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Le gouvernement du Manitoba abolit 11 postes au Service de traduction

Le mot anglais translation surligné en vert dans un dictionnaire
Le gouvernement du Manitoba dit vouloir augmenter le volume de pages traduites en ayant davantage recours à des traducteurs pigistes. Photo: getty images/istockphoto / Devonyu
Radio-Canada

Le gouvernement du Manitoba abolit sept postes de traducteurs à temps plein au sein du Service de traduction de la province, a appris Radio-Canada. Ces changements seront en vigueur d'ici la fin de l'année fiscale.

Un texte de Camille Gris Roy, avec des informations d'Abdoulaye Cissoko et Pierre Verrière

Plus précisément, la restructuration prévue concerne six traducteurs-réviseurs et un traducteur, selon la province. Quatre postes vacants sont également éliminés : un directeur, un spécialiste d'aide à la traduction et deux traducteurs-réviseurs. Il s'agit, dans tous les cas, de postes à temps plein.

Le gouvernement progressiste-conservateur dit procéder à ces changements pour « renforcer » les services de traduction.

« Le gouvernement du Manitoba améliore l’efficacité de la Direction du service de traduction en augmentant la production venant de traducteurs indépendants, pour répondre à la demande des instances publiques et fournir plus de publications gouvernementales dans les deux langues officielles », déclare une porte-parole de la ministre responsable des Affaires francophones, Rochelle Squires, dans un courriel.

Le gouvernement affirme que le fait de compter davantage sur des traducteurs pigistes, plutôt que des collaborateurs à l’interne, permettra « plus de flexibilité pour la province » et réduira les délais.

Nous anticipons une augmentation du volume de [traductions] de 10 %, pour un total d’approximativement 13 000 à 13 500 pages par année.

porte-parole de la ministre responsable des Affaires francophones du Manitoba

Ces changements doivent entrer en vigueur le 30 mars 2019, précise la province, qui assure également que de l’aide sera offerte aux employés concernés pour leur permettre « d’explorer toutes les options futures ».

Les postes d’interprètes de la province ne sont pas touchés par ces compressions et les services de traduction du bureau législatif - responsables de la traduction de tout ce qui est lois, règlements et ordres du jour - ne sont pas non plus touchés.

Maintien de la qualité?

Le syndicat des employés de la fonction publique de la province, MGEU, reconnaît que faire appel à des pigistes peut aider à soulager la charge de travail des traducteurs provinciaux. « [La quantité] de travail qu’ils ont, c’est énorme », souligne le représentant syndical Martin Trudel. « Donc, ça arrive, des fois, qu’il y ait beaucoup trop de travail pour le personnel et il faut en donner présentement à la sous-traitance. »

« Mais là, poursuit-il, [ce serait] presque donner tout le travail : c’est ça vraiment qui nous inquiète. Nous, ce sur quoi on est vraiment [préoccupés], c’est d’être sûrs de la qualité du travail fourni, de la [cohérence] dans ce qui est distribué aux agences gouvernementales. »

Donc, si presque tout le travail, maintenant, devient de la sous-traitance, comment va-t-on s’assurer qu’il y a un message qui est [uniforme] avec tout ce qui est traduit? 

Martin Trudel, représentant syndical, MGEU

Là-dessus, la province indique que le Service de traduction de la province collabore déjà, en ce moment, avec 25 traducteurs indépendants certifiés. « Les travailleurs indépendants resteront soumis au contrôle de la qualité par le réviseur en chef. Les interprètes resteront disponibles pour des travaux de traduction et de révision quand ils ne sont pas affectés [à d'autres choses] », écrit un porte-parole.

Plus généralement, Martin Trudel note que le syndicat « n’a pas eu de réponses à toutes les questions ». Il précise que les personnes concernées par les changements rencontreront les ressources humaines dans les prochaines semaines pour voir si un emploi peut leur être offert dans un autre service gouvernemental. « C’est extrêmement décevant pour ces employés-là. »

Réactions politiques

À l’Assemblée législative, les partis d’opposition s’inquiètent également d’entendre ces nouvelles.

« C’est une attaque envers la communauté franco-manitobaine », lance le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Manitoba, Wab Kinew. « Pour ce gouvernement, de faire un changement comme ça, c’est une évidence qu’ils ne sont pas en train d’écouter les besoins de la communauté. Et ils le font à un moment où d’autres gouvernements conservateurs dans d’autres provinces sont en train de lutter contre les communautés francophones », dit-il en référence aux récents événements en Ontario, par exemple.

Le chef du Parti libéral du Manitoba, Dougald Lamont, dit qu’il est opposé aux privatisations. « On a déjà un groupe de personnes qui sont experts [....]. Il faut avoir des emplois pour garantir la qualité de la traduction et non pas essayer d’économiser avec des compressions de toutes parts. »

« Je ne suis pas optimiste, on a besoin de plus d’investissements dans les services francophones. Même pour faire des changements, il faut de l’investissement. »

Le conseil consultatif saisi

Le Conseil consultatif des affaires francophones (CCAF) de la province a été convoqué exceptionnellement lundi pour être mis au courant de cette décision du gouvernement. Aileen Clark, une membre de la communauté qui siège à ce conseil, estime qu’il y a du bon dans ce que propose le gouvernement.

« L’objectif de la ministre, c'est de pouvoir offrir un service accru au niveau du volume de documents avec cette nouvelle structure », affirme-t-elle.

Notre rôle comme membres du conseil, c’est de travailler avec la ministre : si on a des échos comme quoi on n'atteint pas les objectifs escomptés, c’est de l’aviser et lui porter conseil à ce niveau-là.

Aileen Clark, membre du Conseil consultatif des affaires francophones du Manitoba

« C'est sûr que nous, on doit demeurer vigilants et rester à l'écoute de ce qui se passe dans notre communauté pour vérifier qu’on atteint effectivement ces objectifs-là », résume Mme Clark.

La Direction du service de traduction au Manitoba :

« Conformément à la Loi sur le Manitoba et à la Politique des services en langue française du Manitoba, le Service de traduction procure des services de traduction et d’interprétation de qualité et à coût abordable. Il offre ces services aux ministères et organismes gouvernementaux, aux tribunaux, aux sociétés de la Couronne et à l'Assemblée législative.

Le Service de traduction traduit, en moyenne, 12 000 pages par année. Il compte 16 professionnels langagiers à temps plein (traducteurs, réviseurs, terminologues et interprètes). Il fait aussi appel à de nombreux pigistes. »

Source : Secrétariat aux affaires francophones du Manitoba (Nouvelle fenêtre)

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