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Le président ukrainien évoque la « menace d'une guerre totale » avec Moscou

Trois bateaux amarrés au port.

Les deux vedettes blindées et le remorqueur ukrainiens saisis par la marine russe attendent sous bonne garde dans un port de Kertch.

Photo : Reuters / Pavel Rebrov

Agence France-Presse

Le président ukrainien Petro Porochenko a évoqué mardi la « menace d'une guerre totale » avec la Russie, qui a selon lui « augmenté radicalement » sa présence militaire à la frontière, dramatisant encore la situation déjà tendue depuis la capture de navires ukrainiens en mer Noire.

Haussant le ton face au président russe Vladimir Poutine, son homologue américain Donald Trump a menacé d'annuler leur rencontre, prévue en fin de semaine, au sommet du G20, en Argentine.

Le rapport sur la situation que ses conseillers à la sécurité nationale doivent lui remettre prochainement « sera déterminant », a dit le président des États-Unis dans un entretien au Washington Post.

« Peut-être que je ne ferai pas cette entrevue » avec le maître du Kremlin, a-t-il prévenu, alors que la Maison-Blanche venait de confirmer la tenue de la rencontre.

Je n'aime pas cette agression. Je ne veux pas d'agressions.

Donald Trump, président des États-Unis

L'Ukraine et la Russie sont engagées dans leur pire bras de fer depuis plusieurs années à la suite de la capture par les gardes-côtes russes, dimanche, au large de la Crimée, de trois bateaux militaires ukrainiens, une action inédite.

Je ne veux pas que quelqu'un pense que ce sont des jeux d'enfants. L'Ukraine fait face à la menace d'une guerre totale avec la Fédération russe.

Petro Porochenko, président de l'Ukraine

Selon lui, le nombre de chars dans des bases militaires russes le long de la frontière « a triplé » et le nombre d'unités militaires « a augmenté radicalement ».

Le chef de l'État ukrainien a aussi fait état d'une forte augmentation du nombre de bateaux militaires russes dans la mer d'Azov et d'une présence militaire russe renforcée en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou il y a quatre ans.

Il s'agit de la première confrontation militaire ouverte entre Moscou et Kiev depuis l'annexion de la Crimée et le début la même année d'un conflit armé dans l'est de l'Ukraine entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses, qui a fait plus de 10 000 morts.

Un homme menotté est escorté par un agent du FSB.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un membre du FSB russe (en beige) escorte un marin ukrainien avant sa comparution devant un tribunal de Simferopol, en Crimée.

Photo : Reuters / Pavel Rebrov

Accusés d'avoir franchi illégalement la frontière russe, 12 marins ukrainiens, sur les 24 faits prisonniers dimanche, ont été placés mardi en détention provisoire jusqu'au 25 janvier, conformément à la décision d'un tribunal de Simferopol, chef-lieu de la Crimée, a constaté un journaliste de l'AFP. Les autres marins doivent comparaître mercredi.

L'accrochage en mer Noire s'est produit lorsque les bâtiments de la Marine ukrainienne ont tenté de traverser le détroit de Kertch pour entrer dans la mer d'Azov, une petite mer d'une importance cruciale pour les exportations de céréales ou d'acier produits dans l'est de l'Ukraine.

Les gardes-côtes russes, qui dépendent des services de sécurité (FSB), ont arraisonné par la force deux vedettes et un remorqueur ukrainiens, les accusant d'être entrés illégalement dans les eaux russes.

L'incident a été qualifié de « provocation » par la Russie, tandis que l'Ukraine a dénoncé un « acte d'agression » de Moscou, réclamant la libération des marins et le retour des navires.

Petro Porochenko a assuré avoir tenté, en vain, de joindre Vladimir Poutine. « J'ai été contraint » à demander à la chancelière allemande Angela Merkel « de discuter avec Poutine » de cet incident, a-t-il soutenu.

La loi martiale

En réponse à l'arraisonnement, le Parlement ukrainien a voté lundi l'introduction de la loi martiale dans les régions frontalières, le président Porochenko justifiant cette initiative, sans précédent depuis l'indépendance de cette ex-république soviétique en 1991, par « la menace extrêmement élevée » d'une offensive terrestre russe.

Vladimir Poutine a pour sa part mis l'Ukraine en garde contre tout acte « irréfléchi », mardi, et a fait part de sa « sérieuse préoccupation » à Angela Merkel, lui demandant de faire pression sur Kiev.

La loi martiale, qui entre en vigueur mercredi dans une dizaine de régions, va permettre pendant un mois aux autorités ukrainiennes de mobiliser ses citoyens, de réguler l'activité des médias et de limiter les rassemblements publics.

Aux yeux de M. Poutine, « il est évident que tout cela a été fait en lien avec la campagne électorale en Ukraine » pour l'élection présidentielle du printemps.

Moscou assure avoir agi « en stricte conformité avec le droit international » et accuse Kiev de chercher « un prétexte pour renforcer les sanctions » de l'UE et de Washington contre la Russie, déjà en place depuis 2014.

La question de nouvelles sanctions européennes sera à l'étude à l'occasion d'une réunion, en décembre.

Washington, qui avait dénoncé la veille une action « illégale » de Moscou, a appelé mardi les Européens à faire « davantage pour assister l'Ukraine », notamment au sujet des sanctions contre la Russie qui « ne sont pas toujours totalement mises en oeuvre ».

« La France en appelle aux parties pour qu'elles favorisent un apaisement de la situation et que chacun fasse preuve de retenue », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, après s'être entretenu avec son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Ces incidents surviennent dans le contexte d'une montée des tensions autour du détroit de Kertch qui sépare la péninsule de Crimée du territoire russe. La Russie revendique le contrôle de ce détroit, unique passage maritime entre la mer Noire et celle d'Azov.

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