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L’incendie du « vieux » Collège de Saint-Boniface, une tragédie historique

La façade en briques de l'ancien Collège de Saint-Boniface, illuminée par les braises. Une statue fantomatique semble planer devant l'édifice déformé.
Une carte postale photographique de l'incendie du Collège de Saint-Boniface. L'image a été prise le 25 novembre 1922, dans la nuit. Photo: Société historique de Saint-Boniface
Radio-Canada

Il y a 96 ans, les flammes avalaient l'ancien Collège de Saint-Boniface, à Winnipeg. Dix personnes, surtout des enfants, ont péri. Pour certains, l'événement a changé la trajectoire de l'histoire francophone du Manitoba.

Un texte de Gavin Boutroy

« Tout a été déclenché à 2 h 15 le 25 novembre, en matinée, lorsqu’un jésuite a entendu une explosion. Alors le jésuite court au téléphone, mais avant qu’il ne puisse composer le numéro, la ligne est coupée. Alors il court à la porte d’un autre jésuite et il l’envoie aux pompiers », lance l’archiviste à l’Université de Saint-Boniface, Carole Pelchat.

« Puis là, on essaie de sonner l’alarme, mais évidemment, l’électricité ne fonctionnait plus », poursuit l’archiviste.

Façade du Collège de Saint-Boniface en feu.Autre perspective de l'incendie du Collège de Saint-Boniface Photo : Service des archives de l'Université de Saint-Boniface

Elle explique que le vernis inflammable des planchers a accéléré la propagation des flammes.

En quelques minutes, tout le collège était en feu, alors les étudiants sortaient en panique.

Carole Pelchat, archiviste à l’Université de Saint-Boniface

« On essayait de prendre l’escalier de secours, mais à un moment donné, il devenait tellement chaud qu’on ne pouvait pas l’utiliser. On jetait des matelas dehors et on sautait des fenêtres », souligne-t-elle.

« Tout ce qui pouvait aller mal ce soir-là est vraiment allé mal. Lorsque les pompiers arrivent, leur échelle était brisée, l’eau ne fonctionnait pas, alors c’était chaotique. C’était tragique aussi, parce que lors de l’incendie on a perdu dix vies : un frère jésuite et neuf étudiants », ajoute Mme Pelchat.

C’est un des incidents les plus tragiques de l’histoire des universités du Canada.

Carole Pelchat, archiviste à l’Université de Saint-Boniface

Les victimes les plus jeunes avaient neuf ans. L’archiviste explique qu’elle a consulté des témoignages, recueillis à la suite de l’incendie, qui indiquent que les jeunes garçons se sont cachés dans leurs lits, où ils perdirent la vie.

Un autre cherchait à sauver ses nouveaux patins. Il n’est jamais ressorti du bâtiment. William Taylor, 18 ans, aurait sauvé cinq ou six vies avant de périr lorsque le toit du vieux collège s’est effondré.

Des pompiers avec une remorque couverte de glace. Des pompiers avec leur équipement lors de l'incendie du vieux collège. Photo : Service des archives de l'Université de Saint-Boniface

« Étant donné qu’il y a eu 10 décès, on a mené une enquête : 63 témoignages et cinq jours d’enquête. C'était vraiment chaotique [...] pour conclure que c’est une cigarette qui aurait été la cause de l'incendie », note Mme Pelchat.

Or, nombre de jésuites indiquent dans leurs témoignages avoir entendu une explosion avant le feu, ce qui alimentait des théories selon lesquelles l’origine de l’incendie était criminelle. « Pour eux, ce n’était pas un accident », dit Mme Pelchat.

Le bâtiment entier a été détruit par les flammes. En raison d’endettement dû aux expansions précédentes du collège et à une couverture d’assurance largement insuffisante, le Collège de Saint-Boniface n’a pas été reconstruit.

L'évêque a alors décidé que le collège emménagerait dans le bâtiment où l’Université de Saint-Boniface se trouve actuellement.

Une photo de 1922 qui montre les ruines de l'ancien collège, dont les braises fument encore. Derrière, un bâtiment avec une coupole.On entrevoit le bâtiment de l'actuelle Université de Saint-Boniface, à travers les décombres de l'ancien collège. Photo : Société historique de Saint-Boniface

« Dans un sens, c'était bien. Dans l’autre emplacement, on était un collège bilingue, on desservait les catholiques anglophones et francophones. Venant ici [dans un édifice] deux fois plus petit, on a décidé garder les étudiants francophones et les étudiants anglophones ont été transféré deux ou trois ans plus tard au Saint-Paul’s College, » affirme Carole Pelchat.

« Il s’agit de voir si ça a vraiment préservé notre francophonie, ou si on serait encore bilingue aujourd’hui à l’ancien emplacement. C’est une théorie que l’on devrait garder en tête », note-t-elle.

L’archiviste de l’Université de Saint-Boniface ajoute, avec un sourire, qu’il se pourrait très bien que quelque chose se trame pour le centième anniversaire de l'incendie, dans quatre ans.

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