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Les élèves ont applaudi à tout rompre quand leur pensionnat a brûlé

Vielle photo d'une dizaine d'enfants autochtones en uniforme de pensionnaires.

Le pensionnat autochtone Thunderchild comptait 117 élèves lorsqu'il a été incendié en 1948.

Photo : Archives provinciales de la Saskatchewan

Radio-Canada

Au moment où le pensionnat autochtone Thunderchild a brûlé, en 1948, on pouvait apercevoir la carcasse de bois du bâtiment en flammes à 65 km à la ronde. Loin d'être tristes, les élèves contemplaient la boule de feu en applaudissant.

La pensionnaire Jenny Spyglass avait 7 ans lors des événements. Elle se souvient d’un cri, d’un ordre d’évacuation et du chaos qui s’empara du dortoir des filles.

En cette nuit de janvier 1948, elle s’est enfuie avec ses copines par 35 degrés sous zéro, n’emportant qu’une couverture.

Personne n’est mort ce soir-là. Jenny Spyglass, aujourd’hui âgée de 77 ans, reste convaincue que des garçons habitant le pensionnat ont déclenché l’incendie et elle s’en réjouit.

Abus, surpopulation et mort

Établi en 1901 par l’Église catholique à l’orée du village de Delmas, en Saskatchewan, le pensionnat Thunderchild devait accueillir et éduquer les Autochtones du lieu.

L’historien Milton Tootoosis, de la Première Nation de Poundmaker, raconte que de nombreuses histoires d’abus au pensionnat ont été entendues durant les audiences de la Commission de vérité et réconciliation.

Ses parents y ont été pensionnaires dans les années 1940 et lorsqu’il questionne son père sur ses années au sein de l’institution, la seule réponse qu’obtient M. Tootoosis est un silence de mort.

« C’est comme ça qu’ils ont survécu », explique-t-il. « Ils ne voulaient pas que leurs enfants sachent ce qui c’est vraiment passé dans ces écoles. Ils voulaient nous protéger du choc et de la colère qu’on aurait pu avoir. »

Jusqu’à 15 % des jeunes Autochtones qui l’ont fréquenté sont morts en 1928, soit 5 fois le taux moyen de la province pour les non autochtones, soutient un article de la Commission du droit du Canada.

Survivre malgré tout

Jenny Spyglass a passé trois ans et demi au pensionnat Thunderchild, qu’elle décrit comme un enfer.

C’est difficile d’en parler. Parfois, ça m’empêche de dormir.

Jenny Spyglass, survivante du pensionnat Thunderchild

Elle raconte avoir fini une journée enfermée au sous-sol pour s’être fait prendre à embrasser son frère dans la chapelle de l’école parce qu’elle ne l’avait pas vu depuis quelques semaines.

Selon elle, la nourriture était aussi inadéquate. « Je n’aimais pas le pain sec, mais c’est tout ce qu’on avait », confie-t-elle.

Mme Spyglass explique que la plupart de ses frères et soeurs se sont enfuis de l’école, à l’exception de son aîné, Reggie, qui est mort de la tuberculose à l’école.

Tout le monde savait

Quand il est question de l’incendie, tant Jenny Spyglass que Milton Tootoosis soutiennent que les élèves avaient tout planifié.

Tous devaient se tenir prêts. On avait dit aux garçons de dormir dans leurs vêtements et d’utiliser leurs couvertures pour le cacher, de sorte qu’ils soient prêts quand le feu se déclencherait.

Il n’y a eu aucun mort parce qu’ils étaient tous prêts.

Milton Tootoosis, historien et membre de la Première Nation de Poundmaker

Le rapport de la Gendarmerie royale du Canada indique que le feu s’est déclenché dans un placard où les ouvriers gardaient leurs outils. Les soeurs auraient tenté de l’éteindre, mais ont été chassées par la fumée.

L’enquêteur provincial dépêché sur les lieux croyait que l’incendie était prémédité et les quatre garçons soupçonnés par les policiers n’ont jamais été accusés, faute de preuves.

Avec les informations de David Shields

Saskatchewan

Histoire