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Le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard a-t-il tourné le dos aux francophones?

Paula Biggar, ministre des Transport et de la condition féminine de l'Île-du-Prince-Édouard.

La ministre Paula Biggar fait sonner la cloche acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard lors de l’ouverture officielle de l’école française La-Belle-Cloche, à Rollo Bay.

Photo : Radio-Canada / François Pierre Dufault

Radio-Canada

Alors que les francophones de l'Ontario luttent pour conserver certains de leurs acquis et que ceux du Nouveau-Brunswick s'inquiètent pour les leurs, à l'Île-du-Prince-Édouard, une série de commentaires et d'événements impliquant des ministres du gouvernement libéral sème le doute, voire la colère au sein de la communauté de langue française.

Un texte de François Pierre Dufault

D'abord, il y a eu l'affaire Biggar.

La ministre des Transports, de l'Infrastructure et de l'Énergie et ministre de la Condition féminine, Paula Biggar, a soulevé une controverse en répondant I don't speak French à un courriel d'une Acadienne qui demandait en français à l'élue son appui à un projet de renouvellement de l'école Évangéline.

La ministre s'est finalement excusée à l'Assemblée législative à la demande d'un autre député de son parti, deux semaines après son courriel du 8 novembre, et après avoir essuyé de nombreuses critiques dans les médias sociaux, y compris de la part d'anglophones.

Ensuite, il y a eu les commentaires de Jordan Brown à l'égard de la Commission scolaire de langue française (CSLF) de l'Île-du-Prince-Édouard.

À trois occasions depuis le début de la session parlementaire, le ministre de l'Éducation, du Développement scolaire et de la Culture a critiqué la CSLF. « La liste de projets [de l'administration scolaire] a tellement changé d'une année à l'autre qu'il faut se demander où sont [ses] priorités », a-t-il déclaré, le 14 novembre.

Ces déclarations ont piqué au vif les commissaires scolaires, qui ont pourtant adopté, plus tôt cette année, un plan quinquennal d'infrastructures à la demande de la province.

Le projet de construction d'une nouvelle école Évangéline est estimé à plus de 20 millions de dollars par la Commission scolaire de langue française.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le projet de construction d'une nouvelle école Évangéline est estimé à plus de 20 millions de dollars par la Commission scolaire de langue française.

Photo : Julien Lecacheur

Troisièmement, le projet de renouvellement de l'école Évangéline, priorisé par la CSLF, est absent du plus récent et plus important budget annuel d'immobilisation de l'histoire de l'Île-du-Prince-Édouard, déposé le 16 novembre.

L'absence de fonds pour rénover ou remplacer la plus vieille école de langue française de la province, construite dans les années 1960, a provoqué une onde de choc au sein de la francophonie insulaire. En réaction, le Centre scolaire et communautaire Évangéline (CSCÉ) a mis sur pied un groupe de travail, dont le but est de mobiliser la communauté afin de faire avancer le dossier.

Dans son budget d'immobilisation de près de 157 millions de dollars, le gouvernement libéral a toutefois bonifié de 3,6 millions de dollars l'enveloppe prévue pour un projet d'agrandissement de l'École-sur-Mer, à Summerside, y ajoutant un gymnase et un terrain de soccer.

Dans la communauté acadienne et francophone de l'Île-du-Prince-Édouard, plusieurs se disent ébranlés par les événements des dernières semaines. En coulisse, une question se pose : le gouvernement libéral a-t-il tourné le dos à la minorité linguistique? Ou la tient-il pour acquise?

Certains déplorent le silence du premier ministre Wade MacLauchlan, qui est aussi responsable des Affaires acadiennes et francophones, et qui n'a pas rencontré les représentants de la communauté acadienne et francophone ni accordé d'entrevue aux journalistes depuis le début de la session parlementaire, le 13 novembre.

C'est le cas d'Émile Gallant, le président de la CSLF.

Moi, je n'ai pas vu de leadership de la part du premier ministre. À l'Assemblée législative, il s'est seulement défendu en disant qu'il avait désigné plus de services en vertu de la Loi sur les services en français. Mais il n'a pas fait face à la situation [des dernières semaines].

Émile Gallant, président de la Commission scolaire de langue française de l'Île-du-Prince-Édouard

L'administrateur scolaire dit qu'il a été échaudé et très, très déçu par les commentaires du ministre Jordan Brown au sujet de la CSLF.

