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L’heure du redressement national en éducation a sonné, proclame François Legault

François Legault a pris la parole à l'Assemblée nationale, mardi, pour la première fois à titre de premier ministre. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Radio-Canada

C'est un discours d'ouverture résolument dominé par le thème de l'éducation qu'a prononcé le premier ministre du Québec, mercredi, à l'Assemblée nationale. François Legault s'y engage à faire preuve d'audace pour mettre en œuvre l'ensemble de ses promesses électorales, tout en combattant la peur que certaines d'entre elles suscitent.

Un texte de François Messier

« Pour la première fois depuis les années 60, l’avenir de nos enfants va être l’ambition première du gouvernement », a affirmé le premier ministre, en abordant les nombreux enjeux que doit affronter le milieu éducatif. « Notre grande ambition, c’est de donner à chacun de nos enfants les moyens d’aller au bout de son potentiel. »

L’éducation, a-t-il plaidé, est à la fois « l’avenir de la nation québécoise » et le véhicule qui a permis au Québec « de rattraper son retard, dans les années 60 ». Elle doit maintenant permettre aux Québécois de « relever les défis qui nous attendent », après des années où le système « a manqué d’amour ».

Des enfants ont été laissés à l’abandon. Des enfants avec des difficultés d’apprentissage ont été laissés à eux-mêmes. Et le Québec a pris un sérieux retard en matière de réussite scolaire. L’heure du redressement national en éducation a donc sonné.

François Legault, premier ministre du Québec

Pour parvenir à ses fins, François Legault assure que le budget de l’éducation sera « en augmentation pour l’ensemble de cette législature » et qu’il sera « protégé », même si un ralentissement économique devait survenir en cours de route. Il s'agit de mettre fin à l’instabilité des années passées, qui ont miné toute planification à long terme.

Le premier ministre réitère du coup, comme il l’a souvent martelé en campagne électorale, que la capacité de « détecter très tôt les difficultés d’apprentissage des enfants » afin de pouvoir leur offrir les services appropriés le plus tôt possible constitue la clé de la réussite pour nos jeunes.

« Je ne vois pas de grands désaccords politiques à ce sujet. Je pense qu’on doit à nos enfants et aux prochaines générations de mettre de côté les intérêts partisans pour réaliser cette grande ambition », a-t-il déclaré.

Du même souffle, le premier ministre a confirmé qu’il maintient son engagement d’offrir des classes de prématernelle 4 ans partout au Québec. Cela ne s’effectuera pas au détriment des Centres de la petite enfance, a-t-il cru bon de préciser. Selon lui, l’idée qu’il faut choisir entre ces deux options est « un faux débat ».

Visiblement conscient des voix qui s’élèvent pour dire que cet objectif est irréaliste, François Legault a pourfendu ce discours « fataliste », qui manque selon lui « de volonté politique et d’ambition […] d’audace et de fierté ».

Il a aussi répété que le gouvernement entend valoriser la profession d’enseignant, notamment en payant mieux ces derniers durant leurs premières années. La CAQ veut aussi transformer les commissions scolaires en centres de services, abolir les élections scolaires et confier les décisions à des « équipes-écoles » constituées d'enseignants, de membres de la direction et de parents.

Le gouvernement maintient aussi sa volonté d'ajouter « cinq heures par semaine de présence dans toutes les écoles secondaires ». Ces heures seront consacrées au sport, aux arts et à l'aide aux devoirs.

Économie, fiscalité, entrepreneuriat

L’économie sera la « deuxième priorité » du gouvernement, a poursuivi M. Legault, en rappelant que son Conseil des ministres compte un nombre « sans précédent » d’entrepreneurs, de gestionnaires et d’anciens dirigeants de grandes entreprises ou d’organisations.

« Ils partagent tous l’ambition d’enrichir le Québec […] et les Québécois », a-t-il assuré, non « pas parce que la richesse est une fin en soi, mais plutôt parce qu’elle nous donne les moyens de nos ambitions ».

Cela permettra aussi d’offrir de meilleurs services publics « en éducation, en santé, en environnement, dans les infrastructures de transport, en culture » et de « réduire le fardeau fiscal beaucoup trop lourd des Québécois ».

François Legault a profité de l’occasion pour rappeler qu’il « n’accepte pas que notre niveau de richesse soit inférieur à celui de nos voisins canadiens ». Le Québec peut faire « beaucoup mieux en économie » et combler cet écart à long terme.

On doit se donner l’objectif que le Québec ne reçoive plus de péréquation. C’est un objectif très ambitieux, j’en conviens. C’est une question d’autonomie, mais c’est aussi une question de fierté.

