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La longue bataille contre la violence dans les écoles du Québec

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Le repli sur soi-même d'un enfant maltraité

La maltraitance laisse sur l'enfant des traces cognitives et langagières

Photo : iStock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La violence physique et verbale aurait peu diminué en quatre ans dans les écoles du Québec, selon une étude de l'Université Laval basée sur la perception des élèves, des parents et des membres du personnel scolaire.

Un texte de Olivier Roy Martin

À l'école secondaire Serge-Bouchard de Baie-Comeau, des élèves rencontrés au hasard ont l'impression de voir de moins en moins de bagarres.

Avant, je voyais plus de batailles, peut-être trois ou quatre par année. Depuis pas longtemps, j'en vois peut-être une, même pas, dit Gabriel Cavanagh, un élève de l'école Serge-Bouchard. Je n'en ai pas vu [depuis] deux ou trois ans, rapporte une autre élève, Sandrine Déry.

Cette école participe à une enquête de l'Université Laval, le Rapport sur l'évolution de divers aspects reliés à la violence dans les écoles québécoises du Québec.

Un jeune homme sourit. Il a les cheveux longs et de couleur blonde. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gabriel Cavanagh, élève de l'école Serge-Bouchard.

Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

Des milliers d'élèves, de membres du personnel de l'école et de parents provenant de 84 établissements d'enseignement primaire et secondaire ont participé aux trois éditions de ce rapport (2013, 2015, 2017). Les chercheurs ont sondé des élèves, de parents et des employés. Les écoles sondées sont privées ou publiques et accueillent des élèves de milieux autant favorisés que défavorisés.

Peu de changements à l'échelle provinciale

En moyenne au Québec, les jeunes du secondaire disent avoir vu autant de bagarres et subi presque autant d'agressions physiques entre 2013 et 2017.

Les agressions physiques, ça n'a pas changé de manière significative, explique la coauteure du rapport et titulaire de la chaire de recherche Bienêtre à l'école et prévention de la violence, Claire Beaumont. Elle spécifie que la fréquence de ces agressions était déjà très basse.

La chercheuse Claire Beaumont.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La chercheuse Claire Beaumont

Photo : Radio-Canada / Alexandre Duval

Moins d'insultes homophobes au secondaire

Les chercheurs de l'Université Laval se sont notamment penchés sur les insultes homophobes au secondaire, qui auraient diminué de 15 % sur une période de quatre ans. Les chercheurs ont demandé aux élèves s'ils étaient la cible d'insultes comme pédale, tapette, gouine ou fif.

Un tableau montrant des données statistiques. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le nombre moyen d'insultes par année par élève dans les écoles secondaires du Québec a diminué de 15% en quatre ans, selon l'Université Laval.

Photo : Radio-Canada

Claire Beaumont justifie cette baisse par le fait que le personnel scolaire s'est beaucoup mobilisé en organisant des ateliers de conscientisation et en pratiquant des interventions fréquentes auprès des jeunes pour lutter contre l'homophobie.

Baisse de la cyberintimidation au secondaire

Les conflits se jouent maintenant sur les réseaux sociaux, et cela complique la vie des directions d'école. Ça se passe dans les salons, dans les chambres, la fin de semaine, la nuit et ça débarque dans nos écoles le lundi matin, constate la directrice de l'école Serge-Bouchard, Lucie Bhérer.

Nous, on a à gérer la situation, et on ne la gère pas juste avec deux jeunes, on va la gérer avec plusieurs jeunes qui vont être indirectement impliqués parce qu'ils auront eux aussi écrit, ajoute-t-elle.

Une femme souriante avec les cheveux cuivrés et des lunettes. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lucie Bhérer, la directrice de l'école Serge-Bouchard, à Baie-Comeau.

Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

La bonne nouvelle, c'est que la proportion d'élèves qui déclarent subir de la cyberintimidation plus de deux fois par mois a diminué de près de 30 % au secondaire entre 2013 et 2017.

Dans 75 % des écoles primaires et 90 % des écoles secondaires depuis 2013, il y a des efforts faits pour offrir des ateliers ou sensibiliser les jeunes à [savoir] comment se comporter sur le web, indique Claire Beaumont.

Encore des efforts à faire au primaire

Là où le bât blesse, c'est au primaire, où le nombre d'élèves qui disent recevoir des insultes ou des menaces par texto plus de deux fois par mois a doublé depuis quatre ans. Cette hausse s'expliquerait par l'augmentation du nombre d'élèves qui ont accès à des téléphones cellulaires.

La professeure titulaire à l'Université Laval, Claire Beaumont, explique que les élèves n'ont pas nécessairement eu toutes les indications ou le guide nécessaires pour utiliser de manière respectueuse leurs téléphones.

Un tableau de statistiques.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les chercheurs ont constaté une hausse du nombre d'élèves au primaire qui disent recevoir des insultes ou des menaces par textos plus de deux fois par mois.

Photo : Radio-Canada

Fait à noter, les données recueillies ne suggèrent pas d'augmentation de la cyberintimidation sur les réseaux sociaux, selon Claire Beaumont.

Des comportements agressifs difficiles à enrayer

Les chercheurs ont sondé notamment les élèves du secondaire sur les gestes posés par le personnel de l'école. Ce sont les comportements des adultes qui ont le moins bougé depuis 2013, affirme Claire Beaumont.

En 2017, plus de 15 % des élèves du secondaire ont déclaré vivre certains comportements d'agression de la part du personnel scolaire au Québec. Il s'agit principalement de cris et de sacres, selon l'étude, mais cela peut aussi être des regards méprisants ou des bousculades.

Certains ciblent le manque de formation initiale, d'autres croient que certaines méthodes éducatives sont les bonnes, donc les dures, pour casser les élèves, explique Claire Beaumont.

Les professeurs aussi victimes

La situation inverse se produit également. Les agressions d'élèves envers les membres du personnel n'ont pas non plus diminué. La plupart du temps, il s'agit d'impolitesses envers le personnel, selon Claire Beaumont.

Presque la moitié du personnel scolaire au secondaire dit qu'il en a vécu au moins une fois [...] On y va avec des menaces, des insultes, ils peuvent recevoir des messages humiliants ou des menaces par texto ou par courriel, dit-elle.

Il faut peut-être regarder à la maison, pour trouver des pistes d'explication à la violence à l'école. Un enseignant sur dix au primaire et au secondaire affirme avoir déjà été victime d'insultes, de menaces ou d'agression de la part de parents.

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