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Après 30 ans de violence familiale, elle retrouve enfin sa liberté

Le poing d'un homme avec la silhouette floue d'une femme derrière.

Dans les trois dernières années, près de 31 000 personnes ont fait appel aux 51 refuges de l'Alberta pour échapper à la violence, selon le Conseil albertain des refuges pour femmes.

Photo : iStock

Radio-Canada

En Alberta, novembre est le mois de la prévention de la violence familiale. Pour Jennifer (nom fictif), c'est l'occasion de parler de ce qu'elle a vécu pour transmettre du courage aux autres femmes qui ont aussi connu la violence domestique.

Un texte de Katrine Deniset

Victime de maltraitance, menacée, contrôlée : Jennifer a subi des mauvais traitements pendant près de 30 ans. Tout a commencé avec des parents adoptifs violents. Ce qui a suivi, c'est un premier conjoint violent, puis un deuxième, qu'elle a quitté il y a quelques mois pour retrouver la paix dans un refuge pour femmes violentées.

« J'ai vu des gens se taper dessus depuis le début. C'est ce à quoi je m'attendais dans toutes mes relations », admet Jennifer.

Jennifer est une ancienne toxicomane. L'alcool et la drogue ne font plus partie de sa vie depuis un bon moment. En dépit de sa sobriété, son ancien compagnon revenait régulièrement à la maison, caisses de bières à la main. Quand il finissait de boire, les choses tournaient au vinaigre.

« Il devenait agité, il m'insultait et il se mettait à crier des jurons à mes enfants », raconte-t-elle.

Pour éviter les crises de son ex-conjoint, Jennifer faisait tout pour lui plaire. S'il exigeait un repas, elle le lui préparait, et chaque mot qui sortait de sa bouche était pesé.

Je montrais à mes enfants que la seule façon de survivre dans cette maison, c'était en restant soumis. On marchait sur des oeufs pour survivre.

Jennifer

Le départ

Un matin, l'ex-conjoint de Jennifer, fou de rage après une dispute, l'a enfermée toute la journée dans une chambre. Les fils de Jennifer, de l'autre côté de la porte, ont demandé à leur mère si tout allait bien.

Silhouette anonyme.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jennifer souhaite raconter son histoire pour que d'autres puissent chercher de l'aide.

Photo : Radio-Canada

« Je leur ai répondu : "Mangez vos céréales, préparez-vous pour l'école, tout ira bien." », se remémore Jennifer.

Le lendemain matin, l'homme a libéré Jennifer avant de quitter la maison pour le travail. C'est en sanglots que l'aîné des enfants l'a retrouvée.

Il m'a dit : "Maman, il faut qu'on parte. Partons, allons-y, s'il te plaît.'' Je voyais mon garçon devant moi, si courageux, et j'ai voulu l'être moi aussi.

Jennifer

Jennifer et ses enfants ont amassé leurs affaires le même jour et sont partis en direction d'un refuge.

Des refuges débordant d'enfants

Si Jennifer a repoussé son départ pendant deux ans, c'est en grande partie pour ses enfants. Elle rêvait de leur offrir une vie familiale, comme dans les contes de fées.

« Il a fallu que j'abandonne ce rêve parce qu'il n'existait pas. Mais, la stabilité financière existait avec mon ex, et je n'ai pas toujours pu offrir ça à mes enfants quand je les élevais seule », raconte Jennifer.

Entre 2015 et 2018, 30 987 personnes ont fait appel aux 51 refuges de l'Alberta pour échapper à la violence, selon le Conseil albertain des refuges pour femmes. Beaucoup d'entre eux étaient des enfants, selon la directrice du Conseil, Jan Reimer.

Jan Reimer, portant des lunettes carrées, se tient derrière un micro.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les enfants sont surreprésentés dans les refuges pour femmes violentées, selon Jan Reimer, la directrice du conseil albertain des refuges pour femmes.

Photo : CBC

On appelle ça des hébergements pour femmes violentées, mais la plupart du temps, il y a plus d'enfants que de femmes.

Jan Reimer, directrice du Conseil albertain des refuges pour femmes

Au moins un refuge d'Edmonton, Wings of Providence, a confirmé à Radio-Canada que 38 enfants occupent ses 20 unités locatives avec leurs mères. Ce nombre a déjà atteint 50, selon la directrice du refuge, Pat Garrett.

Enfant brave, enfant apeuré

Les enfants sont courageux et, comme dans le cas de Jennifer, ce sont souvent eux qui poussent leur mère à fuir le danger, selon Karin Lord, une psychologue qui travaille avec les enfants traumatisés.

« Ils n'ont pas la langue dans leur poche. Mais la violence familiale est totalement déstabilisante pour les jeunes qui en sont témoins, et s'ils se sentent anxieux après avoir fui la situation, ils arrêteront peut-être de parler », explique Karin Lord.

La vie de nomade, le manque de sommeil et la peur de voir son parent triste sont tous des facteurs qui peuvent contribuer à une vie scolaire stressante pour un enfant ayant été témoin de violence, selon Karin Lord.

Karin Lord est assise devant un mur orné d'autocollants de dinosaures.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karin Lord est une psychologue pour les enfants traumatisés, basée à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Jordan Mesiatowsky

« Beaucoup d'entre eux ont une image négative d'eux-mêmes et, par conséquent, ne percevront pas non plus l'école comme un lieu sûr », dit la psychologue.

La meilleure chose qu'un parent ou un professeur puisse faire, d'après elle, c'est de valider les sentiments de ces enfants tout en réinstaurant une routine dans leur vie.

La voie de la guérison

Les plaies de Jennifer et sa famille sont encore ouvertes, mais la mère de trois enfants est persuadée que la transition vers une nouvelle vie se réalisera jour après jour.

Parfois, mes enfants viennent se blottir contre moi et me disent : "Maman, je ne sais pas pourquoi je suis fâché, triste ou pourquoi je veux casser cet objet." Je leur réponds que je les aime et que moi non plus, je ne comprends pas toujours ce que je ressens et que c'est correct.

Jennifer

Pour Jennifer, l'important, c'est que sa famille ait trouvé un lieu sûr pour guérir. C'est aussi ce qu'elle souhaite pour toutes les personnes qui se reconnaissent dans son histoire.

« Finies, les excuses! Nous méritons de vivre en sécurité, tout comme nos enfants », dit-elle.

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