François Legault, premier ministre du Québec

Le gouvernement ambitionne donc de « remettre de l’argent dans les poches des Québécois », comme le dit si souvent M. Legault, puisque ces derniers, et tout particulièrement « les familles de la classe moyenne et les retraités à bas revenus », ont été « accablés par des augmentations de taxes et de tarifs de toutes sortes » depuis quelques années.

Cela se traduira notamment par une bonification du régime d’allocations familiales pour mieux soutenir les parents qui ont un deuxième et un troisième enfant, et par le rétablissement du tarif unique pour les enfants fréquentant des garderies subventionnées. La modulation « totalement injuste et injustifiée » des tarifs des services de garde sera donc abolie.

Un taux unique de taxe scolaire sera aussi fixé pour toutes les régions du Québec. Les propriétaires y paieront à terme « le taux le plus bas » qui existe actuellement.

Disant avoir entendu « le cri du cœur de retraités à bas revenus » en campagne électorale, le premier ministre s'engage à leur venir en aide rapidement, notamment en indexant les rentes à la hausse du coût de la vie.

François Legault a aussi répété que son gouvernement va chercher à accroître les investissements des entreprises au Québec. Il compte y parvenir en remodelant Investissement Québec, pour qu'il devienne « plus agile, plus volontaire, plus ambitieux, plus entreprenant ».

Le chef de la Coalition avenir Québec a aussi ramené sur le tapis son « Projet Saint-Laurent », qui vise à créer des zones d'innovation le long du fleuve. « Ces zones pourraient regrouper, dans un bel environnement, un port, un pôle ferroviaire, un campus de recherche et des entreprises innovantes », a-t-il indiqué.

J'ai un message pour les entrepreneurs québécois. [...] Sortez les projets de vos tiroirs et venez nous voir. On va vous aider à les réaliser. C'est le temps d'investir!

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault a aussi lancé le même message pro-investissements aux investisseurs étrangers. Les bureaux du Québec à l'étranger se consacreront plus que jamais à poursuivre cet objectif, a-t-il dit, tant aux États-Unis qu'en France. Le gouvernement compte aussi maximiser les échanges commerciaux avec les autres provinces canadiennes, et aussi avec l'Afrique, le Mexique et l'Asie.

Le premier ministre souhaite également que le Québec profite de son énergie « verte, abondante et abordable » pour devenir une véritable « superpuissance énergétique » pouvant aider les autres provinces et les États américains de la Nouvelle-Angleterre à se débarrasser du charbon, du gaz ou de l'énergie nucléaire.

Lorsque le Québec aura réussi à vendre plus d'électricité, il pourra lancer de nouveaux projets de barrages hydro-électriques. M. Legault est demeuré plus discret au sujet de l'énergie éolienne, se contentant de dire que des projets de construction pourront aller de l'avant « quand les besoins vont être là ».

Le nouveau gouvernement prône un nationalisme rassembleur, dont l'objectif est d'assurer le développement économique de la nation québécoise à l'intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture.

François Legault, premier ministre du Québec

Renforcer la première ligne en santé

Sans surprise, M. Legault a identifié la santé comme troisième priorité du gouvernement. L'objectif principal à ce sujet consistera à renforcer « la première ligne » de soins, afin que tout un chacun puisse voir plus rapidement un médecin, une infirmière ou un pharmacien, et obtenir plus de soins et de services à domicile.

Après le mandat du gouvernement Couillard, marqué par d'importantes réformes pilotées par l'ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, le gouvernement cherchera à « éviter les changements de structures, les bouleversements inutiles et les grandes promesses », a-t-il dit. M. Legault n'a d'ailleurs pas répété sa promesse électorale de limiter le temps d'attente aux urgences à 90 minutes.

Alec Castonguay, Martine Biron, Christian Dufour et Michel David se penchent sur le discours d’ouverture de François Legault

Le premier ministre rappelle qu'il compte modifier le mode de rémunération des omnipraticiens, afin qu'ils soient davantage payés en fonction des patients pris en charge, et moins en fonction des actes médicaux accomplis, et renégocier le niveau de rémunération des médecins spécialistes, en fonction des résultats d'une étude comparant leur salaire avec celui de leurs collègues canadiens.

Le gouvernement ira aussi de l'avant avec ses promesses de hausser l'âge légal pour consommer du cannabis de 18 à 21 ans, de créer de nouvelles maisons des aînés, d'adopter une politique nationale des proches aidants et d'aider davantage les parents d'enfants lourdement handicapés.

Immigration et pénurie de main-d'œuvre

Le nouveau gouvernement du Québec entend mener à bien son projet de réduire le seuil d'immigration actuel. Il faut « en prendre moins, mais en prendre soin », a dit M. Legault, reprenant là encore un slogan électoral, afin qu'ils soient mieux intégrés « au marché du travail, à la majorité francophone et au partage de nos valeurs communes, en particulier l'égalité hommes-femmes ».

Cette volonté ne doit pas faire oublier que « le peuple québécois est ouvert et accueillant », mais qu'il a des « inquiétudes légitimes » qu'il faut éviter de « regarder de haut, avec mépris ».

On doit débattre d'immigration calmement et sereinement, en évitant les accusations délirantes qu'on a entendues trop souvent dans les dernières années.

François Legault, premier ministre du Québec

Cela ne signifie pas que le gouvernement se désintéresse de la pénurie de main-d'œuvre qui touche les entreprises québécoises, a assuré M. Legault. Mais d'autres solutions – mieux arrimer la formation avec les besoins des entreprises, encourager les aînés à rester au travail sans pénalité fiscale, etc. – peuvent permettre d'y parvenir, a-t-il fait valoir.

« On entend des voix pour qui la seule solution est l'immigration, sans égard à nos capacités d'intégration, a-t-il souligné à ce sujet. Si la politique actuelle était viable, on le saurait! Mais cette politique n'a pas empêché la pénurie de main de main-d'œuvre, en particulier dans nos régions. L'immigration fait certainement partie de la solution, mais il va falloir changer de cap. »

Le premier ministre confirme par ailleurs qu'il interdira le port de signes religieux pour les employés de l'État en position d'autorité – juges, policiers, procureurs, gardiens de prison –, ce qui inclura les enseignants du primaire et du secondaire. « Il s'agit d'une position raisonnable. On va donc être très fermes à ce sujet », a-t-il annoncé.

«  Je ne peux ignorer ce défi de l'urgence climatique  »

Pris à parti par les environnementalistes pendant et après la campagne électorale, François Legault s'est assuré de montrer patte blanche en matière d'environnement, tout en plaidant que les Québécois doivent « voir la réalité en face ».

La survie de notre planète est en jeu. Je ne peux ignorer ce défi de l'urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux.

François Legault, premier ministre du Québec

Comme il l'a fait la veille, le premier ministre a dit être incapable de dire si le Québec pourra atteindre sa cible de réduction des gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement de la planète, puisque les plus récentes données permettant d'évaluer les progrès du Québec en la matière ne sont pas disponibles.

Ce bilan est en préparation, a-t-il assuré, et il permettra de déterminer les meilleurs moyens appropriés pour réduire les GES dans la province. Le gouvernement va tout de même « poser des actions pour réduire les GES » puisque cela ne peut pas attendre.

M. Legault a précisé que le Québec va continuer d'être partie prenante de la bourse du carbone, va « investir de façon importante » dans les transports collectifs et « accélérer » l'électrification des transports. Cela permettra de remplacer les importations de pétrole par de l'électricité propre qu'on produit chez nous.

Il n'en faut pas moins « éviter les discours idéologiques voulant que tous les projets de construction soient néfastes » pour autant, a poursuivi M. Legault, avant de réitérer que son gouvernement tenait à la construction d'un troisième lien routier entre Québec et la Rive-Sud.

Du transport collectif sera intégré dans ce projet, qui pourrait aussi offrir l'occasion de démanteler les pylônes d’Hydro-Québec à l’île d’Orléans pour faire passer les lignes électriques dans la future structure.

« On peut faire du troisième lien un épouvantail et un repoussoir, ou en faire un projet de développement durable, permettant de construire un véritable système de transport structurant pour les deux rives et d'embellir le paysage, comme c'est l'intention de ce gouvernement », a-t-il déclaré.

M. Legault a conclu son discours en y allant de quelques engagements en matière de justice, dont celui de procéder à une réforme « de fond en comble » du droit de la famille, et en répétant qu'il entend réformer le mode de scrutin, tel qu'il s'y est engagé.

Il y est aussi allé d'un plaidoyer en faveur de la culture, qui constitue « l'âme d'un peuple », mais sans formuler d'engagements particuliers.

Le premier ministre du Québec a conclu son discours comme il l'avait commencé, en faisant valoir que la peur sera l'adversaire principal de son gouvernement.

Nous avons une adversaire redoutable : la peur. La peur de ne pas être capable. La peur de nous tromper. La peur du changement. Ce sentiment est humain, très humain. Mais on doit le vaincre en y opposant la fierté et l'audace. C'est ça qui va guider notre gouvernement.

François Legault, premier ministre du Québec

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