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, a semblé l’exclure. « Il s'agit de deux questions distinctes », a-t-il dit jeudi matin à la chaîne allemande ARD à propos de la crise dans le détroit de Kertch et du gazoduc Nord Stream 2.

Un bateau de guerre ukrainien.Une vedette blindée de la marine ukrainienne en mer Noire lors d'un exercice, en septembre dernier. Photo : Reuters / Handout .

Les demandes du président ukrainien s’inscrivent dans la foulée de l’accrochage entre un bateau ukrainien et une vedette russe le week-end dernier. Les garde-côtes russes ont ouvert le feu sur trois navires ukrainiens et leur équipage avant de les arraisonner et de saisir les trois bateaux. Ils ont également capturé 24 marins, et 3 d'entre eux ont été blessés; ceux-ci ont été placés en détention jusqu'au 25 janvier.

Moscou a justifié ses actions en prétendant que les navires n’avaient pas obtenu l’autorisation de franchir le détroit de Kertch qui relie la mer Noire à la mer d’Azov. Il a également nié avoir fermé le détroit de Kertch donnant accès à la mer d'Azov.

Le détroit de Kertch sépare le continent russe de la Crimée, annexée par la Russie en 2014.

L’Ukraine soutient que ses équipages ont respecté les règles de navigation internationale.

Poutine ne veut rien de moins que d'occuper la mer. [...] Le seul langage qu’il comprend, c’est celui de l'unité du monde occidental.

Petro Porochenko, président de l'Ukraine

De son côté, Vladimir Poutine a critiqué l'Occident, qu'il accuse d'être de connivence avec la « provocation » de l'Ukraine.

« Les dirigeants de Kiev répandent des sentiments antirusses, car ils n’ont plus rien à perdre, a-t-il dit. Ils peuvent s'en tirer, quoi qu'ils fassent. S'ils veulent manger des bébés pour déjeuner, ils le feront probablement aussi. »

La prudence de l’Europe

Principal importateur de gaz russe, l’Allemagne a appelé à l’apaisement.

Un gros plan d'Angela Merkel.La chancelière allemande Angela Merkel Photo : Reuters / Lisi Niesner

Sollicitée par le président Porochenko, la chancelière allemande Angela Merkel a promis d’aborder la question avec le président russe lors du Sommet du G20 qui se tient ce week-end en Argentine. Mme Merkel a indiqué qu’elle intercéderait pour l'Ukraine auprès du président Poutine afin qu'il libère les navires ukrainiens et leur équipage.

Elle a toutefois invité le président Porochenko à se montrer raisonnable.

Il ne peut y avoir de solution militaire à ces confrontations.

Angela Merkel, chancelière allemande

Si l'Union européenne s'est dite « consternée par l'usage de la force de la Russie », les gouvernements des 28 pays n'envisagent pas de nouvelles mesures pour sanctionner la Russie.

Des sources diplomatiques ont indiqué à l’AFP que des divergences opposent les États européens, alors que l’unanimité est de rigueur pour adopter de nouvelles sanctions. Alors que la Pologne prône l’adoption de nouvelles mesures, plusieurs États comme la France et l’Allemagne les estiment prématurées.

Parlant au nom des 28 pays membres, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini demande à la Russie, dans une déclaration publiée jeudi, « d'assurer un passage libre et sans entrave dans le détroit de Kertch à destination et en provenance de la mer d'Azov, conformément au droit international ».

La présence de l'OTAN

De son côté, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a adressé une mise en garde à Moscou.

La première ministre dans un char avec un soldat.Trident Juncture est le plus vaste exercice militaire de l'OTAN depuis la guerre froide. Il s'est déroulé en Norvège, à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière russo-norvégienne, du 25 octobre au 7 novembre 2018. Photo : AFP/Getty Images / HEIKO JUNGE

Bien que la requête du président ukrainien soit à l'ordre du jour des discussions au sommet de l'OTAN, l’Alliance demeure prudente. « Il y a déjà une forte présence de l'OTAN dans la mer Noire, et nous continuerons de l'évaluer », a déclaré à l’AFP la porte-parole de l’organisme, Oana Lungescu.

« La Russie doit comprendre que ses actions auront des conséquences », a-t-elle averti en refusant toutefois de préciser quelles actions concrètes l’OTAN pourrait opposer à Moscou.

« Depuis l'annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, l'OTAN a considérablement accru sa présence en mer Noire », a défendu la porte-parole de l’Alliance. « Aujourd'hui, les navires de l'OTAN patrouillent et s'exercent régulièrement en mer Noire. »

La Crimée était ukrainienne depuis 1954 à la suite d'une décision du dirigeant soviétique de l'époque, Nikita Khrouchtchev.

« En 2018, les navires de l'OTAN ont passé 120 jours en mer Noire, contre 80 en 2017 et plusieurs Alliés assurent la police aérienne de l'OTAN dans la région », a-t-elle ajouté. « Trois membres de l'OTAN – la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie – sont des États riverains, avec leurs propres capacités nationales déployées dans la région de la mer Noire et nous avons également une brigade multinationale roumaine basée à Craiova. »

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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