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Les concessions de Doug Ford visent-elles vraiment à calmer les Franco-Ontariens?

Doug Ford à l'Assemblée législative ontarienne
Le premier ministre de l'Ontario Doug Ford a accepté de revenir sur certaines décisions de son gouvernement en ce qui concerne la communauté franco-ontarienne. Photo: La Presse canadienne / Chris Young
Radio-Canada

ANALYSE – Doug Ford a senti la soupe chaude et a vu le besoin d'éteindre le feu de protestation qui fait rage chez les Franco-Ontariens. Malgré son changement de ton, la communauté est insatisfaite de ses « concessions symboliques ». Le premier ministre n'a pas complètement raté la cible, parce qu'il visait au-delà de l'Ontario français.

Un texte de Christian Noël

Le message de Doug Ford, envoyé tard vendredi après-midi, ne s’adressait pas uniquement aux Franco-Ontariens, mais aussi à toutes les autres communautés (québécoise et anglophone francophile) qui appuient les francophones de l’Ontario.

Dans sa déclaration écrite, Doug Ford indique qu’il reconnaît le dynamisme de la francophonie ontarienne, et qu’il est enthousiasmé à l'idée de « rencontrer sur une base plus fréquente les membres de la communauté franco-ontarienne et leurs organismes, dans le but d'établir un dialogue constructif. »

Alors, pourquoi annoncer des concessions un vendredi soir, sans jamais avoir pris la peine de rencontrer les leaders de la communauté franco-ontarienne pour savoir si ce compromis était acceptable?

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, a été gracieux en disant qu’il considérait le geste de Ford comme une ouverture à négocier. Mais il s’est également dit « stupéfait de la proposition, venue une fois de plus sans consultation ».

C’est vrai que le gouvernement Ford n’est pas très porté sur la consultation; parlez-en au maire de Toronto John Tory, qui a appris la réduction de la taille du conseil municipal de Toronto une fois la décision prise. Mais c’est un détail qui détonne de son discours d’ouverture aux francophones.

Si Doug Ford avait rencontré la communauté, il aurait compris que :

  • Enlever l’indépendance au Commissaire aux service en français pour « re-créer son poste sous l’égide de l’Ombudsman » est un pas en arrière de dix ans pour les francophones – qui pendant des années portaient plaintes à l’Office des Affaires francophones ou en dernier recours à l’Ombudsman, avec plus ou moins de succès –, avant que le Commissariat ne soit créé en 2007;
  • La création d’un ministère aux Affaires francophones à part entière qu’il a annoncé vendredi (plutôt que d’avoir une ministre « déléguée ») est, dans le fond, un retour au statu quo. Le ministère autonome a été mis en place sous le gouvernement libéral précédent, avant d’être retiré aux francophones quand Doug Ford est arrivé au pouvoir;
  • La création du Conseiller aux affaires francophones au bureau du premier ministre suit la même logique. Le poste existait sous Kathleen Wynne et Dalton McGuinty (et même dans le bureau de l’ex-chef conservateur Patrick Brown) avant d’être éliminé par Ford;
  • Permettre de construire l’Université de l’Ontario français plus tard, « quand le budget sera équilibré et qu’on aura l’argent », ne passe pas dans la communauté. Surtout quand la veille, le gouvernement soulevait l’idée d’étendre le métro de Toronto vers des banlieues éloignées, un projet qui coûterait des milliards de dollars.

Tout ça, les Franco-Ontariens le savent. C’est pour cette raison qu’ils sont insatisfaits des mesures annoncées par Ford. Elles sont, au mieux, l’équivalent du statu quo, au pire, un retour en arrière.

Mais pour une personne de l’extérieur de la communauté, comme au Québec ou chez les anglophones francophiles, ce sont des détails qui se perdent, surtout quand les manchettes au Canada anglais titrent : « L’Ontario annonce un nouveau poste de Commissaire » ou « Ford recule au sujet des compressions ».

Apaisement

Il faut reconnaître cependant qu’il y a un changement de ton au bureau de Doug Ford concernant les francophones. Même si les mesures annoncées sont surtout symboliques, elles montrent que le premier ministre avait mal calculé la portée de son geste ainsi que les protestations qui ont suivi, et qu’il peut, parfois, changer d’idée.

C'est un changement de ton et une ouverture à la flexibilité qui soulageront ses alliés politiques, comme Andrew Scheer ou François Legault.

Bref, on pourrait être porté à croire qu’au bureau de Doug Ford, on se préoccupe moins de ce que veulent vraiment les Franco-Ontariens, et un peu plus de ce que pensent leurs alliés. Le dossier linguistique commençait à faire trop de bruit à son goût à l’échelle nationale. Les mesures cosmétiques de vendredi viennent brouiller les cartes pour ceux qui suivent le dossier à distance.

Mais ceux qui vivent la bataille de l’intérieur pour la survie de leurs institutions francophones ne semblent pas dupes, et ont l’intention de continuer leur mobilisation. Reste à voir si le sentiment de solidarité qu’ils avaient réussi à soulever chez leurs alliés va s'essouffler ou perdurer.

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