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France : Macron tente l'équilibre entre le nucléaire et les « gilets jaunes »

Le président français Emmanuel Macron

Photo : Reuters / POOL New

Agence France-Presse

Le président français Emmanuel Macron s'est livré mardi à un exercice d'équilibriste entre l'annonce de la fermeture de réacteurs nucléaires d'ici 2035 pour essayer de contenter les écologistes et des mesures pour satisfaire les « gilets jaunes » qui protestent contre la hausse des taxes sur le carburant.

« Nous devons entendre les protestations d'alarme sociale », mais « sans renoncer à nos responsabilités », car « il y a aussi une alarme environnementale », a lancé le chef de l'État.

« Fin du mois » et « fin du monde », « nous allons traiter les deux », a assuré M. Macron, en promettant un mécanisme visant à éviter les pics des prix sur les carburants ainsi qu'une vaste « concertation de terrain » sur la transition écologique.

Je ne veux pas qu'aux inégalités de revenus générées par la mondialisation s'ajoute pour nos concitoyens qui travaillent ou ont travaillé l'inégalité devant la transition écologique.

Le président français Emmanuel Macron

Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, va en outre recevoir des membres des huit porte-paroles « officiels » des « gilets jaunes », à 18 h 00 GMT, indique son entourage.

« Du bla-bla... »

Ces annonces étaient néanmoins insuffisantes aux yeux des manifestants, à en croire de nombreuses réactions sur des groupes Facebook, où le mouvement s'organise, mais aussi sur le terrain.

Je n'ai entendu que du bla-bla. Des petites aides pour les classes moyennes supérieures et les riches qui peuvent s'acheter des voitures et prendre des crédits, pendant que les petits trinquent.

Ophélie, 38 ans, mère de six enfants, qui manifestait mardi en Bretagne

Outre sa réponse aux revendications des manifestants, le président était attendu sur un autre dossier sensible : la part du nucléaire dans le mix énergétique français.

À peine élu, Emmanuel Macron avait voulu se poser en champion de la lutte pour l'environnement, n'hésitant pas à détourner le slogan de campagne du président américain Donald Trump, en déclarant « Make our Planet Great Again » (« Rendez sa grandeur à notre planète »).

Mais depuis, Nicolas Hulot, son emblématique ministre de la Transition écologique et fervent militant « Vert », a claqué la porte, regrettant de ne pas avoir « été entendu » et jetant le doute sur la détermination du gouvernement en matière écologique.

Le deuxième parc nucléaire après les États-Unis

Mardi, Emmanuel Macron a fait des premières annonces visant à atteindre l'objectif gouvernemental de ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici 2035, contre 71,6 % en 2017.

Avec 58 réacteurs répartis sur 19 sites, le parc nucléaire français est le deuxième plus important au monde, derrière celui des États-Unis (99 réacteurs).

En plus de la fermeture « à l'été 2020 » des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, située en Alsace, à proximité de l'Allemagne et de la Suisse, le président français a annoncé la fermeture de 12 autres réacteurs. Quatre à six seraient arrêtés d'ici à 2030 et les réacteurs restants au plus tard en 2035.

Ce calendrier apparaît comme un compromis entre les vœux du ministre de la Transition écologique, qui voulait six arrêts en plus de Fessenheim d'ici 2028, et celui de l'Économie, qui plaidait pour repousser le début des fermetures à 2029.

Mais là encore, le président a essuyé des critiques.

Emmanuel Macron continue dans la politique des grands discours et des tout petits pas. Il nous enferme dans un nucléaire en faillite [...] On ne prépare pas l'avenir avec les énergies du vieux monde.

L'écologiste Yannick Jadot

Le gouvernement doit également respecter un autre engagement, celui de porter la part de l'énergie produite par des énergies renouvelables à 40 % d'ici 2030.

À cette fin, le soutien au développement des énergies renouvelables va passer de 5 milliards actuellement « à 7 à 8 milliards d'euros par an », a annoncé Emmanuel Macron.

Le président a notamment évoqué un triplement de l'éolien terrestre et une multiplication par cinq du photovoltaïque d'ici 2030.

Ces annonces s'ajoutent à la fermeture des quatre dernières centrales à charbon d'ici 2022, qui est une nouvelle fois confirmée.

La montée en puissance des énergies renouvelables en France est inéluctable.

Emmanuel Macron

Mais le président français n'entend pas pour autant « renoncer au nucléaire. »

La fermeture de réacteurs et la promotion des énergies renouvelables a un coût social dans une filière industrielle qui emploie 220 000 salariés selon les chiffres officiels.

Et le coût réel du démantèlement, difficile à évaluer précisément, pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d'euros par réacteur selon l'électricien français EDF.

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