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Les mystères de la provenance du bœuf en épicerie

Des filets mignons de boeuf dans un comptoir de boucherie.
Le bœuf vendu en boucherie et en épicerie peut venir d'Amérique du Nord, mais aussi d'Uruguay ou encore d'Australie. Photo: Radio-Canada

À l'épicerie, il est assez facile de savoir d'où vient le poulet ou le porc qui se trouve dans les rayons. Mais pour le bœuf, c'est une autre paire de manches.

Un texte de Gildas Meneu de l’émission L’épicerie

De plus en plus de Canadiens surveillent leur consommation de viande. Ils en mangent moins et cherchent la qualité. Mais le boeuf est issu d’une industrie complexe, aux ramifications nombreuses, qui empêche le consommateur d’avoir de l’information claire sur sa provenance ou sur la manière dont il a été élevé.

Pourtant, l’industrie du boeuf est fière de son système de traçabilité, qui permet de remonter la filière en cas de crise sanitaire. Chaque bête se voit assigner à sa naissance un numéro d’identification unique, une sorte de numéro d’assurance sociale. Un système qui fonctionne parfaitement… jusqu’à l’abattoir. Après, les découpes de bœuf sont rassemblées par lots. Au Québec, c’est l’organisme Agri-Traçabilité qui est responsable du suivi des lots.

« Un lot peut être constitué d’une demi-journée ou d’une journée d’abattage et chaque pièce peut provenir de différentes fermes, de différents animaux », explique la directrice générale d’Agri-Traçabilité Québec, Marie-Christine Talbot. « Ces lots sont vendus et mélangés à d’autres lots. C’est là qu’on peut perdre la traçabilité de l’animal au départ. »

L’information est donc disponible, mais elle ne se rend pas jusqu’au détaillant. Et encore moins jusqu’au consommateur.

Un bœuf canadien, c’est quoi? Est-ce que c’est un bœuf né au Canada? Élevé au Canada? Abattu au Canada?

Marie-Christine Talbot, directrice générale d’Agri-Traçabilité Québec

La confusion règne

Le propriétaire de la boucherie Aux saveurs des Sévelin de Longueuil, Nicolas Sévelin, est parfois tout aussi confus que ses clients.

Pour s’assurer d’avoir un produit local, il s’approvisionne auprès d’éleveurs de sa région. Mais cela ne suffit pas.

Une boîte de carton imprimée du logo « Produit du Canada ».Du boeuf « Produit du Canada » ne garantit pas que l'animal a passé 100 % de sa vie au pays. Photo : Radio-Canada

Quand la demande d’onglet ou de bavette est forte, il doit acheter du bœuf auprès des géants de l’industrie bovine comme Cargill ou JBS. Si les boîtes qui arrivent indiquent clairement « Produit du Canada », cela est loin de tout expliquer.

« Je peux vous dire que mon bœuf est beau, qu’il est bon, mais je ne sais pas s’il a été élevé dans tel ou tel ranch. Je ne sais pas où s’est passée sa finition et s’il a passé toute sa vie au Canada », déplore le boucher.

75 % du bœuf consommé ici vient d’Amérique du Nord. Le reste peut provenir d’Argentine, d’Uruguay, ou encore d’Australie.

Le règlement de l’Agence canadienne d’inspection des aliments est clair : « Les animaux sont considérés canadiens s’ils sont nés, ont été élevés et ont été abattus au Canada ». Mais il y a une nuance, dans le cas des bovins d’engraissement :

Ils sont considérés canadiens s’ils ont passé au moins 60 jours au Canada avant d’être abattus au Canada.

Lisa Murphy, porte-parole, Agence canadienne d’inspection des aliments

Or, il faut en moyenne 500 jours pour élever un bœuf. C’est donc dire qu’il suffit qu’il ait passé 2 mois sur 17 au pays pour qu’il soit considéré comme un produit du Canada.

