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Une « blague » sur la pendaison mine la campagne des républicains au Mississippi

Cindy Hyde-Smith parle à une tribune.
La sénatrice républicaine Cindy Hyde-Smith Photo: Reuters / JONATHAN BACHMAN
Raphaël Bouvier-Auclair

Trois semaines après les élections de mi-mandat, démocrates et républicains concentrent maintenant leurs efforts au Mississippi, où le deuxième tour d'une course au Sénat se tiendra mardi. Dans cet État très conservateur, les républicains doivent défendre des propos controversés tenus par leur candidate.

« Si l'on m’invitait à une pendaison publique, j’y assisterais au premier rang. » La vidéo contenant cette déclaration de la sénatrice républicaine Cindy Hyde-Smith a largement circulé sur les réseaux sociaux.

Dans cet État du Sud qui a été le théâtre de nombreux lynchages dans son histoire, ces propos ont suscité de vives réactions.

Certaines entreprises, dont Walmart, ont même demandé à Cindy Hyde-Smith de leur remettre les dons qu’ils ont faits à sa campagne.

Le président Donald Trump, qui visite le Mississippi dans le cadre de deux rassemblements lundi, s’est porté à la défense de sa candidate.

Elle se sent très mal pour avoir fait cette déclaration. Ça a été dit sur le ton de la plaisanterie.

Donald Trump, président des États-Unis

« À ceux qui ont été insultés par mes commentaires, je veux certainement m’excuser », a finalement déclaré la candidate lors d’un débat la semaine dernière, accusant du même coup ses adversaires d’avoir déformé ses propos pour en tirer avantage.

« Personne n’a modifié vos commentaires, ils sont sortis de votre bouche », a répliqué le candidat démocrate Mike Espy, un ancien secrétaire à l'Agriculture.

Mike Espy serre la main d'un homme.Le candidat démocrate Mike Espy Photo : Reuters / JONATHAN BACHMAN

Cet Afro-Américain estime que les propos de son adversaire républicaine font ressurgir de vieux stéréotypes à propos du Mississippi.

Une percée démocrate est-elle vraiment possible?

Ces dernières semaines, Cindy Hyde-Smith a aussi été critiquée pour s'être dite favorable à limiter l'accès au vote pour certains électeurs libéraux. La candidate assure qu'il s'agissait d'une blague.

Les démocrates espèrent profiter de ces déclarations controversées pour faire une percée dans cet État très conservateur. Mais la tâche s’annonce ardue.

Pour obtenir ce siège de sénateur au Mississippi, un candidat devait obtenir plus de 50 % des voix lors du premier tour.

Le 6 novembre, la candidate républicaine Cindy Hyde-Smith a remporté 41,5 % des votes, à peine un point de plus que le démocrate Espy. Mais un autre candidat républicain, Chris McDaniel, était sur le bulletin de vote. Il a obtenu 16,5 % des appuis.

Une fois additionnés, les votes républicains surpassent donc largement la performance du démocrate.

Mardi, les démocrates espèrent donc une forte mobilisation de l’électorat afro-américain, qui représente près de 40 % de la population de l’État, mais aussi l’appui d’un certain nombre d’électeurs républicains centristes.

Pour l’emporter, la campagne de Mike Espy a entre autres fait appel à Joe Trippi, un stratège qui a contribué à la victoire de Doug Jones dans l’État voisin de l’Alabama.

En 2017, M. Jones a gagné une élection spéciale au Sénat dans cet autre État conservateur avec une avance serrée de 49,9 % des voix contre 48,4 % pour son adversaire.

Doug Jones levant le bras en signe de victoireLe démocrate Doug Jones, le soir de sa victoire en Alabama Photo : Radio-Canada / CBC

Le contexte était toutefois particulier. Le républicain Roy Moore faisait l’objet de graves allégations de nature sexuelles pendant la campagne.

Le professeur de sciences politiques à l’Université du Mississippi Marvin King souligne que le scénario est bien différent dans l’élection en cours.

Selon lui, les commentaires controversés de la républicaine Cindy Hyde-Smith devraient lui coûter des votes, mais pas suffisamment pour faire la différence.

Par ailleurs, pendant cette longue campagne, le candidat démocrate a aussi fait l'objet de critiques. Mike Espy a dû justifier un contrat de consultant auprès du gouvernement de Côte d'Ivoire, alors dirigé par Laurent Gbagbo.

Des résultats « symboliques »

Les résultats de mardi n’auront aucun impact sur la balance du pouvoir au Sénat, où les républicains sont majoritaires.

Pour le politologue Marvin King, peu importe lequel des candidats l’emportera, les résultats auront surtout une portée symbolique et pourraient donner des indications aux deux camps sur la marche à suivre pour les prochaines élections.

« Si les républicains doivent mettre davantage d'efforts pour conserver des États comme le Texas et le Mississippi, ce n'est pas un bon signe pour eux en 2020 et 2022 », explique-t-il.


Raphaël Bouvier-Auclair est correspondant pour Radio-Canada à Washington.

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