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chronique

Bananes infectées au VIH : vous devriez être gêné d'avoir partagé cette fausse nouvelle

C'est une publication Facebook où on affirme que des « satanistes » injectent du sang contaminé VIH dans des bananes pour infecter les gens. Elle contient une image d'une banane injectée d'une substance rouge.
Ce canular date d'au moins deux ans. Photo: Capture d'écran - Facebook
Jeff Yates

CHRONIQUE - Les bananes ne sont pas injectées de sang, et elles ne peuvent pas nous donner le sida. On le sait depuis longtemps. J'ai moi-même démenti l'histoire il y a plus de deux ans (Nouvelle fenêtre). Mais peu importe, elle s'est remise à circuler, malgré les efforts des géants du web pour combattre les fausses nouvelles. La seule solution qui reste, c'est que nous apprenions à utiliser les réseaux sociaux de façon plus saine.

L'image circule depuis au moins 2016. On affirme que quelqu'un injecte du sang dans des bananes dans le but d'infecter des gens avec le virus du VIH. À l'époque, j'avais expliqué que non seulement la couleur rouge dans la banane n'était pas du sang, mais que, de toute façon, le virus du sida ne survit pas à l'extérieur du corps humain. Il serait donc impossible d'utiliser cette méthode pour infecter des gens. Plusieurs autres médias ont aussi démenti l'affaire, et ce, depuis longtemps.

Peu importe, un Français a publié un mème contenant ces fausses informations sur sa page personnelle le 10 novembre et elle s'est propagée à une vitesse fulgurante. En deux semaines, elle a été partagée quelque 19 000 fois.

Normalement, je critiquerais les réseaux sociaux, qui semblent ne pas se soucier de la désinformation et qui permettent à un simple citoyen de mettre en ligne une fausse information qui finit par aboutir ici, au Canada.

Mais contrairement aux fausses nouvelles habituelles, les géants du web ont agi pour empêcher que ça se propage. Ce sont les humains qui se sont tout de même obstinés à relayer la fausse histoire.

Premièrement, dès que cette publication apparaît dans notre fil d'actualité, Facebook indique clairement que c'est faux. L'avertissement inclut aussi un lien vers l'article du site 20minutes.fr, qui avait démenti la fausse nouvelle en 2017.

Sous la publication, Facebook a inséré un article intitulé, « FAUX: Non, le VIH n'a pas été injecté dans ces bananes ».Facebook indique clairement qu'il s'agit d'une fausse nouvelle. Photo : Capture d'écran - Facebook

Il ne fallait donc pas aller bien loin pour savoir que c'était faux. C'est écrit « FAUX : Non, le VIH n'a pas été injecté dans ces bananes » quelques pixels à peine sous le bouton « partager ».

Mais bon, disons que les internautes n'ont pas vu l'avertissement. Peut-être pensaient-ils que c'était une publicité (et Dieu sait que nous avons tous été conditionnés à ignorer les publicités sur le web). Mais s'ils avaient pris quelques secondes pour écrire « bananes sida » dans Google, mon article est le premier résultat... suivi de trois autres articles qui disent la même chose.

Dans la barre de recherche de Google, il est inscrit « bananes sida ». Les quatre premiers articles confirment qu'il s'agit d'une fausse nouvelle. Il suffit d'effectuer une simple recherche Google pour voir que c'est faux. Photo : Capture d'écran - Google

Manifestement, les gens qui ont relayé cette image n'ont pas pris le temps d'aller vérifier. Certains le disent ouvertement, sans gêne.

Une personne partage l'article en disant, « je n'ai pas vérifié si c'est un canular », l'autre en disant, « vrai ou faux ? »Ces gens l'ont partagé sans vérifier. Photo : Capture d'écran - Facebook

Les amis, vous devriez être gênés.

En regardant les partages, j'ai remarqué que la vaste majorité d'entre eux n'ont généré aucun « j'aime », partage ou commentaire. C'est probablement parce que Facebook affirme réduire de 80 % la portée des publications qui sont jugées fausses (Nouvelle fenêtre) par ses partenaires de vérification. Ça veut dire que les gens peuvent partager l'image sur leur compte, mais la plupart de leurs amis ne peuvent pas la voir. C'est censé tuer la viralité dans l'œuf.

On voit bien que ça n'a pas fonctionné avec nos pauvres bananes sidéennes. Le 20 % de portée qui restait était assez pour que l'histoire explose.

Et ça, c'est parce que le peu de personnes qui ont vu l'image n'a pas pris le temps de vérifier et n'a pas utilisé son sens critique avant de cliquer « partager ». Les géants du web ont mis toutes les chances de leur côté pour que les internautes comprennent que c'est faux. Mais, pris de panique devant une nouvelle qui effraie, ils ont quand même choisi de la relayer.

En 2018, nous devrions être sensibilisés à ces choses-là. Depuis le temps qu'on parle des fausses nouvelles...

La seule solution à tout ça, c'est que chacun d'entre nous examine ses comportements sur les réseaux sociaux. Nous devons faire mieux.

Vous avez vu circuler une info douteuse, une photo louche ou une citation peu crédible? Envoyez-la-moi! Vous pouvez m'écrire un courriel ou me joindre sur Facebook ou Twitter.

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