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La Chasse à l'as de cœur, phénomène social en Atlantique

Les loteries Chasse à l'as de coeur suscitent une véritable frénésie au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Radio-Canada

Lorsqu'un village a besoin de rénover son église ou de construire un centre communautaire en Atlantique, les citoyens n'attendent plus après différentes subventions gouvernementales. Les communautés se tournent maintenant vers la Chasse à l'as de cœur. Un phénomène grandissant aux quatre coins de l'Atlantique.

Un texte d’Elisa Serret

Il est midi à Inkerman, un village d’environ 600 âmes, dans la Péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick. Devant le centre communautaire, il y a des centaines de citoyens qui font la file. Dans 30 minutes, ils pourront se procurer des billets pour la Chasse à l’as de cœur. Ce n’est pas un jeu de cartes, mais une loterie communautaire.

La Chasse à l’as de cœur est organisée pour financer des projets collectifs. À Inkerman, on souhaite reconstruire un pont incendié. La somme nécessaire est d'un demi-million de dollars. L’argent récolté jusqu’à présent grâce à la loterie? Plus de 3 millions de dollars.

Une affiche signalant un point de vente de la loterie Chasse à l'as de coeur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les loteries sont un véritable succès. Les gens font la file des heures avant l'ouverture des points de vente pour se procurer des billets.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Comment fonctionne cette loterie?

Les citoyens viennent acheter des billets numérotés. Ils peuvent se procurer 3 billets pour 5 $, 7 pour 10 $ ou encore 15 pour 20 $. Lors du tirage, l’argent récolté peut être divisé de différente façon, chaque loterie étant différente. Voici un exemple :

  • 30 % des ventes pour le gros lot (le participant qui tire l’as de cœur);
  • 20 % pour la cagnotte hebdomadaire;
  • 50 % pour la cause choisie.

Une fois par semaine, on procède au tirage d'un billet. Le propriétaire du billet gagnant reçoit le pourcentage des ventes de la semaine, la cagnotte hebdomadaire. Le propriétaire du billet est aussi invité à choisir une carte dans un paquet. Si le propriétaire du billet tire l’as de cœur, il repart à la maison avec, en plus de la cagnotte hebdomadaire, le gros lot cumulé. Le suspense peut donc durer 52 semaines, soit le nombre de cartes dans un jeu traditionnel, la carte choisie étant ôtée du paquet.

Des cartes à jouer sur un tableau aimanté.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La loterie peut durer jusqu'à 52 semaine si l'as n'est pas dévoilé.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

De la vie dans les petits villages

La communauté d’Inkerman est complètement transformée pendant la Chasse à l’as, surtout les jours où la vente de billets a lieu. Le trafic est incessant. File d’attente à la banque, file d’attente à la station-service et file d’attente à l’épicerie. C’est l’euphorie.

On a jamais vu ça autant de monde en même temps ici à Inkerman. C’est certain que tout le monde veut gagner.

Un participant

Le secrétaire du comité du pont d’Inkerman, Denis Landry, est responsable de l’organisation de cette semaine. Il est débordé. La loterie en est à sa 42e semaine, l’as de cœur reste jusqu’à présent caché. L’organisation de la loterie nécessite toute une équipe, Denis Landry gère aujourd’hui 30 bénévoles. Après 42 semaines, la machine est bien huilée. Certains gèrent la vente des billets et d’autres des dépôts toutes les 30 minutes.

Norma Aubut, une femme à la retraite, ne manque pas d’aller acheter ses billets toutes les semaines. Une fois par mois, elle retrouve ses copines pour faire de la couture et tout le monde aujourd’hui délaissera sa machine à coudre le temps d’aller acheter quelques billets. Il est hors de question de rater l’occasion de participer.

« On attend ça toutes les semaines! », nous confie-t-elle.

Norma Aubut montre fièrement ses billets de loterie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Norma Aubut est une fidèle de la loterie.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Norma Aubut achète des billets pour sa fille et sa mère. À trois, elles investissent 50 $ par semaine en espérant que la chance leur sourira.

Ça ne changerait rien dans ma vie, mais je pourrais gâter mes enfants et mes petits-enfants.

Norma Aubut

Dans la file d’attente, certains viennent d’aussi loin que Dégelis au Québec, à plus de 4 heures de route. D’autres, raconte l’organisateur Denis Landry, viennent en acheter pour plusieurs milliers de dollars à la fois.

« Nous avons un client qui récolte l’argent de membres de sa famille et de ses amis, ils viennent d’un village à deux heures de route d’ici. Lui vient acheter les billets pour tout le groupe. Ils en achètent pour 8000 $ chaque semaine depuis des mois », souligne-t-il.

Deux hommes versent des billets de loterie dans une grande boîte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des tirages ont lieu chaque semaine. Ils sont diffusés en direct sur Facebook.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Il est presque 20 h et le bureau de vente s’apprête à fermer. Les derniers acheteurs se précipitent pour venir acheter leurs billets. La vente se fait trois jours par semaine. La vente de billets a été fructueuse aujourd’hui, lance Denis Landry. En une journée, ils ont vendu pour plus de 225 000 $. Et c’est la plus petite journée de vente de la semaine précise Denis.

Les bénévoles déversent les milliers de billets dans une énorme boîte. Le tirage se fait en direct sur Facebook en présence d’un inspecteur du gouvernement qui supervise la loterie. Car pour organiser une Chasse à l’as, il faut obtenir un permis du gouvernement provincial.

Le nombre de Chasse à l’as de cœur au Nouveau-Brunswick

  • 2014 : 3
  • 2015 : 39
  • 2016 : 134
  • 2017 : 161
  • 2018 : 114

Norma Aubut regarde à 21 h le tirage en ligne dans le confort de sa maison. Elle n’a pas gagné, mais ce n’est pas grave, dit-elle, l’activité réjouit la communauté. Et elle compte bien retenter sa chance la semaine prochaine. Les chanceux cette semaine : une famille de 10 personnes. Ils sont assurés de repartir avec au moins 156 000 $ à partager.

Mais ce sera une demi-chance, car ils n’ont pas tiré l’as de cœur. Il reste toujours caché, la chasse se poursuit donc. Si l’as de cœur décide de ne plus se cacher la semaine prochaine, le ou les chanceux pourraient empocher plus de 3 275 000 $.

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