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  • Quand le Nouveau-Brunswick devient officiellement bilingue

    Le premier ministre Louis Robichaud annonce à la télévision que le français et l'anglais vont devenir les deux langues officielles du Nouveau-Brunswick.
    La province du Nouveau-Brunswick adopte un projet de loi sur le bilinguisme officiel le 4 décembre 1968. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 4 décembre 1968, le gouvernement de Louis Robichaud dépose à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick un projet de loi qui prévoit les mêmes droits linguistiques pour ses citoyens anglophones et francophones. Nos archives ont rendu compte de l'évolution du bilinguisme dans cette province.

    Un discours du Trône historique

    Le 27 février 1968, le journaliste Michel Massé commente pour les nouvelles un discours du Trône à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

    Le gouvernement du premier ministre Louis Robichaud annonce qu’il a l’intention d’adopter un projet de loi qui reconnaîtra le français et l’anglais comme les deux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

    Les Acadiens, qui constituent 42% de la population de la province, sont en liesse.

    Comment en est-on arrivé à cette décision historique?

    Un coup de pouce provenant d’Ottawa

    À partir du moment où on réussirait à établir […] que non, il y a tout de même des parties au pays où vous êtes capables de faire votre vie en français […] cette cause lointaine [de la crise du fédéralisme canadien], disparaîtra.

    André Laurendeau en conférence de presse, 5 décembre 1967

    En décembre 1967, l’Acadien Louis Robichaud est le premier ministre du Nouveau-Brunswick depuis sept ans. Premier francophone à diriger cette province, il est un ardent défenseur des droits de la communauté acadienne.

    Louis Robichaud souhaite notamment que les Acadiens cessent d’être des citoyens de seconde zone. Pour cela, il faut combattre leur retard socio-économique. Il faut aussi que leur langue, le français, soit reconnue par la province du Nouveau-Brunswick.

    Pour y arriver, il reçoit un énorme coup de pouce de la part de deux hommes qui se trouvent à Ottawa.

    André Laurendeau et Davidson Dunton coprésident depuis 1963 la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

    Au début décembre 1967, ils publient le premier volume de leur rapport qui se concentre sur la question du bilinguisme au Canada.

    Au Téléjournal du 5 décembre 1967, on résume les principales recommandations de ce premier volume.

    Celles-ci appellent à un changement radical de la reconnaissance des droits linguistiques des francophones au Canada.

    Les commissaires Laurendeau et Dunton constatent une crise politique sans précédent au Canada.

    Ils recommandent donc une série de réformes législatives et constitutionnelles au sein de l’État et des provinces canadiennes qui viseront à protéger davantage la minorité francophone.

    D’une part, le français et l’anglais doivent devenir impérativement les deux langues officielles de l’État fédéral.

    D'autre part, les commissaires recommandent que l'Ontario et le Nouveau-Brunswick, parce qu’elles abritent de très importantes minorités francophones, doivent se transformer en provinces bilingues.

    Si la réaction à cette dernière prescription est reçue tièdement par le gouvernement provincial ontarien, c’est avec enthousiasme que le premier ministre Robichaud l'accueille au Nouveau-Brunswick.

    Une longue genèse

    Ce statut bilingue, le premier ministre Robichaud y songeait depuis 1960 comme le rappelle le journaliste Michel Massé dans un reportage présenté à l’émission radio Samedi magazine, le 12 avril 1968.

    En mars 1968, le gouvernement Robichaud fait adopter une loi de principe sur l’application du bilinguisme dans tout le territoire de la province du Nouveau-Brunswick.

    Quelques mois plus tard, le 4 décembre 1968, la Loi sur les langues officielles, qui précise l’étendue des droits linguistiques et du bilinguisme au Nouveau-Brunswick, est adoptée en première lecture à Fredericton. Cette loi est proclamée le 18 avril 1969.

    Des réactions hostiles

    La bilinguisation de la province ne fait pas l’affaire de tout le monde.

    Le bilinguisme déplaît notamment au maire de Moncton, Leonard Jones.

    Ce dernier se transforme en fer-de-lance de l’opposition aux droits linguistiques des francophones néo-brunswickois.

    Leonard Jones refuse même catégoriquement que le français devienne une des langues officielles de la ville de Moncton. En 1968, le débat est très émotif comme le rappelle le journaliste Michel Massé.

    Le maire Jones prédit que « le sang va couler à Moncton », et que la guerre civile menace le Nouveau-Brunswick.

    Le reportage se termine par un commentaire du journaliste qui montre bien l’absurdité des prédictions du maire Jones.

    En 2002, Moncton est devenue la première ville officiellement bilingue du Canada. En 2018, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue du Canada.

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