La marque « Bœuf Québec »

Le logo « Boeuf Québec » dans un rayon boucherie d'épicerie.La marque « Boeuf Québec » garantit que la bête a passé au moins 100 jours au Québec. Photo : Radio-Canada

Pour répondre à la demande de boeuf local, la Société des parcs d’engraissement du Québec a récemment créé la marque « Boeuf Québec » en collaboration avec le distributeur Viande Lauzon et deux abattoirs québécois.

Le logo « Bœuf Québec » veut assurer au consommateur un produit local.

Mais sa véritable garantie est que le bœuf en question a passé au moins 100 jours au Québec, c’est-à-dire 3 mois, sur les 17 à 20 mois que demande la production d’un boeuf.

« Cette décision a été prise pour ne pas donner trop de contraintes aux éleveurs et aux producteurs », explique le directeur général de Viandes Lauzon, Michel Gagné. « On démarre avec une certaine norme. Mais ce qu’on veut, naturellement, c’est avoir 100 % des bœufs nés au Québec. Les consommateurs le veulent. C’est la prochaine étape. »

« Actuellement, 80 % des bœufs québécois sont nés ici, précise le directeur général de la Société des parcs d’engraissement du Québec, Jean-Sébastien Gascon. Les 20 % restants sont nés dans l’Ouest, en Ontario, aux États-Unis ou encore dans les Maritimes. Les éleveurs d’ici ne produisent tout simplement pas assez de bœuf pour répondre à la demande. »

Et ce bœuf d’ici a un prix. « On essaye d’être autour de 5 à 10 % au-dessus du prix moyen », indique Jean-Sébastien Gascon. « On sait que c’est là notre défi, de façon à ce que le consommateur ne soit pas taxé dans son désir de soutenir l’industrie locale. »

Ce « Boeuf Québec » est pour l’instant vendu dans certaines boucheries et dans l’ensemble des épiceries IGA.

Le Québec produit bon an mal an de 15 à 25 % du bœuf au Canada. Les éleveurs d’ici ont un objectif ambitieux : augmenter la production de 50 % d’ici 2025.

Du boeuf 100 % canadien?

Un panneau fait la promotion de boeuf canadien à 100 % dans une épicerie.Du boeuf canadien à 100 %? Pas tout à fait. Photo : Radio-Canada

L'enseigne Walmart affiche en grand la garantie d’un boeuf 100 % canadien dans ses magasins. La marque « Bœuf Canada » a pour objectif de promouvoir ici et à l’étranger la qualité de l’élevage au pays. Mais il y a une nuance : cette marque peut aussi s’appliquer à du boeuf importé.

« Les bovins d'engraissement importés au Canada passent généralement entre 120 jours et 12 mois, nourris au fourrage ou en pâturage avant d'être transformés. Ils sont admissibles à ''Produit du Canada'' et à notre marque de bœuf canadien s’ils ont passé un temps important au Canada », précise le vice-président aux affaires corporatives de Bœuf Canada, Ron Glaser.

Le reportage de Johane Despins et d'Éric Barbeau sera diffusé à l'émission L'épicerie, le 28 novembre à 19 h 30 sur ICI Radio-Canada Télé

Où trouver du boeuf entièrement local?

Pour le consommateur qui souhaite être assuré d’acheter un produit 100 % local, il lui reste quelques options.

Trouver un boucher de confiance qui offre du boeuf dont il connaît l'origine.

L'enseigne Metro propose dans 36 de ses magasins les viandes biologiques des Fermes Valens de la Montérégie, en différentes coupes.

Les Viandes Rheintal, elles aussi biologiques, sont en vente dans de nombreuses épiceries, partout au Québec.

Enfin, les producteurs de bovins du Québec ont mis en place un portail (Le bœuf du Québec) qui permet au consommateur de trouver, dans sa région, un éleveur qui vend ses produits sur place, à la ferme.

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