•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La pression d'être sexy crée un malaise parmi les meneuses de claque des Carabins

Une meneuse de claque et son pompon

Certaines meneuses de claque se sont senties forcées de participer à une activité de financement.

Photo : iStock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'Université de Montréal enquête sur une activité de financement dans des restaurants-bars où des meneuses de claque ont été obligées de revêtir leur uniforme à jupe courte, parfois contre leur gré. La pratique prendra fin et des formations sur le harcèlement seront données.

Un texte de Thomas Gerbet (Nouvelle fenêtre)

« Soyez belles, chixez-vous! », « Ayez du fun, souriez ». Les messages envoyés par une des entraîneuses étaient clairs. À l'occasion de la diffusion du Super Bowl, en février, les meneuses de claque des Carabins devaient se montrer sous leur meilleur jour et ne pas faire d’histoire.

Ce soir-là, les jeunes femmes ont été réparties dans plusieurs Cage aux Sports et Station des Sports de Montréal, Laval et Brossard. Elles devaient animer la soirée et vendre des billets pour un tirage moitié-moitié afin de financer leur équipe.

Certaines auraient été victimes de commentaires déplacés de la part de clients et d'employés des brasseries sportives.

L’affaire fait scandale à l’Université de Montréal à la suite de la publication, mercredi, du témoignage d’une des meneuses de claque dans le journal étudiant Quartier libre.

Radio-Canada a pu s’entretenir avec une des étudiantes, qui a quitté l’équipe après ces événements.

« On n’a pas tenu compte de notre consentement à participer à une activité dégradante », dénonce-t-elle, tout en préférant garder l’anonymat pour ne pas nuire à ses études. Comme plusieurs de ses coéquipières, elle a essayé en vain de ne pas participer à l’activité, mais la pression qu’elle a ressentie était trop forte.

Sur des captures d’écran qu’elle nous a fournies, on peut lire les messages d’une entraîneuse rappelant que « le port de l'uniforme est obligatoire », tout en tentant de rassurer les filles. « Je sais que certaines d’entre vous sont stressées, écrit-elle. En étant adulte et en ayant de la classe, tout va bien se passer. »

Historiquement, nous n’avons jamais eu l’air de guédailles. Je l’ai fait pendant toutes mes années Carabins et jamais je ne me suis sentie #metoo.

Une citation de : Message envoyé aux meneuses de claque par une de leurs entraîneuses

Certaines meneuses de claque n’ont éprouvé aucun malaise à participer à l’activité de financement, mais d’autres se sont senties forcées de le faire.

« C’est organisé par vos coéquipiers; donc, s’il vous plaît, ayez un peu de respect envers eux », peut-on lire dans les messages de l’entraîneuse, qui ajoute : « Je vais être un peu directe ici, mais porter un uniforme en public qui montre uniquement tes jambes, versus poster une photo en bikini sur instagram PUBLIQUE… come on les filles… Faites la part des choses sur ça. »

La Fédération des associations étudiantes de l’Université de Montréal se dit « choquée » par cette histoire et dénonce le sentiment d’obligation de participer aux activités de financement chez les Carabins. « Il en va du choix de chaque étudiante athlète d'y prendre part ou non. C'est la base même du consentement. »

L’Université de Montréal enquête

Le pavillon principal de l'UdeM.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les étudiantes demandent à la ministre David d'appeler le projet de loi 234 modifiant la Charte de l'Université de Montréal pour mettre en place un processus équitable, juste et transparent.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

« La direction de l’Université et celle des Carabins n’approuvent pas ce genre de situation, écrit par courriel la porte-parole de l’UdeM, Geneviève O’Meara. Des vérifications internes au sein des équipes concernées sont présentement en cours et les mesures nécessaires seront prises pour que cela ne se reproduise plus. »

Par ailleurs, l’Université annonce que son bureau d’intervention en matière de harcèlement mettra en place une formation s’adressant aux athlètes. Les entraîneurs et le personnel médical suivront également une formation qui est actuellement donnée aux employés.

De son côté, la directrice du programme de sport d’excellence de l’UdeM, Manon Simard, se dit « interpellée » et « touchée » par cette situation. « Ça ne correspond pas aux valeurs des Carabins », précise-t-elle.

Elle affirme que ce genre d’activités de financement n'est pas obligatoire, mais indispensable. Pour boucler leurs budgets, les équipes ont besoin d'en passer par là. L’activité durant la diffusion du Super Bowl existe depuis plusieurs années, mais, vu les circonstances, elle n’aura pas lieu en février prochain.

« Personne n’était malintentionné, dit-elle. Jamais on ne veut mettre un athlète dans une situation où il n'est pas à l'aise. Ça me rend triste, parce que j'aurais tellement aimé qu'elle [la jeune femme] nous en parle. »

Les meneuses de claque des Carabins sont souvent réduites au rôle de faire-valoir des joueurs de football masculin. Mais elles sont, avant tout, une équipe d’athlètes à part entière qui paient leur cotisation et ne reçoivent aucune rémunération. Généralement anciennes gymnastes ou anciennes danseuses, les bleues et blanches ont remporté toutes les compétitions auxquelles elles ont participé, l’an dernier.

Elles préféreraient qu’on s’intéresse à elles pour cette raison.

L'équipe de cheerleading des Carabins a terminé première au Québec, la saison dernière.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'équipe de cheerleading des Carabins a terminé première au Québec, la saison dernière.

Photo : Cheerleading Carabins

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !