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Le point en 5 questions sur la maladie débilitante chronique des cervidés

Un cerf rouge en forêt.

Onze bêtes dans la ferme de cerfs rouges de Grenville-sur-la-Rouge, dans les Laurentides, ont contracté la maladie débilitante chronique des cervidés, confirme l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

Photo : iStock / kyletperry

Radio-Canada

Au mois d'août dernier, un cerf rouge atteint de la maladie débilitante chronique des cervidés a été découvert dans un élevage des Laurentides. C'était la première fois que cette maladie contagieuse et fatale était détectée au Québec. Une vaste opération a été lancée pour éviter qu'elle ne se répande à d'autres élevages et à la faune sauvage. Retour sur une maladie méconnue qui fait de plus en plus de ravages en Amérique du Nord.

Un texte de Gaëlle Lussiaà-Berdou, de Découverte

Qu'est-ce que la maladie débilitante chronique des cervidés (MDC)?

La maladie débilitante chronique est une encéphalopathie spongiforme transmissible. Elle fait partie de la même famille que l’encéphalopathie spongiforme bovine, mieux connue sous le nom de maladie de la vache folle, et la tremblante du mouton.

C’est une maladie dégénérative du système nerveux qui peut toucher toutes les espèces de cervidés. Elle évolue lentement et, à terme, l’animal s’isole, salive beaucoup, a de la difficulté à s’alimenter et à se déplacer. Il perd l’équilibre, maigrit. Les animaux atteints meurent en général en moins de deux ans. Ils meurent d’ailleurs souvent d’autres causes auxquelles la maladie les rend plus vulnérables : prédation, infections, collisions avec des véhicules, etc.

Comment se compare-t-elle à d'autres maladies comme la maladie de la vache folle et la tremblante du mouton?

Ce sont toutes des maladies causées par un prion. C’est une protéine qui a la même composition qu’une protéine présente normalement dans le corps de l’animal, mais dont la forme est anormale.

Cette protéine déformée a la capacité de changer la forme des protéines normales et de les agréger. Le prion transforme donc les protéines normales en nouveaux prions, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les cellules nerveuses meurent. À la longue, ce phénomène crée des lésions en forme de petits trous dans le cerveau jusqu’à lui donner l’aspect d’une éponge, d’où le terme « spongiforme ».

La particularité de la MDC, par rapport aux autres maladies apparentées, c’est sa contagiosité. Elle se transmet facilement par les fluides corporels comme le sang, l’urine ou la salive, et certaines recherches ont montré que le prion peut survivre pendant des années à l’air libre dans l’environnement.

Comme la MDC touche les cervidés, des animaux qui, contrairement aux bovins, vivent pour la plupart à l'état sauvage, son potentiel de propagation est beaucoup plus important.

On voit une carte du Canada et des États-Unis situant les endroits où on a rapporté des cas d'animaux ayant la maladie débilitante des cervidés.

Sur cette carte, les points rouges montrent les élevages de cervidés où la maladie sévit à la fin novembre 2018 et les points jaunes, les élevages où elle a déjà été présente. Les zones en gris sont celles où la maladie a été rapportée dans des populations à l'état sauvage.

Photo : United States Geological Survey

Les humains sont-ils à risque?

La propagation d’une encéphalopathie spongiforme transmissible (EST) dans des élevages fait ressurgir le mauvais souvenir de la vache folle. Dans les années 90, on a découvert que cette maladie bovine pouvait se transmettre à l’humain et provoquer la maladie de Creutzfeld-Jacob. Cependant, ce n’est pas le cas de toutes les EST. La tremblante du mouton, elle, ne touche pas les humains.

À ce jour, aucun cas de transmission de la MDC à l’humain n’a été rapporté. Des essais sur des modèles animaux, dont des macaques, sont toujours en cours, mais pour le moment, rien ne prouve que les humains puissent en être concernés.

Néanmoins, les autorités de santé déconseillent de consommer de la viande de cervidés infectés. Il faut savoir que, comme les virus ou les bactéries, les prions évoluent. Ils peuvent donc un jour infecter de nouvelles espèces qui étaient jusque-là protégées.

Plusieurs cerfs dans un enclos.

L'élevage de cerfs rouges à Grenville-sur-la-Rouge, dans les Laurentides

Photo : Radio-Canada

Au Canada, les animaux d’élevage destinés à la consommation humaine sont systématiquement testés pour la MDC. C’est de cette façon qu’un animal malade a été découvert au Québec en août dernier.

Il n’existe aucun traitement contre la maladie. On ne peut vérifier l’infection d’une bête qu’en l’abattant pour prélever les ganglions du cou et une partie de son cerveau où se concentrent les prions dès le début de la maladie. L’Agence canadienne d’inspection des aliments a donc décidé de procéder à l’abattage des quelque 3000 cerfs rouges de la ferme concernée (l'opération est toujours en cours, et environ 2000 animaux ont été abattus jusqu'à maintenant). À ce jour, dix autres animaux atteints de la maladie ont été identifiés.

Québec a décidé d’abattre au moins 350 cerfs de Virginie sauvages autour de la ferme des Laurentides. Pourquoi?

L’opération du ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs du Québec vise à vérifier si la maladie s’est transmise aux cervidés sauvages et, si c’est le cas, à l’éradiquer.

Afin d’avoir un portrait suffisamment clair de la situation, les experts calculent qu’ils doivent tester environ la moitié du cheptel présent dans une zone de 400 kilomètres carrés autour de la ferme, ce qui correspond environ à 350 cerfs à abattre.

Réduire de moitié la densité des cerfs de la région permettra aussi, au besoin, de limiter la propagation de la maladie sur le territoire.

On voit un panneau du gouvernement du Québec qui explique que la chasse est interdite dans cette zone.

La chasse a été interdite autour de la ferme des Laurentides.

Photo : Radio-Canada

Cette approche est celle favorisée par tous les experts que nous avons consultés. C’est aussi celle qu'a choisie l’État de New York en 2005, quand la maladie a été détectée sur son territoire pour la première fois. Cette année-là, deux cerfs de Virginie malades ont été découverts au cours de l’opération. Des milliers d’autres cerfs sauvages ont été testés au cours des années suivantes, mais aucun autre animal infecté n’a été signalé.

La Norvège a aussi choisi ce type d’approche en 2016, alors que la maladie faisait son apparition en Europe. Une population entière de rennes a été abattue – plus de 2000 bêtes – dans l’espoir de circonscrire la MDC.

Dans d’autres compétences, on n’a pas réagi avec autant de force. Parfois, des programmes d’abattage systématique de cerfs sauvages qui avaient été entamés ont dû être interrompus après avoir suscité beaucoup d’opposition dans la population. Dans l’Ouest canadien par exemple, où la maladie est apparue en 1996, elle continue de se répandre, et des dizaines d’élevages ont été abattus au cours des dernières années dans l’espoir de la circonscrire, mais sans succès. Dans certaines populations de cervidés sauvages, près de la moitié des individus seraient aujourd’hui atteints.

Plusieurs États américains sont aux prises avec un problème similaire. La moitié des États sont désormais touchés. Dans plusieurs régions, les autorités s’avouent vaincues et cherchent désormais à contrôler la maladie et non plus à l’éradiquer.

On voit la tête et le dos de jeunes cerfs dans un champ de graminées inondé de soleil.

Des cerfs à l'état sauvage au Dakota du Nord

Photo : La Presse canadienne / AP/Brian Gehring/Bismarck Tribune

Dans le contexte de la MDC, faut-il repenser l’élevage de cervidés?

C’est dans un élevage de cervidés du Colorado que la MDC a été détectée pour la première fois en 1967. Depuis, c’est souvent au sein d'élevages que la maladie a été perçue en premier, dans des régions où on ne l’avait encore jamais décelée.

D’aucuns craignent que l’élevage, en permettant le déplacement d’animaux ou de matériel infectés sur de grandes distances, ne contribue à propager la maladie. Cependant, si les animaux d’élevage peuvent transmettre la maladie à des individus sauvages (à travers les clôtures des établissements, par exemple, ou parce que certains animaux passent carrément par-dessus les clôtures), l’inverse est aussi vrai : les cheptels sauvages peuvent apporter la maladie vers des élevages jusque-là épargnés.

Dans la plupart des cas, on ne sait jamais avec certitude par quelle voie la maladie a pu contaminer un élevage ou un autre.

Le reportage de Gaëlle Lussiàa-Berdou et Chantal Théorêt est diffusé à l'émission Découverte, dimanche, à 18 h 30, à ICI Radio-Canada Télé.

Faune et flore

Science