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La situation financière des aînés du N.-B. se dégrade

Une dame âgée assise dans un fauteuil
La situation financière des aînés néo-brunswickois s'est dégradée depuis 2005, d'après l'étude de l'économiste Maurice Beaudin. Photo: CBC
Radio-Canada

Une analyse statistique montre que la situation des aînés du Nouveau-Brunswick s'est dégradée depuis une vingtaine d'années.

Un texte de Louis Mills

L’étude a été réalisée par l’économiste Maurice Beaudin de l’Université de Moncton, avec la participation d’organismes comme l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick et le Front commun pour la justice sociale.

On y apprend qu’il s’est ajouté 10 860 aînés en situation de faible revenu au Nouveau-Brunswick entre 2005 et 2015, une hausse de 64 %.

Maurice Beaudin, économiste à l'Université de Moncton, pose pour une photo.Maurice Beaudin, auteur de l'étude. Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

40 % des aînés gagnent moins de 20 000 $/année

Résultat : 40 % des aînés néo-brunswickois ont déclaré un revenu net de moins de 20 000 $ pour l’année 2015, alors que le revenu moyen était de 38 800 $ pour l’ensemble de la population.

Le Nouveau-Brunswick se compare mal, à ce chapitre, avec l’ensemble des Maritimes, où 37,2 % des aînés ont un revenu annuel de moins de 20 000 $, et avec l’ensemble du Canada (33,3 %).

Cette dégradation de la situation des aînés s’est produite en dépit du fait que les personnes âgées restent plus longtemps sur le marché du travail ou y reviennent après l’avoir quitté, note le chercheur.

La pauvreté est plus aiguë chez les francophones, les femmes

Le rapport fait état de disparités assez prononcées entre groupes d'aînés, par exemple entre les francophones et les anglophones.

Ainsi, le revenu moyen après impôt des personnes âgées dont le français est la langue maternelle était de 25 762 $ en 2016, comparativement à 30 926 $ pour les anglophones.

Dans les villes du nord de la province, où les francophones sont majoritaires (55 %), les francophones gagnent en moyenne 4 457 $ de moins que les anglophones, et dans les régions rurales et petites villes de la province, l'écart est de 3 919 $ en faveur des anglophones, après impôt.

Depuis 2005, les faibles revenus (un revenu inférieur de 50 % au revenu médian de l'ensemble des ménages), sont devenus plus fréquents dans le Nord, comparativement au Sud : 4,7 % de plus dans le nord urbain et 2,2 % plus fréquents dans les trois grandes villes du Sud.

Il y a aussi un écart important entre les hommes et les femmes, chez les aînés : le pourcentage de femmes à faible revenu s'établissait à 23 % en 2015 et à 17 % chez les hommes, une donnée qui n'étonne guère Suzanne Dupuis-Blanchard, titulaire de la Chaire de recherche sur le vieillissement de l'Université de Moncton. Les femmes, dit-elle, paient le prix de leur rôle traditionnel de mère au foyer.

Ça revient toujours au passé : du travail saisonnier, du travail à temps partiel, on est peut-être restés à la maison une dizaine d’années alors on a perdu cette possibilité sur 10 ans d’avoir un revenu qui entrait, avec des bénéfices et tout le kit. Alors les femmes sont malheureusement mal sortantes de cette situation.

Suzanne Dupuis-Blanchard en entrevue.Suzanne Dupuis-Blanchard, de la Chaire de recherche sur le vieillissement de l'Université de Moncton, affirme que le rôle traditionnel de mère au foyer a nui à la situation financière des femmes âgées, au N.-B. Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

Un recul au fil du temps

La situation des aînés néo-brunswickois s’était pourtant améliorée de 1976 à 1996, mais ils ont perdu du terrain par la suite. En 2016, leur revenu total moyen ne représentait plus que 79 % de celui de l’ensemble de la population adulte, comparativement à 88,6 % en 1996.

Ces chiffres s’expliquent entre autres par l’augmentation des inégalités de revenus entre différents groupes de Canadiens, selon Maurice Beaudin. Autre facteur d’explication : les revenus qui proviennent de transferts fédéraux, principalement les pensions, ont diminué, en termes réels, depuis 2015. La baisse est de l’ordre de 3 % chez les hommes et de 4 % chez les femmes, « ce qui explique la précarité socioéconomique des individus ou des familles qui en dépendent ».

L’auteur estime qu’un grand nombre d’aînés n’ont pas pu profiter des conditions favorables liées aux emplois syndiqués et aux régimes de retraite d’employeurs ou n’ont pu se constituer un REER.

Ces gens-là sont arrivés à la retraite déjà dans une situation de précarité, puis la retraite n’améliore pas les choses

Maurice Beaudin, auteur de l'étude

La pauvreté mène à l'isolement

Il conclut que la précarité des aînés mène à l’isolement social, ce qui peut avoir de sérieuses conséquences sur leur santé et leur bien-être. C’est un cercle vicieux qui contribue à marginaliser toujours plus ces personnes et ces familles, affirme M. Beaudin.

Le rapport lance des pistes de solutions… Il faudrait peut-être augmenter le nombre de logements sociaux réservés aux aînés, suggère-t-il, ou envisager un système public de services à domicile. D’autres suggestions pourraient être plus difficiles à mettre en oeuvre, comme une syndicalisation accrue des travailleurs pour qu’ils bénéficient de meilleures pensions à la retraite.

Nouveau-Brunswick

Pauvreté