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L'incident naval entre la Russie et l'Ukraine se transforme en crise

Trois bateaux amarrés au port.

Les deux vedettes blindées et le remorqueur ukrainien saisis par la marine russe attendent sous bonne garde dans un port de Kertch.

Photo : Reuters / Pavel Rebrov

Radio-Canada

Le président de l'Ukraine a instauré la loi martiale pour une durée de deux mois, en réaction à l'incident naval survenu dimanche avec la Russie lors duquel trois navires ukrainiens ont été capturés par la marine russe en mer d'Azov. À Moscou, le Kremlin affirme être intervenu pour contrer les « méthodes dangereuses » de Kiev dans le détroit de Kertch.

Le président Petro Porochenko a signé un décret instaurant la loi martiale pour 30 jours à partir de mercredi. Il doit maintenant obtenir l’aval du Parlement.

Par définition, la loi martiale institue un état judiciaire d'exception où le pouvoir et le maintien de l’ordre sont assurés par l’armée et où les droits et libertés des citoyens sont en général suspendus.

« La loi martiale ne signifie pas une déclaration de guerre [à la Russie], a précisé le président Porochenko, elle sera introduite uniquement pour la défense », a-t-il assuré à la sortie du conseil de sécurité et de défense.

Un pétrolier ancré sous un pont.

Les Russes ont ancré un pétrolier sous le pont du détroit de Kertch pour empêcher les navire ukrainiens de circuler entre la mer Noire et la mer d'Azov.

Photo : Reuters / Pavel Rebrov

Le fil des événements

Dimanche matin, le remorqueur Yani Kapu, escorté par les vedettes blindées ukrainiennes Berdyansk et Nikopol, a tenté de quitter le port d'Odessa, en mer Noire, pour rejoindre Mariupol, dans la mer d'Azov.

Le détroit de Kertch est la seule voie maritime entre la mer Noire et la mer d'Azov. Les deux pays sont censés y avoir libre accès en vertu d'un traité conclu en 2003 qui prévoit que le détroit de Kertch et la mer d'Azov sont des eaux territoriales communes.

Or, selon le gouvernement ukrainien, des vaisseaux russes ont tenté d’intercepter les navires ukrainiens en ouvrant le feu sur eux ainsi qu'en éperonnant le remorqueur en pleine mer.

Sur des images publiées lundi par le ministère ukrainien de l’Intérieur, on peut d'ailleurs apercevoir un vaisseau russe foncer délibérément sur le flanc tribord du remorqueur avant de le percuter.

Images publiées par le ministère ukrainien de l'Intérieur montrant le navire russe qui a éperonné le remorqueur ukrainien Yani Kapu.

Mais les navires ukrainiens ont poursuivi leur route et tenté de franchir le détroit de Kertch.

Les trois bâtiments se sont alors butés à un pétrolier russe qui avait été ancré sous le pont de Kertch pour leur couper le passage et les empêcher d'accéder à la mer d'Azov.

Une vingtaine de marins ukrainiens ont été capturés lors de l'opération. Au moins six d'entre eux auraient été blessés par des tirs en provenance de bâtiments russes, selon le gouvernement ukrainien.

Dénonciations à l'international

Lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, lundi, l’ambassadeur ukrainien à l’ONU, Volodymyr Yelchenko, a martelé que les tensions avec la Russie « constituent une menace réelle à la sécurité et à la paix internationale », et il a appelé ses alliés à instaurer de nouvelles sanctions contre Moscou.

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a demandé à la Russie de « mettre fin immédiatement à son action illégale ». Ce comportement rend « impossible » une « relation normale » entre Washington et Moscou, a-t-elle affirmé.

La représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Anne Gueguen, a pour sa part sommé la Russie de libérer les marins et de restituer les navires. Elle a aussi souligné l’importance de trouver une solution à long terme à la dispute au sujet de la Crimée.

Plan rapproché de Mme Freeland.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

« Le Canada condamne fermement les actions menées par la Russie contre l’Ukraine dans la mer d’Azov et le détroit de Kertch », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, à partir d'Ottawa, en ajoutant que le Canada appuie inconditionnellement la souveraineté de l'Ukraine.

Elle a exhorté la Russie « à désamorcer immédiatement la situation en libérant les navires capturés et leur équipage et en s’abstenant d’entraver les déplacements dans le détroit de Kertch ».

Le Canada sera toujours un partenaire loyal du peuple ukrainien et continuera de travailler avec ses alliés pour demander à la Russie de rendre des comptes par rapport à son comportement inacceptable.

Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères

La ministre a mentionné être en contact avec ses alliés du G7 et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Des « conséquences » pour la Russie

Un bateau de guerre ukrainien.

Une vedette blindée de la marine ukrainienne en mer Noire lors d'un exercice, en septembre dernier.

Photo : Reuters / Handout .

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a mis Moscou en garde contre d'éventuelles « conséquences », à l’issue d'une réunion d'urgence des membres des pays de l'alliance à Bruxelles.

La Russie a utilisé directement la force militaire contre l'Ukraine. Ce qui s'est passé hier est très sérieux.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN

Jens Stoltenberg n'a pas été précis concernant ces « conséquences », mais a rappelé que l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 avait incité l'OTAN à renforcer sa présence en Europe de l'Est et à porter aide et assistance militaire à l’Ukraine.

Il a par ailleurs réaffirmé « l'appui total [de l'OTAN] à l'intégrité et à la souveraineté territoriale de l'Ukraine » et a accusé le Kremlin d'« envenimer la situation dans la région ».

Le secrétaire général a aussi souligné l'importance de « travailler pour la désescalade, le calme et la retenue ».

Moscou affirme avoir agi en toute légalité

Selon Moscou, les trois navires ukrainiens ont essuyé les représailles prévues après avoir pénétré illégalement dans les eaux territoriales russes. La Russie a également engagé deux avions de combat et deux hélicoptères dans l’opération.

« La partie russe a agi en stricte conformité avec la législation – à la fois le droit international et le droit intérieur – à une intrusion de navires de guerre étrangers dans les eaux territoriales de la Fédération de Russie », a déclaré lundi matin le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Selon M. Peskov, la flotte russe a dû ouvrir le feu sur les navires ukrainiens parce qu'ils se livraient à des provocations et à des « actions illégales dans les eaux territoriales russes ».

Ce qui est un « mensonge éhonté », a décrié l'Ukrainien Volodymyr Yelchenko devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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