Émile Gallant se dit aussi « très insulté » par « le ton » du courriel de Paula Biggar, qui a avoué par la suite ignorer ses obligations en vertu de la Loi sur les services en français. Ça me frustre beaucoup, fulmine-t-il. Mais plus encore, il se dit profondément choqué par la réaction du premier ministre Wade MacLauchlan, qui a semblé s'esclaffer au moment où la ministre s'est excusée à l'Assemblée législative, vendredi dernier.

Le premier ministre Wade MacLauchlan a semblé s'esclaffer de rire au moment où la ministre Paula Biggar s'est excusée à l'Assemblée législative pour avoir répondu « I don't speak French » à un message qui lui avait été adressé en français.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre Wade MacLauchlan a semblé s'esclaffer de rire au moment où la ministre Paula Biggar s'est excusée à l'Assemblée législative pour avoir répondu «I don't speak French» à un message qui lui avait été adressé en français.

Photo : Assemblée législative de l'Île-du-Prince-Édouard

Rappelons qu'en avril dernier, la CSLF a mis en demeure le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard, l'accusant d'utiliser à mauvais escient des fonds fédéraux destinés à l'enseignement du français en milieu minoritaire.

Émile Gallant croit qu'il est temps pour Wade MacLauchlan d'avoir de vraies rencontres avec les représentants de la communauté francophone.

Une rencontre avec le premier ministre, c'est aussi ce que souhaite la Société Saint-Thomas d'Aquin (SSTA). Nous avons exprimé le besoin de travailler en collaboration avec le gouvernement provincial afin de mener des actions positives de sensibilisation, qui favoriseront le rapprochement des Insulaires, quelle que soit la langue parlée, rappelle Colleen Soltermann, la présidente de l'organisme porte-parole de la francophonie insulaire, dans une déclaration écrite à Radio-Canada.

Nous pensons que le premier ministre, en tant que francophile bilingue et responsable des Affaires acadiennes et francophones, est sans doute l’une des personnes les mieux placées pour faire en sorte que l’Île-du-Prince-Édouard reste une province ouverte aux Acadiens et francophones.

Colleen Soltermann, présidente de la Société Saint-Thomas d'Aquin

À une éventuelle rencontre avec le premier ministre, la SSTA veut insister sur le besoin d'une infrastructure de qualité qui répond aux besoins des élèves des écoles de langue française, et sur l'importance de rappeler aux élus et aux employés gouvernementaux leurs obligations en vertu de la Loi sur les services en français.

Dans l'arène politique aussi, la situation inquiète.

Le député progressiste-conservateur Brad Trivers parle d'une tendance préoccupante dans le camp libéral. J'aimerais voir ce gouvernement faire davantage preuve de respect et faire de la communauté de langue française une priorité, ajoute l'élu de la région de Rustico, qui est porte-parole de son parti en matière d'Affaires acadiennes et francophones. Le premier ministre n'a rien fait [pour apaiser les tensions], déplore-t-il à son tour.

Brad Trivers, candidat à la direction des progressistes-conservateurs de l'I.-P.-É., veut mettre l'accent sur des politiques vertes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Brad Trivers, candidat à la direction des progressistes-conservateurs de l'I.-P.-É., veut mettre l'accent sur des politiques vertes.

Photo : Radio-Canada / CBC/Sarah MacMillan

Le chef du Parti vert, Peter Bevan-Baker, se dit à la fois déçu et perplexe. Selon lui, les événements des dernières semaines révèlent un certain manque de respect de la part du gouvernement pour une communauté importante qui a beaucoup contribué au développement de la province. C'est plus qu'un simple désintérêt. On dirait de l'hostilité. C'est du moins ce à quoi tout ça ressemble de l'extérieur.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Joe Byrne, abonde dans le même sens. C'est un peu décourageant, dit-il. Offrir des services en français, ce n'est pas un choix que fait le gouvernement. La population acadienne et francophone a le droit de recevoir des services dans sa langue.

Le premier ministre Wade MacLauchlan n'était pas disponible pour une entrevue, mercredi. Il était toutefois présent à la période de questions à l'Assemblée législative.

Dans une déclaration écrite, le Secrétariat des affaires acadiennes et francophones de l'Île-du-Prince-Édouard a dit travailler avec la communauté acadienne et francophone dans le but de promouvoir et de contribuer davantage à l’épanouissement de la culture et de la langue française dans la province. À l'Île, il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années quant aux services désignés, dont le gouvernement est fier, mais nous reconnaissons qu'il reste du chemin à faire.

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