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Trudeau doit rencontrer le prince héritier saoudien au G20, selon Amnistie internationale

Montage présentant des plans rapprochés des deux hommes.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le premier ministre canadien Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

Ce sera l'invité embarrassant dans la photo de famille du G20 qui s'ouvre vendredi à Buenos Aires. La présence annoncée de Mohammed ben Salmane confronte les pays membres aux contradictions de leurs relations avec l'Arabie saoudite. Au Canada, activistes et politiciens réclament que Justin Trudeau exprime de vive voix ses inquiétudes au prince héritier sur la question des droits de la personne.

Un texte de Louis Blouin, correspondant parlementaire à Ottawa.

Les raisons sont nombreuses pour les chefs d’État et de gouvernement de ne pas vouloir être associés à Mohammed ben Salmane : son implication présumée dans le meurtre d’un journaliste, l’emprisonnement et la torture de militants pour les droits de la personne ou la mort de 85 000 enfants depuis le début du conflit au Yémen.

Justin Trudeau doit profiter du sommet international pour regarder l’Arabie saoudite dans le blanc des yeux, selon Amnistie internationale Canada. « Je pense qu’il est temps que le Canada parle fermement », plaide Anne Ste-Marie, porte-parole de l’organisme.

Amnistie demande au premier ministre canadien d’exprimer en personne ses inquiétudes au prince héritier, faute de quoi il sera « du mauvais côté de l’histoire ».

Pendant des années, le Canada, comme d’autres pays occidentaux, a fermé les yeux devant le bilan sinistre de l’Arabie saoudite vis-à-vis des droits de la personne. Arrive un moment où ce n’est pas de la complaisance, c’est de la complicité.

Anne Sainte-Marie, porte-parole, Amnistie internationale Canada

L’organisme réclame de nouveau que le gouvernement fédéral mette fin au commerce d’armes avec l’Arabie saoudite et annule le contrat de vente de blindés 15 milliards $.

« Est-ce qu’on peut tolérer que nos produits servent à massacrer des innocents? » demande Anne Ste-Marie.

Même son de cloche du côté du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui souhaiterait aussi une rencontre entre le prince et Justin Trudeau.

« Le Canada envoie de l’aide humanitaire au Yémen et on donne des armes au pays qui empêche l’aide humanitaire d’arriver. La logique de ça, je ne la comprends pas du tout », fait valoir Hélène Laverdière, porte-parole du NPD en matière d’affaires étrangères.

Simon Marcil, du Bloc québécois, croit que le G20 serait une bonne occasion pour annoncer la suspension des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite, à l’exemple de l’Allemagne, du Danemark et de la Suède. « Ce qui parle le plus, c’est l’argent », fait-il remarquer.

Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il est en train de réviser les permis d’exportations d’armes vers le royaume, ce qui pourrait entraîner une suspension temporaire. Ottawa n’a pas l’intention cependant d’annuler le contrat de vente de blindés conclu sous les conservateurs.

Pas de rencontre à l’ordre du jour

Malgré les appels à une rencontre bilatérale, l’entourage du premier ministre canadien ne veut pas dire pour l’instant si un tête-à-tête pourrait avoir lieu avec Mohammed ben Salmane.

« Les rencontres bilatérales du premier ministre lors du G20 seront annoncées en temps et lieu », écrit Eleanore Catenaro, une porte-parole du bureau du premier ministre.

Elle ajoute que le ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, « a été en contact avec son homologue saoudien dans les derniers mois » et qu'elle a déclaré : « Nous continuerons de faire valoir nos positions auprès de l’Arabie saoudite sur l’ensemble de ces sujets ».

La semaine dernière, Mme Freeland a indiqué qu'elle voulait profiter du G20 pour inciter l'Arabie saoudite à fournir des réponses sur le meurtre du chroniqueur Jamal Khashoggi et faire pression pour qu'une enquête internationale soit lancée.

Ottawa et Riyad sont à couteaux tirés depuis l’été. Un gazouillis concernant les droits de la personne envoyé par Chrystia Freeland a provoqué la colère des Saoudiens, qui ont adopté des mesures de représailles.

Ce ne serait pas la première fois que Justin Trudeau rencontre une figure politique controversée lors d’un sommet international. L’an dernier, le premier ministre s’est entretenu avec le président philippin Rodrigo Duterte, qui a déclaré avoir lui-même assassiné des opposants dans le passé.

Alliés divisés, réponse dispersée

Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l'Arabie saoudite en compagnie du prince saoudien Mohammed ben Salmane Al-SaoudAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l'Arabie saoudite en compagnie du prince saoudien Mohammed ben Salmane Al-Saoud

Photo : The Associated Press / Evan Vucci

Le Canada et ses alliés occidentaux sont loin d’un front commun pour riposter aux agissements de Mohammed ben Salmane.

Le président américain Donald Trump se déclare toujours un « partenaire inébranlable » de l’Arabie saoudite, malgré les indices de l’implication du prince héritier dans l’assassinat de Jamal Khashoggi.

Des pays importants comme le Royaume-Uni et la France n’ont pas suspendu leurs ventes d’armes à l'Arabie saoudite.

Des intérêts économiques sont en jeu, rappelle Jocelyn Coulon, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et ancien conseiller de Stéphane Dion lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères du Canada.

Chacun calcule ses intérêts avec l’Arabie saoudite et prend les décisions qui défendent ses intérêts nationaux. C’est malheureux, mais c’est comme ça.

Jocelyn Coulon, chercheur au CERIUM

« Il y a des pays comme les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne qui ont d’énormes intérêts avec l’Arabie saoudite, que ce soit en matière de contrats d’armement, mais aussi d’infrastructures ou de vente de biens civils. Donc, pour ces pays, prendre des sanctions contre l’Arabie saoudite, ça voudrait dire aussi se sanctionner », explique M. Coulon.

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