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Ottawa reste muet sur les expulsions d'Haïtiens

Les policiers passent les menottes à deux hommes près d'une moto.

Des policiers haïtiens arrêtent deux manifestants à Port-au-Prince le 23 novembre.

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

Radio-Canada

Affaires mondiales Canada a interpellé Haïti mercredi dans un communiqué, se disant « très préoccupé par les récents troubles civils » et demandant à toutes les parties impliquées de « s'efforcer de trouver une solution ». Pendant ce temps, le sort réservé aux Haïtiens qui doivent être renvoyés du Canada vers leur pays d'origine reste toujours nébuleux.

Un texte d'Isabelle Maltais

« Les manifestations pacifiques font partie d’une démocratie qui se porte bien, mais les actes de violence de nature politique n’ont pas leur place dans le processus démocratique », peut-on lire dans la missive, qui est attribuée à la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et à la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

Adressant leurs condoléances aux familles des victimes, les ministres disent suivre la situation de près.

Malgré ces inquiétudes gouvernementales, les Haïtiens dont la demande de résidence a été refusée par le ministère de l’Immigration du Canada et qui doivent être expulsés du pays vers Haïti n’ont pas reçu de directives claires.

On apprenait mercredi dernier qu’en raison de la violence qui avait embrasé le pays, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) avait décidé de suspendre temporairement les renvois vers Haïti prévus du 18 au 25 novembre.

Cette suspension avait été annulée le lendemain soir, mais selon Stéphane Handfield, avocat en droit de l’immigration, aucun Haïtien n’aurait dans les faits été expulsé depuis le 18 novembre. Me Handfield tient ses informations de clients et de collègues

Les Haïtiens visés par des avis d’expulsion sont toutefois avertis du report de leur départ à la toute dernière minute.

Ils ont reporté encore certaines expulsions. Les gens ont été contactés hier. D’autres, depuis vendredi, se sont présentés à l’aéroport et ont leur a dit qu’ils ne quittaient pas. […] C’est au cas par cas, au jour le jour. C’est presque au gré du vent.

Stéphane Handfield, avocat en droit de l’immigration

Selon l’avocat, la suspension des renvois depuis 10 jours vient d’une décision administrative prise par les fonctionnaires du bureau régional de Montréal, qui possèdent un pouvoir discrétionnaire sur les cas qu’ils gèrent. Cette suspension pourrait ainsi être levée à tout moment, sans explication.

Dans ce dossier, Me Handfield ne s’explique pas le silence du ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, qui aurait le pouvoir de décréter une suspension officielle pour la durée de son choix.

« Pourquoi c’est fait en catimini? […] Si on regarde entre 2010 et 2014 [période pendant laquelle les Haïtiens bénéficiaient d’une suspension de leur renvoi, NDLR], il y a eu des moments où la situation était moins problématique qu’elle ne l’est présentement. Et pourtant, on n’avait pas levé la suspension des renvois vers Haïti. Alors, pourquoi le ministre ne se prononce pas? » demande-t-il.

L'avocat s’étonne également du silence du ministre de l’Immigration du Québec, Simon Jolin-Barrette, à ce sujet. « Je me serais attendu à ce que le ministre de l’Immigration du Québec appelle son homologue à être plus compatissant. C’est majoritairement des gens qui habitent au Québec qu’on expulse. Comment on explique le silence radio? »

La situation en Haïti

Le 18 novembre, pour dénoncer la corruption du pouvoir et réclamer la démission du chef de l'État, Jovenel Moïse, des manifestations d’une grande violence ont eu lieu en Haïti, faisant 11 morts, selon l'opposition.

Une grève générale dans les jours suivants a paralysé surtout la capitale, Port-au-Prince.

Les tensions sont toutefois présentes en Haïti depuis l'été, où les manifestations se sont multipliées pour réclamer que des comptes soient rendus dans le dossier Petrocaribe.

Au moins 2 milliards de dollars des fonds de ce programme d'aide vénézuélien aux achats de produits pétroliers auraient été détournés par une douzaine d'anciens ministres du parti actuellement au pouvoir sans qu’ils en soient inquiétés.

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